Au fil de l’eau – Juan Díaz Canales

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De nos jours dans une Espagne marquée par la crise.

 

Une bande de retraités affichant tous minimum 80 ans au compteur, s’adonnent à la vente à la sauvette d’objets douteux pour arrondir leurs fins de mois. Un trafic que ne voit pas d’un très bon œil Alvaro, le petit-fils de Niceto, las de devoir si souvent plaider sa cause auprès d’une police pour l’instant bienveillante et prête à fermer les yeux. Pour peu que toutes ces histoires arrivent aux oreilles de son père, médecin légiste de profession, il est peu probable que celui ci lui trouve des circonstances atténuantes…

 

Alvaro lui en trouve lui, des circonstances atténuantes à son vieux papy. Difficile d’en vouloir à un ancien militant, héros de la résistance pendant la guerre d’Espagne. Il l’est aussi un peu pour lui finalement, un héros. S’il pouvait, il le protègerait, de tout, et pourquoi pas de lui-même… La vie, elle, suit son cours, avec son cortège de mauvaise surprises. Longino, un des vieux amis de Niceto, disparait. Quelques jours plus tard, il vite retrouvé mort, visiblement assassiné. Et ce n’est que le début d’une macabre série…

 

C’est peu dire que cet album est surprenant… Et pas seulement parce que le célèbre scénariste de Blacksad se lance dans l’illustration (ce qui est plutôt pour le coup une sacré bonne nouvelle tant le bougre s’y attelle avec brio…). Ça commence comme un bon polar à l’ancienne avec disparitions inquiétantes, meurtres sauvages et ambiance  poisseuse. Les personnages ont de vraies gueules et on imagine sans peine leur passé de militants anti-franquistes et leurs faits d’armes. Les compagnons de lutte ont vieilli et c’est maintenant contre le temps qu’ils se battent, un ennemi pour le moins sournois et difficile à maîtriser…

 

Dès les premières planches, le lecteur est ferré, s’imaginant tout un tas de scénarios pour tenter de démasquer le coupable de ces meurtres abjects sur des vieillards. Mais plus l’histoire avance, plus on se rend compte qu’on se fourvoie… Sous couvert d’un polar assez classique, Juan Díaz Canales raconte en fait une histoire bien plus sensible et intimiste qu’il n’y parait. Au fil de l’eau, du temps qui passe, des stigmates qu’il laisse, on finit par s’interroger nous aussi sur le sens de la vie, et le fait que la mort, même si on l’occulte, est inéluctable…

 

Reste que je ne suis pas certaine d’avoir compris où l’auteur voulait réellement en venir. Si je pense avoir saisi l’essentiel du message, je reste dans le flou concernant certaines décisions des personnages et leur volonté farouche de préserver coûte que coûte ce fameux « secret » qui doit absolument le rester… Un bien bel album, au noir et blanc hypnotisant, qui gardera donc sa part de mystère…

 

Une découverte que je partage avec mes âmes damnés Jérôme et Mo’. Jacques en parle aussi aujourd’hui (les grands esprits 😉 )

 

Les avis de Mylène et Stephie

 

« Le pire, c’est l’indifférence. Un beau jour, tu te rends compte que la réalité a gagné la partie. Une partie que tu n’avais même pas conscience de jouer. Et toi, tu restes impassible, comme un arbre que l’automne laisse avec la pantalon baissé au milieu du bois. Mais tels de bons arbres, nous vivons étrangers à cette ironie. Un arbre sans yeux, sans oreilles, sans dents… Pas un bûcheron pour donner un sens à ta vie, pas un oiseau sur tes branches. Juste des racines qui t’attachent à la terre qui jusqu’alors t’a nourri mais à qui bientôt tu rendras la faveur. »

 

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Éditions Rue de Sèvres (Septembre 2016)

112 p.

 

Prix :17,00 €

ISBN : 978-2-36981-309-5

 

 

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8/18

Challenge 1% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout »

chez Hérisson et Léa Touch Book

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez moi !

 

La BD de la semaine c’est aussi chez…

 

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               Mo’                              Jérôme                           Jacques                        Mylène

 

 

Pareira   FOURREAU-BRODECK-02.indd   sukkwan bd   homme de joie
           Moka                               Enna                                    Enna                        Nathalie

 

 

tu-n-as-rien-a-craindre-de-moi   toussaint   chasseur rêves   sables noirs
             Sabine                         Hervé                           Bouma                           Saxaoul

 

 

apache

           Stephie

18 commentaires sur “Au fil de l’eau – Juan Díaz Canales

  1. Déjà, le dessin donne envie. Comme Mo, tu soulèves quelques interrogations.Voilà deux semaines qu’on parle de ce titre pour la BD de la semaine et bien qu’il attire mon attention, je ne le place pas comme prioritaire dans mes découvertes.

  2. Quelques précisions et quelques pages supplémentaires n’auraient pas été pour me déplaire. Et comme toi, je me suis régalée avec les illustrations !

  3. C’est vrai qu’il réside une part de mystère à la fin ! 😉 J’ai vraiment apprécié le coup de pinceau de Juan Diaz Canales et la mélancolie qui se dégage de tout ça…

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