Stupor Mundi – Néjib

stupor-mundiIl faut parfois savoir sortir des sentiers balisés, loin de sa zone de confort rassurante. C’est ce qui m’est arrivée avec Stupor Mundi, un pavé que j’ai regardé du coin de l’oeil pendant des mois sans oser l’affronter. De prime abord, le graphisme de Néjib ne m’emballait pas. Les thèmes abordés avait par contre tout pour me plaire même si j’avais un peu peur de me perdre dans des références que je n’avais pas sur l’époque, la situation politique ou la religion. Que nenni. Stupor Mundi est passionnant de bout en bout. Érudit sans jamais ennuyer. Humaniste et porteur de valeurs qui font furieusement écho aujourd’hui…

 

Nous sommes au début du XIIIe siècle. Chassé de Bagdad, Hannibal Qassim El Battouti, un éminent savant arabe, arrive dans les Pouilles à Castel del Monte, une étonnante forteresse géométrique dans laquelle le souverain Frédéric II, surnommé « la stupeur du monde », a rassemblé les plus grands scientifiques, artistes et érudits de tous bords. Fuyant le dogmatisme religieux et la propension de l’imam à rejeter toute réflexion scientifique, Hannibal s’installe au château où il compte bien mettre la touche finale à une invention incroyable, la « camera oscura »…  Accompagné de sa fille Houdê, paralysée des deux jambes et hantée par le souvenir de sa mère, et de El Ghoul, son mystérieux esclave masqué, il continue activement ses recherches. Mais sa protection par le souverain chrétien a un prix : retrouver une formule chimique disparue et réaliser un faux saint-suaire pour la visite du pape en personne…

 

« Fixer des images ? Et pour quoi faire ?

Pour les adorer ? Pour tromper les croyants ?

 

Néjib a imaginé la rencontre de Frédéric II avec un scientifique arabe qui serait le descendant d’Alhazen (965-1039), considéré comme l’inventeur de la « camera oscura » et le précurseur de l’optique moderne. Si la rencontre n’a rien de réel, la réflexion sur le rôle et la puissance de l’image en Orient et en Occident est elle absolument passionnante. L’image dans tout ce qu’elle véhicule et tout ce qu’elle suppose. Rejetée et diabolisée par l’obscurantisme religieux. Utilisée par le pouvoir à des fins ouvertement politiques…

 

Stupor Mundi est un vrai bonheur de lecture tant il est truffé de références, Le nom de la Rose d’Umberto Eco en tête. Les personnages ont tous leur part d’ombre, se dévoilent au fil des pages, doivent gérer leur histoire personnelle dans une Histoire chaotique en pleine mutation. Le menu offert par Néjib est copieux mais curieusement très digeste. Oscillant entre réalité historique et pure fiction, il tisse un récit ambitieux d’une grande intelligence et d’une grande finesse. A tel point que mes réticences quant au dessin se sont vite envolées…! A découvrir !

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Éditions Gallimard (Avril 2016)

Collection Bayou

288 p.

 

Prix : 26,00 €

ISBN : 978-2-07-066843-4

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Moka

14 commentaires sur “Stupor Mundi – Néjib

  1. Pas vu passer cet album-là ! Heureusement que tu es là 😉
    Dis donc, c’est bien tentant en tout cas et le propos semble pertinent. Je note !
    (tout de même, ces diaporamas ont de la gueule 😛 )

  2. Rhooooo ça m’a l’air épatant 😉 je note je note ! et verrai si je céderai à la tentation à Angoulême héhé (punaise il va nous falloir un semi remorque pour rentrer ! et des sous surtout ! Te laisse, m’en vais attaquer une banque Mouarf !)

  3. Feuilleté plusieurs fois en librairie, je n’ai jamais franchi le pas à cause du graphisme qui me rebute vraiment. Mais après t’avoir lue, je me dis qu’il pourrait tout à fait me convenir cet album.

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