Si un jour je réussissais à faire en sorte que papa et Victor s’entendent bien, je serais le garçon le plus heureux du monde. En plus, maman, j’en suis sûr, serait moins triste le week-end. Tout le monde serait heureux et on pourrait enfin être une famille tranquille. Le problème c’est que quand je suis avec papa tout seul, je n’arrive pas à exprimer ce que je ressens.

Le modèle de Maturin, 11 ans, c’est son grand frère Victor. L’adolescent de 17 ans est au lycée, en internat, et passe son bac cette année. Malgré leur écart d’âge, les deux frères partagent une tendre complicité. Tous les vendredis soir, c’est avec une grande impatience que Maturin attend son retour pour le week-end. Pourtant, c’est à chaque fois avec un petit pincement au cœur et une certaine angoisse que le jeune garçon voit approcher les retrouvailles entre Victor et son père. Loin d’être une fête, elles tournent systématiquement au cauchemar. Au grand dam de son père, Victor semble beaucoup plus passionné par son groupe de rock que par ses études. Les reproches fusent, le ton monte. Impossible pour eux d’avoir une discussion apaisée. Ils ne s’écoutent pas, ne se comprennent pas et ne font aucun pas l’un vers l’autre.

J’ai l’impression que, dans une famille, on est rarement tous heureux au même moment.

C’est par la voix de Maturin que le lecteur découvre cette histoire. La voix d’un petit garçon qui ne comprend pas tout, aimerait réussir à apaiser l’ambiance familiale et se sent démuni face aux rancœurs, à la colère et au mur qui semble désormais se dresser entre son père et son frère. Un petit garçon qui assiste impuissant à la tristesse de sa mère et aimerait tant ressouder sa famille qui vole en éclats. Mais Maturin n’a pas de baguette magique…

J’ai embarqué dans ce court roman sans trop savoir de quoi il retournait. Avec ce titre et cette couverture flashy, j’avoue que je m’attendais à une gentille petite histoire mettant en avant les liens familiaux et la musique, quelque chose de léger, de frais. C’est finalement une histoire beaucoup plus profonde et touchante sur ces liens qui se tissent, se nouent, se desserrent et finissent parfois par se rompre. Sur ce fossé souvent infranchissable qui empêche parents et adolescents de parler la même langue. Sur cette nécessité de se construire en toute indépendance, parfois loin des rêves parentaux, quitte à faire vaciller l’équilibre. Sur ce besoin parfois de mettre carrément les voiles pour exister.

J’ai beaucoup aimé, jusqu’à la toute fin où rien n’est totalement réglé. Pas de happy end trop simpliste, la vie, elle, ne fait pas toujours de cadeau et les relations père/fils sont infiniment complexes. Mon grand frère est le premier roman de Thierry Radière et j’espère qu’il y en aura beaucoup d’autres. J’ai aimé son ton et son naturel, belle idée que de centrer le récit sur le ressenti et les émotions du cadet un peu perdu entre l’admiration qu’il voue à son grand frère et les conflits familiaux. A découvrir !

Une belle découverte partagé avec Jérôme comme (presque) chaque mardi.

Les deux premiers chapitres à lire sur le site de l’éditeur.

Mon grand frère de Thierry Radière

Éditions Magnard jeunesse (Septembre 2020) 

140 p. / 13,50 € / ISBN : 978-2-210-96856-1 

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4 commentaires

Alex-Mot-à-Mots · 11 mai 2021 à 13h05

Un auteur à suivre, alors. Merci pour la découverte.

Moka · 12 mai 2021 à 11h21

Noté pour le CDI ! Cela m’intéresse évidemment !

Jérôme · 14 mai 2021 à 17h09

Rien n’est réglé non, et c’est ça qui est chouette !

Laurie · 5 juin 2021 à 17h55

Commandé pour cet été pour mon ado (et moi :-)) bisous

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