Mon coup de foudre pour ce roman graphique a commencé dès la couverture épaisse et cartonnée, sublime, sur laquelle se dessine la silhouette magnétique de l’orphelinat de Thornhill. Un noir et blanc profond, une impression en relief donnée par un embossage et un marquage à chaud, un papier noir teinté sur tranche… incroyable travail éditorial pour ce petit bijou gothique qu’on ne se lasse pas d’admirer. Et la bonne surprise ne s’arrête pas là. A l’intérieur de ce bel écrin, plus de 500 pages dont une bonne moitié ne contient que des illustrations. Chut… La nuit tombe, la lune est pleine… il est temps d’écouter l’histoire de Thornhill…

Je suis incapable d’ouvrir la porte et de lui faire face. Je sais qu’elle sera d’un côté et moi de l’autre et que, malgré cette barrière entre nous, elle a cette capacité à insinuer la peur – plus terrifiante que je ne pourrais le décrire – jusque dans mes os et à la faire battre dans mon crâne.

Je peux vivre avec le fait qu’elle me torture pendant la journée, mais, la nuit, ce que je ressens est insupportable.

1982. Elle est revenue. Mary le sent, le devine, le sait. Son rire qui résonne dans l’escalier, les coups qu’elle se plait à donner sur la porte de sa chambre la nuit… tout va recommencer sans que personne ne se rende compte de l’enfer qu’elle lui fait vivre. A nouveau les insomnies et ces cauchemars éveillés qui l’obligent à rester à l’affut du moindre bruit suspect. Alors Mary se terre dans le silence et sort le moins possible de sa chambre-refuge où elle confectionne ces poupées articulées qui sont sa seule famille. Quand l’autre ne trouble pas le silence de la nuit, Mary inscrit ses peurs, noir sur blanc, dans son journal intime confession. Et quand elle arrive à se faire oublier, elle fuit, au cœur de la nuit, dans le jardin de cet orphelinat pour jeunes filles où elle aura passé toute son enfance…

2017. Ella investit les murs de sa nouvelle chambre. Autour d’elle, des dizaines de cartons, des livres, des photos et autant de choses qui lui rappellent l’absence de sa mère. Par sa fenêtre mansardée, son regard est sans cessé attiré par la silhouette fantomatique de cet ancien orphelinat en ruines. Des panneaux de bois vieillissants, des barbelés et des inscriptions peu engageantes en interdisent formellement l’accès aux visiteurs curieux. Mais Ella l’a vue, elle. Elle semble l’attendre, avoir peut-être des choses à lui dire et à lui confier. Elle l’appelle. Il est temps de pousser la curiosité jusqu’à cette bâtisse délabrée qui semble abriter d’innombrables secrets…

Des pages de journal intime qui dévoilent l’enfer quotidien d’une ancienne pensionnaire de Thornhill trente-cinq ans plus tôt. Des illustrations pleine page en noir et blanc pour raconter l’histoire d’Ella et la découverte de son inquiétant voisinage… Deux époques, deux ambiances qui s’imbriquent et tissent la trame de cet incroyable premier roman graphique de Pam Smy où les histoires de Mary et Ella se font tristement écho.

Un style gothique assumé et modernisé, une atmosphère sombre et inquiétante qui confèrent un attrait certain pour un scénario qui aurait pu autrement paraitre convenu. Entre ce qui est dit, ce que l’on voit, ce qui est tu et ce que l’on devine… le lecteur, ferré, navigue entre les deux époques et reconstitue le puzzle des destins brisés de ces deux jeunes filles. Fascinant !

Les avis de Moka, Takalirsa

 

 

Éditions du Rouergue (Octobre 2019)

Collection Epik

544 p.

Traduit de l’anglais par Julia Kerninon

 

Prix : 19,90 €

ISBN : 978-2-8126-1528-3

 

By Hérisson 


5 commentaires

Alex-Mot-à-Mots · 26 octobre 2019 à 12h10

J’adore le graphisme.

Fanny · 26 octobre 2019 à 17h38

Celui-là il me le faut!

L'or rouge · 27 octobre 2019 à 15h38

Celui là il me le faut, tout comme Fanny ;0) Cela me fait penser à Brian Selznick qui fait ça aussi, il mélange les pages d’illustrations avec des pages d’écritures, et cela donne un résultat envoutant ;0) Je vais me le mettre dans ma liste au Père Npël ;0)

Marie-Claude · 27 octobre 2019 à 16h49

Je copie/colle les mots de Fanny: Celui-là il me le faut!

« Thornhill » de Pam Smy (Ed. du Rouergue, 2019) #RLJ2019 – Les miscellanées d'Usva · 31 octobre 2019 à 13h11

[…] l’ont aussi lu et chroniqué : Moka – Au milieu des livres • La malle aux histoires • La bibliothèque de Noukette • Les fringales […]

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