Simone est partout. Il y a des petits bouts d’elle partout. Simon le sent, elle hante l’immeuble de sa présence et son cœur à lui est plein d’elle. Pourtant, elle n’est plus là Simone. Plus là pour les éclats de rire, les souvenirs et les petits rituels rien qu’à eux. Partie, disparue, c’est comme ça qu’ils disent les adultes. Mais Simon sait bien qu’elle est morte, il était là quand on a descendu son cercueil dans la fosse au cimetière. Ils s’inquiètent les adultes, ses parents surtout. Ils savent bien que Simone était tout pour Simon. Sa voisine, sa nounou, son amie, sa sœur, sa confidente, sa grand-mère de cœur, tout ça à la fois. Et c’est son cœur qui a lâché à Simone. Là, sans prévenir, au beau milieu du petit déjeuner.

Depuis que Simone n’est plus là, Simon a besoin d’entendre cette histoire tous les jours. Françoise, la concierge, était là. Elle l’a trouvée la tête dans son café au lait, la radio était encore en marche. Simone est morte d’un arrêt du cœur, c’est impensable pour Simon… et ça lui fait tellement de peine.

Je me rends compte à quel point c’est horrible d’être là sans Simone, sans l’entendre, sans la voir. Je réalise, planté là dans son salon et entouré de ses objets, que plus jamais nous ne cuirons ensemble des gâteaux au gingembre et aux fruits confits immangeables, que plus jamais on n’explosera de rire avec sa bougie qui pète quand on souffle dessus, qu’on ne dansera plus jamais le tango en écoutant un disque d’Astor Piazzolla, dit « Hector la Pizza », qu’on ne jouera plus ensemble à la bataille pendant des lustres, que plus jamais je ne pourrai tripoter la peau douce et flétrie qui pendouillait de ses gros bras.

Mais dans la cuisine de Simone, il y a un objet auquel il tient beaucoup. Une théière, rouge. Une théière à vœux remplie de petits papiers. Il ne faut pas les lire ces petits papiers, c’est la règle. « Vœux lus, vœux foutus ». Mais Simon se dit qu’il y a sûrement un peu d’elle là-dedans. Des mots qui pansent. Des mots baume au cœur. Des secrets qui parlent d’elle, de lui, d’eux… et de qui d’autre encore ?

Mais il y a l’odeur. Y songer me donne du courage. Cette chère odeur de chez Simone. Je vais humer l’air à m’en étourdir et ainsi la graver à tout jamais dans ma mémoire. Les jours de tristesse, je l’appellerai à la rescousse et elle calmera ma peine. Non, la mort n’est pas la seule à rôder dans cet appartement.

Une cuisine pleine d’odeurs et de souvenirs. Une théière remplie de jolis moments, de désirs cachés et de regrets éternels. Une théière qui fait remonter des tas de choses à la surface, et un secret, celui de Simone… Quand Simon se fait enquêteur, il fait revivre Simone et la redécouvre. Et accepte aussi, petit à petit, qu’elle ait disparu de sa vie… mais continue de vivre en lui.

Un bonbon doux-amer rempli de douceur et d’humour pour parler du deuil d’un être cher. A hauteur d’enfant, Agnès Debacker saisit toutes les nuances des sentiments de ce jeune garçon de dix ans qui fait l’apprentissage de sa première « vraie morte ». Des nuances qu’on retrouve dans les illustrations d’Anaïs Brunet, délicieusement désuètes et remplies de charme. Simon. Simone. On les aime follement ces deux là. Et on a le cœur qui palpite, un peu, beaucoup, quand affleurent à la surface des secrets l’amour et les regrets d’une vie ♥

Coup de cœur pour cette pépite jeunesse un peu à part que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

Les avis de Fanny, Krol, Pépita

Éditions MeMo (Février 2019)

Collection Polynie

108 p.

 

Prix : 11,00 €

ISBN : 978-2-35289-414-8

pepites_jeunesse


7 commentaires

Fanny · 2 avril 2019 à 07h56

Heureuse de lire un si beau billet pour un si joli livre!

Jerome · 2 avril 2019 à 13h16

Doux-amère, c’est le goût qui reste en bouche après la lecture de ce très beau livre.

Alex-Mot-à-Mots · 2 avril 2019 à 13h56

Un sujet dont il n’est pas évident de parler avec les enfants.

krol · 2 avril 2019 à 19h56

Ah ! tu as aimé cette petite merveille !

argali · 3 avril 2019 à 16h52

Tu en parles bien. Cela donne envie de découvrir ce roman jeunesse tout en émotion.

Nadège · 4 avril 2019 à 18h37

Comme toi, je l’ai trouvé magnifique, ce petit roman.

L’Arrêt du cœur de Debacker – Un Petit Bout de Bib(liothèque) · 2 avril 2019 à 14h14

[…] les avis de #Céline, Isabelle, Pépita, Noukette et […]

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