Croyez-le ou non je n’avais jamais lu Raoul Taburin. Jusqu’à ce qu’une bonne fée le mette en travers de mon chemin. Je l’ai aimé tout de suite Raoul. Il ressemble à tous ces personnages de l’ombre qu’on croise dans certains romans. Les discrets. Ceux qui ne font pas de bruit. Les figurants. Ceux à qui l’on sourit distraitement en oubliant tout aussi vite leurs visages… Sauf que Sempé en a fait un héros. Un héros qui ne paye pas de mine, un petit bonhomme simple dont la vie tranquille n’est pas vouée à être synonyme d’éclats.

Mais au village, tout le monde connaît Raoul Taburin. Les plus vieux se rappellent de ses virées à vélo et de ses genoux écorchés quand il était haut comme trois pommes, un sacré casse-cou celui-là ! Et doué en plus de ça ! A Saint-Céron, on commença vite à lui confier des petites réparations quand on comprit que les selles, les pneus et autres roulements à billes n’avaient aucun secret pour lui. Alors ça n’a étonné personne quand Raoul Taburin reprit le magasin de cycles du village à la fin de ses études.

Sa réputation était telle que, dans le canton, on ne disait plus un vélo, mais un taburin.

Mais Raoul a un souci. S’il est incollable en deux roues, jamais il n’a réussi à tenir en équilibre sur une selle. D’ailleurs, à bien y réfléchir, personne au village ne l’a jamais vu faire des prouesses sur une de ses bicyclettes. Et personne jusqu’à maintenant n’a réussi à percer à jour le terrible secret de Raoul Taburin, passé maître dans l’art de la dissimulation et du subterfuge : l’expert en bicyclettes… est en réalité une bille à vélo. Inenvisageable… et donc indétectable. Jusqu’à l’arrivée au village d’Hervé Figougne, photographe de son état, bien décidé à immortaliser ses habitants dans leur élément. Et Raoul Taburin sur son vélo.

Taburin prolongeait la marche, espérant n’importe quoi : un déluge apocalyptique, une invasion de sauterelles géantes, un brouillard de fin du monde. Il détestait Figougne et ses multiples poches remplies de pellicules. Parfois il ralentissait, pour repartir de plus belle, espérant fatiguer le photographe. Il se disait que le jour où il l’avait rencontré il aurait mieux fait de se casser une jambe et le fait que c’était peut-être ce qui allait se produire ne calmait pas pour autant sa mauvaise humeur, qui s’estompa un peu quand il engloutit, lui qui ne buvait jamais, la bouteille de vin lourd qu’il avait rajoutée dans le sac du pique-nique.

Toute la délicatesse, la tendresse et la poésie de Sempé dans ce personnage d’imposteur pris à son propre jeu. Le trait si reconnaissable. Le souci du détail. Cette bienveillance envers ses personnages qu’il semble couver du regard… Cette belle réédition grand format à la couverture cartonnée fait la part belle aux illustrations et c’est un bonheur pour les yeux. On ne peut que fondre d’amour pour Raoul Taburin… On aime sa simplicité, sa naïveté encore enfantine et cette fragilité qui le rend si touchant. Raoul Taburin vient d’être porté à l’écran avec Benoît Poelvoorde et Edouard Baer dans les rôles titres. Je suis plus que curieuse de découvrir l’adaptation de ce si joli bijou..!

Mille mercis ma Mo’ pour ce délicieux cadeau ♥

 

 

Éditions Denoël (Mars 2019)

106 p.

Première parution en 1995

 

Prix : 28,00 €

ISBN : 978-2-207-14181-6

 

BD de la semaine saumon

Chez Stephie


10 commentaires

Nathalie · 12 juin 2019 à 08h56

Je ne connaissais pas Raoul non plus ! Mais peut-on résister à Sempé ?

eimelle · 12 juin 2019 à 09h38

pas lu non plus… mais je crois que je vais essayer de le trouver!

Mo' · 12 juin 2019 à 11h09

<3 😉

Caro · 12 juin 2019 à 22h15

Je ne connaissais pas non plus… Merci d’avoir mis en avant cet album.

sylire · 12 juin 2019 à 22h24

Et bien moi non plus, je ne connais pas Raoul !
Tentant !

Stephie · 13 juin 2019 à 08h01

Moi je ne suis pas sensible à Sempé, alors je vais passer 🙂

Saxaoul · 13 juin 2019 à 13h54

J’ai vu le film. C’est sympa mais il y a quand même quelques longueurs…

Amandine · 15 juin 2019 à 11h24

Sempé a l’art de me faire sourire.

Bouma · 15 juin 2019 à 15h55

un classique !

Jérôme · 17 juin 2019 à 12h31

Ah Sempé, que de poésie et de tendresse dans son dessin !

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