Un premier roman qui avait tout pour me plaire d’un auteur haïtien connu jusque là pour ses œuvres poétiques. Un titre des plus énigmatiques quand on sait qu’il sera question entre ces pages du séisme ravageur de janvier 2010. Et pourtant, il s’explique assez vite ce titre là. Elle est là la beauté, dans les mots du poète, dans cette étrange alliance entre le chaos et cette langue étonnante, crue, brutale, ciselée qui scande, psalmodie, virevolte…

 

Sept ans après le séisme, un homme revient en pensée dans son pays ravagé, à défaut de pouvoir encore y remettre les pieds. A bord de l’avion qui le transporte vers Rome, aux côtés de cette femme qu’il aime qui cherche à le détourner de ses souvenirs assiégés, le survivant se souvient des trente cinq secondes fatidiques qui ont propulsé son pays dans l’horreur, l’espace d’un battement d’aile. « Trois cent mille morts en catastrophe. Trois cent mille. Une hécatombe. Une subite explosion démographique dans le monde des trépassés. »

 

« La terre a tremblé à gauche. La terre a tremblé à droite. La ville a dégueulé toutes ses gammes, elle est secouée dans ses entrailles… sol la si do…  Je n’avais pas de mot quand ça tremblait. Je recevais la mort en musicien. Je fredonnais. Autour de moi, j’écoutais se fracasser l’univers, ma ville recevait le coup en plein cœur, elle bondissait et voltigeait dans tous les sens. Elle tremblait jusqu’au vertige avant de craquer comme une fille dans les bras d’un brigand. »

 

Étonnant premier roman, déstabilisant même. D’un côté le souffle poétique et cette langue si novatrice, de l’autre une intrigue qui se perd souvent dans des méandres difficiles à suivre. L’auteur virtuose jongle avec les mots, se fait tour à tour ambassadeur d’un pays endeuillé, amoureux transi et critique virulent d’une aide internationale dont il y aurait beaucoup à redire. Belle merveille, « extraordinaire » en Haïti. Pour qui est peu habitué à sortir des sentiers battus, la lecture peut s’avérer déconcertante. Si j’ai eu du mal à y entrer totalement, perturbée par le canevas apparemment décousu du roman, je ne peux que saluer l’audace et le talent de James Noël. A découvrir…!

 

Éditions Zulma (Août 2017)

160 p.

 

Prix : 16,50 €

ISBN : 978-2-84304-801-2

By Hérisson

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14 commentaires

Fanny · 26 octobre 2017 à 06h34

Les éditions Zulma éditent souvent des titres à part et c’est toujours une aventure de les lire… Pourquoi pas avec celui-ci…j’aime les extraits que tu as mis!

L'Irrégulière · 26 octobre 2017 à 09h40

Pas tentée, j’ai quand même du mal quand c’est trop décousu 😉

luocine · 26 octobre 2017 à 11h12

C’est toujours compliqué pour moi de lire des romans poétiques souvent je reste à l’extérieur du propos.

Margotte · 26 octobre 2017 à 19h51

Un livre qui pourrait me plaire. En plus, les éditions Zulma, c’est déjà un gage de qualité, et leurs livres sont beaux 😉

Eric the Tiger · 27 octobre 2017 à 06h20

Je passerai mon chemin… Au plaisir de te relire…

Moglug · 27 octobre 2017 à 09h34

Tu m’interpelles avec ce billet 😉
Je note le titre, j’espère que je me laisserai bientôt tentée ! 🙂

Au Fil des Plumes · 27 octobre 2017 à 13h56

Mouais… pas tentée…

A_girl_from_earth · 28 octobre 2017 à 15h34

J’avais repéré ce roman en librairie, j’ai failli l’embarquer à l’intuition, comme toi, tout semblait réuni pour me plaire, mais finalement, j’ai décidé d’en attendre quelques échos. Bon, à te lire, je ne sais pas si ça me plaira tant que ça mais visiblement, ça vaut le détour quand même. Je vais attendre de le trouver à la bib’.

Alex-Mot-à-Mots · 28 octobre 2017 à 19h56

Avec le nom de l’auteur et la couverture, on se croirai le 24 décembre.

Emma · 29 octobre 2017 à 16h51

Tu fais bien d’en parler, je ne pense pas que je me serai dirigée de moi même vers ce livre.

Violette · 29 octobre 2017 à 19h03

c’est assez drôle, j’ai emprunté (puis rendu sans le lire, c’est rare) un livre de Laferrière sur le même thème. A comparer, peut-être?!

Kathel · 29 octobre 2017 à 19h15

A voir, ce style peut rebuter sur la longueur, ou charmer totalement (mais je l’emprunterai en médiathèque)

Jérôme · 31 octobre 2017 à 16h10

Pas certain d’avoir envie de te suivre sur ce coup-là…

Moka · 3 novembre 2017 à 11h41

Comme Jérôme, je vais m’abstenir cette fois…

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