Annabel – Kathleen Winter

annabelCe billet aurait pu ne jamais voir le jour. Et au moment où je le commence, je dois vous avouer que je ne sais même pas ce que je vais bien pouvoir écrire à son sujet…

 

J’ai lu Annabel il y a plus d’un an, un achat impulsif et urgent suite à l’avis de Laurent. Quand je l’ai commencé, j’ai su d’emblée que je tenais entre les mains un livre rare. De ceux que j’aurais bien du mal à lâcher. De ceux qui restent longtemps. De ceux qu’on offre à tour de bras et qu’on ne cesse de conseiller autour de soi. Et c’est effectivement ce qui s’est passé… Pendant les quelques jours qu’ont duré ma lecture, je suis restée dans une bulle, captivée, fascinée, émerveillée par ce roman foisonnant et magnifiquement bien écrit qui me faisait passer par tout un tas d’émotions contrastées… Une merveille. A tel point que j’ai été incapable d’en parler…

 

Et puis il y a quelques jours, lors d’une virée en librairie, je suis retombée sur cette couverture. Annabel vient de sortir en poche. C’est un signe…

 

Évidemment, après plus d’un an, je me sens tout aussi incapable d’en parler. Il y aurait tant à dire… Annabel est un vrai et grand roman, il vous transporte, vous questionne, vous lacère le cœur, vous le fait battre très fort aussi. Et c’est un premier roman. Whaou…

L’histoire en deux mots. Nous sommes dans les années 60, dans la région reculée du Labrador, au Canada. C’est là que nait un enfant. Ni garçon. Ni fille. Les deux… La stupéfaction est de taille pour Treadway, le père, et Jacinta, la mère. Seule Thomasina, qui assiste à cette étrange naissance, est dans le secret. Alors que la mère aime immédiatement et sans conditions cet enfant, pour le père, la décision est prise. L’enfant sera un garçon et se prénommera Wayne. Le choix délicat et définitif d’opérer l’enfant pour faire de lui un garçon est donc pris. Et il sera élevé comme tel, comme un garçon qu’il est sans l’être vraiment totalement… En grandissant, Wayne ne pourra taire bien longtemps les sentiments contradictoires qui l’assaillent et la blessure, sourde et mystérieuse, qui le ronge…

 

Annabel est un roman d’une beauté à couper le souffle. Intense, troublant, bouleversant. Hypnotisant. Aucun voyeurisme ici. On touche de près l’âme humaine, on explore ses contradictions, ses difficultés à composer avec l’ambiguïté quelle qu’elle soit… L’écriture touche au sublime et les personnages, tous admirablement construits, nous hantent longtemps après lecture. Difficile d’oublier ce père poursuivi par ce choix décisif (quel personnage mon dieu, quel personnage !), cette mère qui ne peut s’empêcher de voir en son fils cette fille qu’il aurait pu être. Difficile aussi d’oublier Thomasina, confidente idéale de Wayne/Annabel en quête de réponses. Et puis il y a le Labrador, un personnage à part entière du roman. Sauvage et magnifique. Beau à en tomber par terre…

 

Voilà. Il m’en reste encore tout ça aujourd’hui. Ainsi qu’une furieuse envie de le relire… Annabel est un roman remarquable, tout en nuances, vibrant, lumineux, incandescent. A lire d’urgence si ce n’est pas déjà fait…!!

 

 

Les avis de Céline, Clara, Krol, Laurent (In cold blog) et Théoma

 

Interview de l’auteure chez ICB

 

 

Au hasard des pages : « Wayne a la sensation que toute l’histoire de sa vie s’accumule comme un nuage. Il ne peut pas en parler de manière cohérente. Il aimerait l’expliquer à quelqu’un mais ignore comment s’y prendre parce qu’en un sens les aspects physiologiques, avec leurs étiquettes et leurs termes médicaux, réduisent tout ce qu’il est à quelque chose qu’il ne veut pas être. (…)
(…) il ne peut expliquer tout ce qu’il est avec seulement des mots. Le nuage se déploie à l’intérieur de lui pour gagner sa gorge où il se ramasse en une boule de plomb et de tristesse. Une boule qui risque de rendre muet. » (p. 412)

 

 

Éditions Christian Bourgeois (Février 2013)

464 p.

