On nous a volé ça, on a vécu deux vies parallèles, moi à Libourne, lui à Villenave, 38,1 kilomètres entre nous, pendant vingt ans. Il a fallu que Paul crève pour qu’on bifurque, qu’on se cogne l’un à l’autre. J’aime m’être cognée à lui. Je me suis sentie proche à la seconde où je l’ai vu, son air maladroit, celui du mec qui cherche une place où être bien, où il pourrait être lui, ses phobies, ses cris, ses mantras bizarres, ses tocs, ses listes, ses larmes, ses départs, ses fuites, ses manies, son pull à ranger, sa figurine de Marge, ses DVD, ses mains moites, son zip, ses bonbons qui tombent, ses angoisses, sa gourde et ses trois pas, sa passion pour la symétrie, ses mardis soir à attendre, je prends tout.

 

Vingt ans de mensonges. Vingt ans de souvenirs qu’ils n’auront pas partagés. Vingt ans que son père qu’elle ne voyait que trop peu depuis la séparation de ses parents lui cachait l’essentiel… Sonnée, Luce découvre coup sur coup que son petit ami qui l’a quittée l’a déjà remplacée dans son lit et dans son cœur et que son père bien trop absent vient de mourir en larguant une bombe. Le décès est brutal, inattendu, presque abstrait pour Luce qui ne montre aucune émotion. Ce qui est très concret par contre c’est cette nouvelle famille qu’elle se découvre le jour de l’enterrement. L’autre famille de son père. Une femme éplorée, une petite sœur et un frère, un presque jumeau. En une fraction de seconde ce grand type un peu gauche bourré de tics et de manies entre dans sa vie et la bouleverse…

Et je l’aime d’un coup, un coup porté direct à ma poitrine, en plein cœur. Je l’accepte comme il m’accepte, et c’est une évidence.

J’aime les rencontres inattendues. Celles qui font entrer en collision des êtres qui auraient pu ne jamais se croiser. Celles où les carapaces se fendillent et où on finit par baisser la garde. Celles où les silences se partagent et où on se soigne dans le regard de l’autre. Celles qui redistribuent les cartes, comblent les trop longues absences et permettent enfin de prendre racine. De s’ancrer. Et de faire jaillir le beau…

J’ai tout aimé dans l’histoire de Luce et Pierrot. Leurs ajustements, leurs fulgurances, leurs évidences. Tout dans leur complicité est bouleversant. Leurs échappées, leur projet fou, leurs trouvailles pour désamorcer les crises, leur folie douce, ces liens qui se tissent en silence… Elle est belle cette histoire là, et elle fait du bien. Grâce à son frère-surprise, Luce vit enfin sa vie, pleinement, sans en être spectatrice. Elle agit, ressent, se libère, revit… et fait enfin entrer la lumière.

Séverine Vidal n’a pas son pareil pour raconter ces histoires là. Elle accompagne ses personnages avec bienveillance et tendresse, leur ouvre les portes, leur dessine un avenir. La balade qu’on fait aux côtés de Luce et Pierrot est de celles que l’on aimerait prolonger encore et encore. Une lecture que j’ai faite le sourire aux lèvres et que j’ai pris un plaisir fou à partager avec Jérôme, comme (presque) chaque mardi. Coup de ♥ !

 

On aurait dû vivre ça tant de fois.

On récupère juste ce qui nous est dû.

 

Le blog de Séverine Vidal

 

Éditions Robert Laffont (Mars 2020)

Collection R

252 p.

 

Prix : 16,50 €

ISBN : 978-2-221-24616-0 

 

pepites_jeunesse


8 commentaires

Séverine Vidal · 10 mars 2020 à 11h10

Chère Noukette
Hum… Que dire ?
Au moment où je me sens si vulnérable, quand mon roman vient de paraître et que j’attends de savoir ce qu’en pensent les lecteurs et les lectrices… vos mots sont si précieux. Ils me rassemblent. Merci infini.

Autist Reading · 10 mars 2020 à 11h12

Au vu de votre enthousiasme (et le mot est faible) partagé, à toi et Jérôme, je n’imagine pas ne pas me procurer ce roman au plus vite.

Alex-Mot-à-Mots · 10 mars 2020 à 13h33

Un coup de coeur que je m’empresse de noter.

Karine · 11 mars 2020 à 00h17

Tiens, ça me tente ça! Je ne sais pas si je vais pouvoir le trouver ici. Le thème me plait bien.

Fanny · 11 mars 2020 à 09h41

Que faire d’autre que le noter, et le commander?

Stephie · 12 mars 2020 à 10h07

Hâte de le recevoir

Jérôme · 12 mars 2020 à 13h05

Quel roman ! Coup de coeur partagé évidemment, on ne pouvait qu’être sur la même longueur d’ondes avec ce texte.

Sylvie Boyer · 26 mars 2020 à 22h17

En lisant la critique de ce livre, j’ai eu tout de suite l’envie de l’acheter et de le lire.
Mais comme j’ai découvert sur les sites de vente, ce livre ne sortira au Québec (Canada) quà la fin du mois d’avril 2020. Quelle déception, parce que en ce moment, une des seules activités sécuritaires est la lecture en solitaire !

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