Je n’ai pas oublié ce qui s’est passé cet hiver, je n’ai pas oublié les deux gamins qui rentrent de l’école primaire ensemble, je n’ai pas oublié les ruines du passé entassées au fond de mon placard, je n’ai rien oublié. Samedi soir, pourtant, la bande semblait avoir oublié.

Vous savez ce que ça veut dire, être un membre de la famille royale ? être la bonnasse aux cheveux dorés et au cul bandant ? Ça veut dire que les gens que vous voyez tous les jours, ces visages dont vous ignorez le prénom, ces silhouettes en périphérie de votre champ de vision, ces personnes que vous surnommez « la rousse aux yeux de poisson » parce que vous êtes une putain de merde humaine, ces gens, ils sont plus malheureux que vous.

Il est là. Juste à quelques mètres. Comme la proie qu’il a toujours été. C’était presque trop simple. Presque un jeu d’enfant. Utiliser toutes les ruses du camouflage, avancer à couvert, planter les crocs dans la chair tendre. Et se repaître du festin si facilement gagné. C’est l’avantage d’être en haut de la chaîne alimentaire. La caste des dominants. La race des vainqueurs…

Ça a une odeur la peur ? Peut-être que c’était ça qui les excitait, elle et sa meute. Cette lueur affolée dans leurs regards, ce sentiment total d’abandon, cette manière pitoyable qu’ils avaient de se jeter presque sciemment dans la gueule du loup. Les vilains petits canards, les boiteux, les solitaires, les bizarres. Ceux qui n’entrent pas dans le cadre. Les proies idéales. Il suffisait de les appâter, de leur mentir, ou juste d’être soi-même. Ces idiots ne voyaient pas la différence…

Mais aujourd’hui c’est elle qui a peur. Le jour du rattrapage du Bac, tout lui revient en plein visage. Cette adrénaline qui la poussait elle et sa bande à humilier les plus faibles. Cette jouissance sourde à les mettre plus bas que terre. Les faibles ne faisaient jamais de bruit quand ils tombaient, ils s’écrasaient en silence, pas de vagues… Mais lui avait ouvert les vannes. Littéralement…

Implacable. La voix qui s’élève est celle d’une reine déchue, assaillie par les souvenirs plus que par les remords. Et c’est peu dire qu’elle marque… A-t-on envie de lui pardonner ? D’expliquer ces actes qui ont mené au pire ? De trouver un sens à cet acharnement ? Funambule impeccable, Vincent Mondiot renverse notre regard et nous oblige à faire face à nos propres démons en mettant son lecteur dans la tête de « l’harceleur ».

Un monologue tranchant comme une lame de rasoir. Un texte à vif dans une collection qui lui offre le plus beau des écrins. Une voix différente. Peut-être la meilleure façon de combattre le harcèlement scolaire. On en ressort groggy et profondément ébranlé. Virtuose ♥

Une lecture « outch » que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

L’avis de Pépita

Le blog de l’auteur

 

Éditions Actes Sud Junior (Avril 2019)

Collection D’une seule voix

80 p.

 

Prix : 9,80 €

ISBN : 978-2-330-12100-6

pepites_jeunesse


5 commentaires

Alex-Mot-à-Mots · 9 avril 2019 à 13h00

Ce point de vue me dérange, ayant été longtemps de l’autre côté. je crois que je n’ai pas envie de savoir ce qui leur passe par la tête.

Sophie Hérisson · 10 avril 2019 à 09h16

Un thème intéressant, un peu à contre courant, mais c’est bien d’avoir ça aussi je pense pour mieux comprendre le fonctionnement du harcèlement !

Jérôme · 12 avril 2019 à 16h08

Encore un texte incroyable dans cette magnifique collection. Vivement le prochain !

gambadou · 14 avril 2019 à 12h59

Une collection où il y a souvent des lectures « ouch »

Rattrapage : jour de sortie | Survivre la Nuit · 9 avril 2019 à 10h27

[…] Un monologue tranchant comme une lame de rasoir. Un texte à vif dans une collection qui lui offre le plus beau des écrins. Une voix différente. Peut-être la meilleure façon de combattre le harcèlement scolaire. On en ressort groggy et profondément ébranlé. Virtuose. La Bibliothèque de Noukette […]

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