On ne pouvait pas encore imaginer. C’était impossible. Même dans nos plus épouvantables fantasmagories. C’était trop tôt. Même si tout laissait déjà craindre le pire, de la pollution au réchauffement climatique en passant par les centrales nucléaires, les catastrophes étaient envisageables. Mais pas ça. On ne pouvait pas soupçonner son existence avant de voir le sang couler.

Comment combattre un ennemi invisible ? Que faire contre le mal quand on ne sait même pas le nommer…?

La Chose a pris le pouvoir dans l’ombre, à l’abri d’une carapace indestructible puisque invisible. Peut-être a-t-elle observé ses proies avant de se jeter sur elles. Peut-être a-t-elle pris son temps avant de faire surface. Elle était là. Personne ne s’est réellement inquiété quand les rats d’égout ont commencé à disparaître. Mais la Chose a fini par s’attaquer aux chats, puis aux chiens. Elle avait faim. Les nouveaux-nés, puis les adolescents, puis les adultes… il fallait bien ça pour étancher sa soif de sang…

La Chose n’a pas de nom, comment nommer l’invisible ? Elle deviendra « la Bête ». Insaisissable. Imprévisible. Vorace. Ceux qu’elle croque disparaissent sans laisser de traces, comme aspirés par une bouche avide. Et Léo la voit. Cette mâchoire floue et impalpable de plus en plus immense aux dents acérées. Il est le seul à la voir. Le seul à percevoir son envie d’encore. Lui n’a plus rien, ni parents, ni maison, juste un chien, tout aussi errant qu’il est seul. Et Cosmina, peut-être aussi paumée que lui…

« Est-ce que quelqu’un peut me dire s’il comprend quelque chose

à ce putain de film de science fiction ? »

Non, il n’y a peut-être rien à comprendre dans le dernier roman de Guillaume Guéraud. Après le carnage orchestré de main de maitre dans Plus de morts que de vivants, l’auteur récidive et s’amuse à décimer en quelques pages et sans aucun sentimentalisme les habitants de notre bonne vieille capitale. Prenant le contre pied des films de genre bien connus et de la figure habituelle du monstre, l’auteur pousse l’audace jusqu’à le faire disparaitre au sens propre. Sans consistance, sans contours, le prédateur est une entité impalpable et nébuleuse. Seul Léo ressent une vibration, comme un tressautement qui semble froisser l’air à son approche. Tout juste un souffle. La créature aspire et engloutit, en silence, et s’en repart. Jusqu’à réapparaître. Elle semble prendre des forces à mesure que l’amour entre Léo et Cosmina grandit, eux-même miraculeusement préservés de la colère de la Bête… L’amour… et si c’était la solution ?

Écrire sur du « rien », décrire l’invisible, et dénoncer, toujours, notre monde et ses travers… décidément, rien n’arrête Guillaume Guéraud. Pessimiste extrême mais toujours lucide, l’auteur à l’appétit insatiable a le goût des chemins non balisés. On lui doit cette littérature adolescente cash et trash où ne subsiste pas toujours cette lueur d’espoir salutaire. Et on l’en remercie !

 

A confier aux ados qui n’ont pas froid aux yeux, ils vont frémir et adorer !

Et une nouvelle lecture hautement addictive que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi, elle démarre bien cette rentrée littéraire ado !

 

Éditions du Rouergue (Août 2019)

Collection Epik

157 p.

 

Prix : 12,50 €

ISBN : 978-2-8126-1841-3 

 

pepites_jeunesse

By Hérisson


4 commentaires

Nathalie · 3 septembre 2019 à 09h22

Pourquoi pas ? A cause de sa réputation d’auteur « violent » je crois bien que je n’ai rien lu de cette auteur. .. Il va être temps de remédier à cela !

Nathalie · 3 septembre 2019 à 09h26

Pourquoi pas ? A cause de sa réputation d’auteur « violent » je crois bien que je n’ai rien lu de cet auteur. .. Il va être temps de remédier à cela !

Alice · 3 septembre 2019 à 17h46

J’adore Guillaume Guéraud, et à chaque fois ça fait mouche ! Celui-ci me rappelle un peu Déroute sauvage dans l’esprit. Hâte de le lire en tout cas ! J’étais complètement passée à côté de cette sortie, je suis ravie ! 😀

Jérôme · 5 septembre 2019 à 12h25

Tu sais que je regrette un peu la « facilité » de l’intrigue. N’empêche, je te rejoins sur la plupart de tes arguments .

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