Camille a 15 ans et évite avec précaution toutes les situations qui pourraient l’amener à trop se dévoiler. Confortablement englué dans l’anonymat adolescent, le jeune homme aspire à la tranquillité, loin des terrains de sport et des vestiaires chargés en testostérone. Non pas qu’il cherche à fuir ses congénères mais Camille a depuis longtemps choisi la solitude et le calme pour survivre à son quotidien de lycéen. Planqué sous son sweat à capuche, celui qui désespère de porter un prénom « qui rime avec fille » préfère de loin se réfugier dans les histoires qu’il s’invente. Seule son amie-voisine d’enfance a pour l’instant les clés de son monde…

Mais cette année, un peu contraint et forcé, porté par une spontanéité et un profond désir de se noyer dans la masse, Camille se découvre acteur. Acteur de ses désirs. Acteur de sa vie. Seul décisionnaire de ce qu’il souhaite en faire… Dans cet atelier théâtre monté par madame Dionis, Camille endosse le costume de la reine des fées et les regards changent. Ceux qu’on pose sur lui… et celui qu’il pose sans concessions sur lui-même. Et si Titania était son plus beau rôle ? Celui capable de parler à son inconscient et à tous ces désirs qu’il n’ose pas s’avouer ? Celui capable de le mettre au monde et de le révéler ?

J’ai pensé que bien sûr, il y avait aussi mille et une façons d’être un garçon. La brutalité n’était pas nécessaire. L’indélicatesse non plus. La masculinité n’était pas synonyme de lutte acharnée pour la domination. J’ai repensé à moi en Titania. Pour jouer cette reine, j’essayais de trouver en moi des ressources émotionnelles qui me permettraient d’incarner sa féminité et j’en trouvais. Parce que les frontières n’étaient pas aussi étanches qu’on essayait de nous le faire croire entre le masculin et le féminin. Et ça ne faisait pas pour autant de moi un garçon qui veut être une fille.

J’aime immensément cette littérature jeunesse qui ouvre grand les portes et donne des ailes. Une littérature qui interroge, propose et donne à réfléchir. Une littérature qui englobe et ne divise pas. Rien de clivant ici. Camille peut bien être celui qu’il veut, ressentir des émotions apparemment contraires, concilier l’inconciliable. Les ombres que nous sommes ne se contente pas d’aborder les notions du genre ou de l’identité. Le roman explore tous les recoins de l’adolescence, cet entre-deux pas très confortable qui malmène, bouscule et donne finalement les clés d’un monde à construire. En toute liberté…

« Camille » m’est enfin apparu comme un cadeau. Sa mixité symbolisait la défaite des frontières.

Un joli coup de cœur pour ce premier roman lauréat du premier Prix Cendres créé par une tribu d’auteurs que j’adore en hommage à la jeune autrice décédée. Bravo ♥

Une lecture évidemment partagée avec Jérôme comme (presque) chaque mardi.

 

Éditions Thierry Magnier (Août 2020)

Collection Grands romans

204 p.

 

Prix : 12,90 €

ISBN : 979-10-352-0349-8 

pepites_jeunesse


4 commentaires

krol · 27 octobre 2020 à 11h12

La littérature jeunesse regorge de beaux textes, qu’il faut mettre à l’honneur. Merci à Jérôme et toi de le faire.

Caro · 30 octobre 2020 à 17h45

Je note ce titre qui m’a l’air intéressant.

Alex-Mot-à-Mots · 1 novembre 2020 à 18h59

Encore une pépite dont je m’empresse de noter le titre. Merci.

Alice · 2 novembre 2020 à 15h24

De la littérature qui donne des ailes… je prends ! ♥

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *