Abel a treize ans, deux mois et trois jours. Soit sept mois et un jour de retard sur l’âge moyen de révélation du mot qui sera comme le fil rouge de toute son existence. Ce qu’il ressent est un mélange d’excitation, de peur et d’appréhension. Ce n’est pas rien de connaître enfin le mot, intime et secret, qui le définira et conditionnera les chemins qu’il se choisira…

Quelle sera la vie d’Abel ? Le jour de la révélation, il se réveillera avec un mot qui résonnera dans sa tête et dans son cœur comme une évidence. Héritera-t-il d’un mot banal, d’un mot humiliant ou pire… d’un mot noir ? Abel rêve d’un mot qui soit beau, grand ou fort. Amour était le mot de mère Teresa, Justice celui de Martin Luther King, Égalité celui de Nelson Mandela. Abel n’en demande pas tant, un mot positif synonyme d’une vie heureuse et lui laissant la possibilité de réaliser ses rêves serait bien suffisant !

A part certains personnages publics qui en sont fiers, les mots sont rarement divulgués. Enregistrés de manière anonyme par l’État, ils ne sont connus qu’à la mort de leur propriétaire si ces derniers ne s’y sont pas opposés. Ils peuvent également être dévoilés lors d’un procès, et dans ce cas, posséder un mot noir peut être considéré comme une circonstance aggravante. Que peut bien penser la sublime Clara Desprès, une des élèves les plus populaires du collège, à la découverte de son mot tracé en lettres rouges sur le mur des toilettes…? Divulguer le mot d’une personne est passible d’une peine de dix ans d’emprisonnement, qui a bien pu commettre un tel crime ?

Mi dystopie, mi roman réaliste, Le mot d’Abel est une excellente surprise ! Si l’idée est originale, on retiendra surtout l’intelligence du propos de l’auteure. Dans un monde qui ressemble trait pour trait au nôtre, la vie de chacun est conditionné par un mot qui lui est révélé aux alentours de l’âge de douze ans. Si certains mots ont une signification évidente et suggèrent une vie pleine, glorieuse ou simplement heureuse, d’autres sont plus ambivalents et complexes, à l’image de ce tueur en série ayant hérité du mot « célèbre »… Peut-on infléchir le cours de sa vie ou doit-on subir l’influence de son mot même s’il nous enferme dans une case ? Et si le mot était finalement ce qu’on veut bien en faire..? Les porteurs d’un mot noir sont-ils tous de dangereux criminels en puissance à surveiller et à contrôler comme veut le faire croire le Parti de la vérité..?

Réflexion sur la liberté et notre capacité à faire de notre vie ce que nous voulons qu’elle soit, Le mot d’Abel interroge les rêves qu’on porte en soi, l’image que l’on renvoie aux autres et toutes ces étiquettes qui nous enferment. Des questions qui ne manqueront pas de faire écho chez nos adolescents en pleine construction de leur identité d’autant qu’elles se doublent ici d’une habile réflexion sur la montée des idées extrémistes, on ne peut plus d’actualité.

Après Nos cœurs tordus de Séverine Vidal et Manu Causse, Le mot d’Abel vient de se voir décerner le Prix Gulli du Roman 2018 et c’est sacrément mérité… n’en déplaise à sieur Jérôme qui s’amuse à faire la fine bouche et est passé à côté de ce roman pourtant très réussi. Et si vous vous faisiez votre propre avis ? 😉

Juste accepter ce qu’on est, où en est, parce que c’est ça la vie. Tu prends ce que tu es, et tu fais avec, parce qu’on ne change pas son destin. Il n’y a que dans les contes de fées où les reines épousent les crapauds, où les morts reviennent à la vie par la magie d’un baiser. Jusqu’à ce matin, jusqu’à ma révélation, c’est ce que je croyais, ce que je trouvais normal.
Un mot, une place.
Un mot, une vie.

A présent que je connais mon mot, si petit, tout riquiqui, je trouve cette idée honteuse. Scandaleuse. Choquante. Révoltante.

Je ne veux ni de la place ni de la vie qui vont avec ce mot-là.

Éditions Rageot (Février 2018)

192 p.

 

Prix : 12,90 €

ISBN : 978-2-7002-5627-7

pepites_jeunesse


9 commentaires

Marie-Claude · 13 novembre 2018 à 03h44

Je viens justement de lire l’avis de Jérôme! J’ai envie de suivre ton conseil: me faire mon propre avis!

Stephie · 13 novembre 2018 à 06h59

J’aime que vous soyez en désaccord, ça donne encore plus envie !

Kathel · 13 novembre 2018 à 07h29

Mais oui, cette divergence donne plutôt envie ! D’autant que le thème me fait penser au Passeur de Loïs Lowry que j’ai beaucoup aimé.

Syl. · 13 novembre 2018 à 09h04

T’as raison, Noukette, je note le titre. Puis cette histoire est tout à fait le genre que j’affectionne.

L'Irrégulière · 13 novembre 2018 à 13h25

En tout cas, la métaphore est jolie !

Violette · 13 novembre 2018 à 16h16

je me tâte, j’ai un ado à la maison, j’en côtoie tous les jours… hum, j’aimerais quand même jeter un coup d’œil… sans être convaincue.

krol · 13 novembre 2018 à 20h17

C’est amusant de lire vos avis si différents. Je ne pense pas que je le lirai, mais cela m’intrigue. Qu’en penserais-je ?

gambadou · 13 novembre 2018 à 21h36

J’ai bien aimé le message du livre, mais ça n’a pas été un coup de coeur

Alex-Mot-à-Mots · 14 novembre 2018 à 09h57

Ton billet est convaincant. Je vais aller lire maintenant l’avis contraire.

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