Rage_

« Si « Rage » est un nom, alors elle le veut bien. Elle veut bien s’en vêtir, pour un temps peut-être, comme un nouvel habit, comme une seconde peau – en attendant une autre mue. »

Elle a tout laissé derrière elle. Son pays, sa famille, sa vie d’avant… son prénom. Ici, elle est Rage. Un prénom qui claque et lui colle à la peau, un mot-colère, un mot-blessure qui dit l’horreur qu’elle a vécue, la violence des hommes et tout le chemin parcouru.

Elle a tout laissé derrière elle et fait tout pour oublier. La fuite éperdue vers l’ailleurs, la course à la survie, la lente et douloureuse adaptation à la vie d’ici. A présent elle avance à tâtons. Tente de se recréer une bulle. Réfugiée en France, son amie Artémis est son seul repère, sa seule béquille, son seul lien avec sa vie d’avant l’exil.

Rage est une boule de solitude et de souffrance, autour d’elle, des barrières infranchissables. Rien ne semble pouvoir fendiller l’armure. Jusqu’à ce qu’une nuit, sa route croise celle d’une chienne. Une chienne pitbull aux abois, traquée, blessée, maltraitée. Pour Rage, la sauver revient peut-être à se réparer elle-même…

« Elle avance d’un pas.

Elle se met à chuchoter comme elle l’a fait la première fois, il n’y a que quelques heures, lorsqu’elle a vu ce fauve surgir de la nuit. A ce moment-là, elle n’a pas vu un monstre, elle a vu une survivante. Elle n’a pas vu une bête, elle a vu son reflet. Elle s’est vue elle-même. »

Un court récit qu’on lit en retenant son souffle. Avec Rage, l’auteure réussit un périlleux exercice d’équilibriste sans filets. Tendu à l’extrême, son texte à vif dit l’urgence, le désespoir et la rage de vivre. Au plus près de l’émotion, au plus près de l’essentiel, la plume d’Orianne Charpentier est d’une justesse et d’une puissance qui laissent sans voix. Un texte dense, brut et resserré où chaque mot compte. Un texte comme une déflagration où la maltraitance animale fait écho à la condition d’exilée de la jeune fille. Un texte qui malgré tout laisse la porte ouverte à la résilience et à une timide mais possible reconstruction.

Une seule nuit pour tout changer… Un texte coup de poing qui résonne longtemps… et une pépite jeunesse percutante comme on aime les partager avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque…

 

Éditions Gallimard jeunesse (Mars 2017)

Collection Scripto

103 p.

Prix : 7,00 €

ISBN : 978-2-07-508255-6

pepites_jeunesse


7 commentaires

Saxaoul · 18 avril 2017 à 09h50

Un style bien différent de ce à quoi l’auteur nous a habitués visiblement.

luocine · 18 avril 2017 à 13h12

je ne connais pas du tout cette auteure au prénom si proustien

krol · 18 avril 2017 à 18h41

Et encore une pépite jeunesse ! J’espère que je la trouverai à la médiathèque.

Framboise · 18 avril 2017 à 18h46

jamais lu et autant dire que vous donnez sacrément envie !
Merci les copains
Je note et commande au plus vite <3

Jerome · 18 avril 2017 à 21h00

Un texte superbe, l’écriture claque et le sujet bouscule sacrément. Tout ce qu’on aime au fond !

Mo · 19 avril 2017 à 06h21

En si peu de pages l’auteure semble contenir tant de choses ! Ça m’intrigue tout ça ! 😀

Moka · 6 mai 2017 à 11h46

Un mot, un nom fort qui résonne tellement ces jours tristes d’entre deux tours.

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