Je suis sous le charme de cette réécriture du conte Peau de mille bêtes des frères Grimm par Stéphane Fert. La couverture, sublime, vous fait peut-être penser à raison à l’affiche du film Peau d’Âne avec la non moins sublime Catherine Deneuve, c’est effectivement sous ce titre que l’on connaît ce conte en France. L’auteur en a gardé la trame mais s’est totalement réapproprié l’histoire en y ajoutant une bonne dose de folie et de modernité. Réjouissant !

Lou est un jeune prince. Plutôt maigrichon, sensible et pas franchement téméraire, c’est un amoureux des mots qui a appris le dictionnaire par cœur. Dans la forêt enneigée, il est à la recherche de la princesse mais ce sont des créatures effrayantes, une corneille qui parle et la bonne « fée » Margot qu’il finit par rencontrer. Si le prince en paye le prix, celle ci est prête à lui indiquer où se trouve la princesse… à condition qu’il écoute l’histoire de celle qu’il aime… Celle de la princesse Ronces, prisonnière d’une horrible malédiction…

– Une histoire ?! Mais Margot, nous n’avons pas le temps pour de boniments, il faut…
– Écoute moi, petit impertinent ! Sache que les contes contiennent de très puissantes magies. Ce sont d’étranges créatures qui naissent et s’engraissent dans les chaumières depuis la nuit des temps…

Les plus faibles meurent et s’évaporent, c’est la vie. Mais les plus forts peuvent creuser des sillons dans nos esprits. Ils nous imaginent à mesure que nous les racontons. Ils rendent réels les sorts et les malédictions…

Allez, écoute ma petite histoire. Plonge dans le profond torrent des mémoires. Retiens ton souffle, remplis ta tête. Et prends bien garde au maudissement des mille bêtes !

Et ce n’est que le début d’une incroyable et jubilatoire aventure où les personnages ne sont jamais ce qu’ils semblent être. Loin des archétypes caricaturaux des contes de fées dont il se moque gentiment, Stéphane Fert dynamite les codes et donne un coup de jeune rafraichissant aux figures du prince, de la princesse et de la fée qui d’ailleurs n’en est pas une. Chétif, érudit et sensible, Lou est un jeune garçon qui assume sa part féminine sans complexes. Ronces est quant à elle une mante religieuse callipyge que la malédiction condamne à littéralement croquer les hommes qui ont le malheur de croiser sa route.

– Je suis désolée, mais finalement, je vais bien devoir te dévorer.
– Vraiment ?
– Oui, c’est le protocole en cas de menace sur le royaume.
– Ah, mince…
– A moins que tu ne consentes à me donner quelque chose.
– Bien sûr, tout ce que vous voudrez !
– Très bien… Alors ce sera un baiser. 

Un duo improbable qui permet à l’auteur une relecture moderne et féministe absolument jubilatoire. Les dialogues sont à tomber, le propos est on ne peut plus intelligent et le lecteur se régale de toutes les portes laissées ouvertes. Réflexion sur l’identité, le genre, l’amour… difficile de lister ici tous les thèmes abordés avec humour par Stéphane Fert. J’avais déjà pu apprécier son trait dans le génial Quand le cirque est venu en duo avec Lupano et sa vision de la légende arthurienne dans Morgane avec Simon Kansara au scénario ne m’avait pas laissée indifférente. Mais là, on monte d’un cran et je me réjouis de le découvrir seul aux manettes. Franchement, dessin comme scénario, c’est de la belle ouvrage ! Ensorcelant ♥

 

L’avis de Jacques

Le tumblr de l’auteur

 

Éditions Delcourt (Mars 2019)

120 p.

 

Prix : 18,95 €

ISBN : 978-2-7560-9172-3

BD de la semaine saumon

Chez Stephie


17 commentaires

eimelle · 17 avril 2019 à 10h24

le graphisme ne m’aurait pas attitrée, mais ton avis, oui!

MYLENE bezard COLAS · 17 avril 2019 à 12h53

Bonjour, votre chronique m’a beaucoup intéressée …Est-ce que cela convient à un public ado

gambadou · 17 avril 2019 à 14h41

J’aime bien les contes revisités et dynamisés

Saxaoul · 17 avril 2019 à 18h16

J’avais beaucoup aimé Quand le cirque est venu et ce titre me tente également !

Framboise · 17 avril 2019 à 20h49

uhhhhhhhhh ça me plait <3

Caro · 17 avril 2019 à 22h34

Le trait me tente peu, mais ton avis pourrait me faire passer outre cet aspect…

Sabine · 18 avril 2019 à 09h45

J’aime beaucoup les réécritures ! Je note !

sylire · 18 avril 2019 à 22h16

Je n’étais pas trop tentée à priori mais tu sais être convaincante alors pourquoi pas s’il croise ma route ?

Blandine · 19 avril 2019 à 07h56

Tu sais être convaincante! Par contre, niveau dessin, j’émets une réserve…

krol · 19 avril 2019 à 12h25

Le dessin ne m’attire pas… Faut voir.

Violette · 19 avril 2019 à 18h55

oh chouette! Les dessins me font penser à l’univers de Mamette (de loin peut-être…)

Brize · 20 avril 2019 à 08h15

Pas vraiment séduite par le dessin (mais la couverture est chouette), mais compte tenu de ce que tu en dis, je la lirai si je la croise en bibliothèque.

Alexielle · 20 avril 2019 à 17h10

J’adore les réécritures de conte et l’auteur semble aller beaucoup plus loin d’après ton avis. Je ne peux que noter ! (et je vais voir ton avis sur Morgane par la même occasion, autre sujet que j’adore : la légende arthurienne !).

Antigone · 21 avril 2019 à 18h19

Voilà qui me plairait beaucoup je crois. J’espère avoir l’occasion de la lire.

Moka · 22 avril 2019 à 09h23

Je le note, il pourrait me plaire!

Bouma · 23 avril 2019 à 10h45

je survole ton article car je viens de me l’offrir et que j’ai très envie de me préserver cette lecture 🙂

Jerome · 24 avril 2019 à 14h38

Voila une réécriture qui a tout pour me plaire !

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