Les journées d’Orane se partagent entre sa vie de collégienne et l’aide qu’elle apporte régulièrement à ses parents dans leur hôtel restaurant. Plutôt discrète, assez peu sûre d’elle, Orane tente de se faire une place dans ce nouveau collège qu’elle a choisi d’intégrer. Exit le collège privé de filles où ses parents avaient souhaité l’inscrire en pensant qu’elle multiplierait ses chances de réussite. Elle laisse derrière elle des souvenirs amers mais se confronte ici aussi à cette désagréable sensation d’être transparente.

Pour se prouver qu’elle vaut quelque chose, Orane décide de participer à un concours de nouvelles dont elle a vu une publicité dans un magazine. Un récit personnel, vingt mille signes, l’espoir de voir sa nouvelle publiée… et une récompense de trois cents euros. Orane a toujours aimé écrire, elle est d’ailleurs bien meilleure en français qu’en maths. Pourquoi ne pas tenter sa chance ? Reste la question du sujet… Que pourrait-elle raconter de personnel qui puisse intéresser des lecteurs et convaincre le jury ? Devra-t-elle tout dire ou se cacher derrière des mots ? Assez rapidement, l’histoire s’impose à elle. Il est peut-être temps de déterrer cet évènement douloureux qui l’a tant marquée. Il est peut-être temps de se raconter et de se pardonner…

Je me suis arrêtée un moment, émue par les mots qui venaient de s’imprimer sur l’écran gris.Tout me revenait si nettement, à présent. C’en était troublant. Ainsi, l’écriture avait cette puissance-là, que j’ignorais, d’abolir le temps, de permettre de revivre, dans les moindres détails, tout ce que l’on a vécu : bonheur, malheur, doute, trahison…

J’aime beaucoup Jo Hoestland et le regard souvent juste qu’elle porte sur cette jeunesse qu’elle connait bien à force d’aller à sa rencontre. Une bienveillance et une sensibilité qu’on ressent dans ses portraits d’adolescents qu’elle aime voir grandir et s’envoler. Ici, le thème de l’écriture pour « se dire » est central. Orane écrit et se libère. Elle apprend à se connaître aussi. Encouragée par sa professeure de français et sous l’oeil bienveillant de sa documentaliste, Orane se réfugie au CDI pour taper son histoire à l’ordinateur. Hésitations, remises en questions, doutes… l’adolescente connaît les affres de l’écrivain qui se met à nu. Sa rencontre avec Samuel apportera ce petit quelque chose qui lui manquait sans même qu’elle en soit consciente.

Un joli focus sur le processus de création et le métier d’écrire. Un parallèle avec ce que c’est que grandir, cette pudeur de se dire mais ce besoin aussi de crier. Un roman qui donnera peut-être l’idée à ses lecteurs de se lancer dans une aventure qu’ils pensent trop grande pour eux. En eux sommeille peut-être un écrivain…

Un bémol malgré tout. Un certain nombre d’invraisemblances qui ne manqueront pas de sauter aux yeux de mes collègues professeurs documentalistes. Un CDI décrit comme un refuge mais pourtant presque toujours vide d’élèves à part Orane et Samuel, une documentaliste qui se fait appeler par son prénom, laisse des élèves seuls au CDI sans surveillance leur confiant même les clés pour ouvrir l’antre en son absence… et qui trouve le temps de lire à son bureau. Plutôt surréaliste et complètement improbable vous en conviendrez. Dommage parce que l’auteure avait visiblement à cœur de rendre un bel hommage à ceux qui dans l’ombre jouent un rôle important de passeur. Je pinaille oui, et l’essentiel est ailleurs, je sais. Chers collègues, vous me direz ce que vous en pensez 😉

 

Une lecture agréable et positive (malgré les invraisemblances) que je partage avec Jérôme, comme (presque) chaque mardi.

 

Éditions Magnard jeunesse (Mars 2019)

144 p.

 

Prix : 11,90 €

ISBN : 978-2-210-96623-9

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5 commentaires

Nathalie · 28 mai 2019 à 09h46

Il est possible que l’autrice soit un peu plus âgée que toi… Moi un CDI presque vide ça ne me choque pas ! A l’époque où j’étais au collège c’était souvent le cas… Et on me faisait suffisamment confiance pour me laisser seule par moments. Sinon il a l’air bien sympa ce roman.

Alex-Mot-à-Mots · 28 mai 2019 à 10h59

Ah oui, tu pinailles ;-))

luocine · 28 mai 2019 à 11h38

tout ce qui pousse à l’écriture des adolescents me semble intéressant, ils ont tellement tendance à s’enfermer dans des clichés de rejets ou d’incompréhension. Créer me semble le meilleur remède que l’on peut leur proposer.

krol · 28 mai 2019 à 19h34

Peut-être que Jo Hoestlandt n’est pas allée dans un CDI depuis longtemps… Sinon, il vaut le coup ce bouquin, non ? J’aime cette auteure.

Jérôme · 4 juin 2019 à 12h45

Pour une fois tu pinailles plus que moi et ça te va bien je trouve :p

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