Traduit de l’anglais (Canada) par Claudine Vivier

 

ISBN : 978-2-267-02372-5

Prix : 20 €

 

Parution en poche le 4 septembre 2014 (Éditions 10/18)

 

 

Challenge premier roman

Et une nouvelle participation au challenge Premier roman

chez Fattorius !

38 commentaires sur “Annabel – Kathleen Winter

  1. Un roman qui m’a marquée tout autant !
    (et tu m’apprends sa sortie en poche : je l’avais lu en bibliothèque mais je souhaitais l’avoir, ça va bientôt être chose faite)

  2. J’avais adoré ce livre !! Idem, je ne voulais pas en sortir et je me l’achéterai surement très bientôt ! Merci pour cette critique, ça me rappelle des souvenisr sympas!

  3. Quelle bonne nouvelle, cette parution en poche qui devrait donner au roman l’espoir d’une seconde vie. Si ton enthousiasme n’en incite pas quelques-un(e)s à s’y plonger au plus vite, c’est à désespérer ;)

  4. Eh ben ! Quelle éloge ! Demain, c’est dimanche, je ne pourrai pas aller me le procurer.
    Ca attendra donc lundi, en espérant tomber sous le charme autant que toi. Je te fais confiance :)

  5. Oui, je dois avouer que c’est une œuvre très réussi, à découvrir ou à redécouvrir pour celles qui n’ont pas encore eu l’occasion de connaitre les écrits de cette auteure que j’apprécie beaucoup.

  6. Je dois dire que Kathleen Winter , par ses mots subtils et sa présence à la fois lumineuse et douloureuse, restera dans ma mémoire après ce fameux festival America … Elle m’a énormément touchée, à tel point que je me suis enhardie à aller lui dire . Je DOIS lire Annabel maintenant !

  7. Le sujet ne m’emballait pas des masses mais ton enthousiasme est tellement total que forcément, on ne peut qu’avoir envie de le lire maintenant… Allez, un de plus ou de moins sur ma LAL ça compte pas vraiment, non ? ;0)

      • Depuis il est dans ma PAL, je crois que j’ai trouvé une chanson de Coldfrapp qui en fait référence, si ça te dit de voir le clip je l’ai mis en ligne aujourd’hui chez moi (avec un lien vers ton billet, c’est grâce à toi qu’il est sur ma PAL ;0)

  8. Oh quel beau billet ! Je me souviens bien du billet de Laurent, déjà très convaincant. Et dire que je n’ai pas entendu l’auteur en débats à America… vivement les podcasts que j’y remédie.

  9. Je suis bluffée que tu puisses un écrire un tel billet…. 1 an après l’avoir lu, ce qui veut dire beaucoup sur le contenu de ce roman ! Je l’ai acheté suite au statut Facebook de Séverine sur lequel tu avais aussi commenté et j’ai donc encore + hâte de le lire !

    • Je suis ravie de cette seconde vie pour ce roman ! Je trouve qu’on en a peu parlé à sa sortie, ce que je ne m’explique pas d’ailleurs… C’est rare de lire de tels romans… Hâte de lire ton avis !

  10. Coucou,
    un livre qui laisse sans voix. Un livre que l’on garde en soi tant il est bon.
    Je note sa sortie en poche et me le procurais sans nul doute.
    Bises

  11. rhooo…sous le soleil, au chant des cigales et face à la mer, je me plonge dans ce roman somptueux sur tes excellents conseils et ceux de notre Framboise. Je n’ai pas de mots. A Bordeaux, la très réputée librairie Molla a simplement écrit  » ce livre est un miracle ».Je ne suis pas loin de le croire.

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