Comme on respire – Jeanne Benameur

Comme-on-respire.jpgIl y définitivement quelque chose entre moi et cette auteure, quelque chose que finalement j’ai du mal à expliquer et à mettre en mots. Son écriture me touche, oui, mais il y a bien plus que cela…

Au dernier salon de Montreuil, s’il y avait bien une dédicace que je ne voulais pas rater, c’était celle de Jeanne Benameur qui a fait une petite incursion furtive au stand des éditions Thierry Magnier pour présenter cette réédition de ce texte poétique initialement créé pour la manifestation « Un livre une rose » en 2003. Comme on respire y était offert à tous ceux qui fêtaient en France la San Jordi (belle tradition catalane visant à offrir à la fois un livre et une rose) en même temps que la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur de l’Unesco.

 

La petite dédicace de l’auteur qui orne ce petit livre m’est infiniment précieuse…

 

J’aurais bien du mal à vous résumer ce petit livre et d’ailleurs tel n’est pas mon but. Jeanne Benameur s’y livre pleinement, comme elle le fait finalement dans chacun de ses écrits, mais ici la force poétique prend tout son sens. J’ai eu l’impression, en le lisant, de comprendre réellement tout ce que j’avais pu lire d’elle auparavant tant on pénètre dans son intimité. L’auteure nous parle de sa façon d’appréhender l’écriture, cette écriture qui la rend vivante… L’écriture qui permet de dire l’indicible, de faire parler ceux qui n’ont pas la parole, l’écriture qui met au monde… Elle y exprime son amour des mots, son amour des livres, son amour de la langue, son amour de la vie, tout simplement. Oui, ce livre est une vraie respiration, un souffle qu’on partage et qu’on chérit… et que je partage aujourd’hui avec vous.

 

« Je n’ai pas d’armes. Et que crèvent ceux qui les fabriquent. Je n’ai pas d’armes. J’écris des mots. Pour que lève la pâte qui multiplierait autre chose. Pour que le sang batte fort. Vivant. Je suis sûre qu’avec de mots, on vit. »

 

« Je ne suis rien. Rien d’autre qu’une femme qui arpente et tente l’incertain. »

 

« Rien ne sera jamais accompli. L’écriture oeuvre et oeuvre encore. Je sais. J’ai accepté. Être là. C’est mon poste. Je ne garde rien. Je ne sauvegarde rien. Je travaille. Sans relâche. J’ai besoin d’espérance. »

 

« Au fond de nous les mots. Ils sont notre réserve secrète. Je prends force. Je lis. J’écris. Parce que je suis semblable. Cet air-là, je veux bien le partager, oui. L’air qui entoure chaque mot, c’est le silence réfléchi de celui qui a écrit. »

 

« J’ai confiance. Quand il y a un mur de livres dans une pièce je me sens à l’abri. Plus sûre que derrière n’importe quelle porte blindée. »

 

« Voyez-vous, je ne serai plus jamais la même d’avoir écrit ces lignes. Plus jamais. Le remuement a eu lieu. Le lien s’est tissé. Et peu importe le temps, les dates. C’est aujourd’hui. C’est partout. C’est en moi la petite fille au cou rentré dans les épaules, qui retient toujours sa respiration. Comme si son souffle était de trop. Écrire c’est être présent de tout son être dans l’opaque. Et tant pis pour le reste. »

 

« Ce sont les livres qui m’ont ouverte. Je survivais. Dans les creux des murs. Dans les sillons du plâtre qui se délite. J’avais si peur. De tout. Je survivais. J’ai pu vivre. C’est dans les livres que j’ai pu vivre d’abord. Sans peur. C’est dans les livres que j’ai pu oser éprouver enfin tout ce qui en moi s’était durci. Je lisais. Je reconnaissais ma violence, ma peine, ma joie si forte parfois qu’elle m’emportait dans l’indicible. Enfin ce que j’éprouvais était là, vécu par d’autres, écrit. Je pouvais moi aussi prendre ma place. j’avais moi aussi le droit. Puisque je me reconnaissais. Enfin. Je me suis apprivoisée dans les livres. »

 

« Je ne cesserai pas d’écrire, de lire. C’est ma façon d’aimer. »

 

Que dire de plus…?

 

Editions Thierry Magnier (Octobre 2011)

36 p.

 

journeefemme.jpgby Sophie

 

Challenge amoureux saison2by l’Irrégulière

Catégorie Libre

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21 commentaires sur “Comme on respire – Jeanne Benameur

    • Je suis une vraie fan de la plume de cette auteure…, elle me fait le même effet que Christian Bobin, c’est dire ! 😉

    • Pas de souci, tiens moi au courant… ou alors tu me diras tout ça de vive voix si on arrive à se voir là bas ! 😉

  1. « J’ai confiance. Quand il y a un mur de livres dans une pièce je me sens à l’abri. Plus sûre que derrière n’importe quelle porte blindée. »

    J’adore, c’est tout à fait ce que je ressens dans une maison inconnue. Et je partage tout à fait ton émotion envers cette auteure !

    • Laver les ombres n’est pas son meilleur, même si j’avais beaucoup aimé. Si tu n’as pas lu Les demeurées, Les reliques ou Les insurrections singulières, lance toi les yeux fermés, ce sont de vrais bijous ! 😉

    • J’avais adoré Les demeurées, très poétiue et très fort, mais aussi Les reliques ou Les mains libres… Son dernier fait partie de mes coups de coeur, Les insurrections singulières, tu n’as que l’embarras du choix !

    • C’est gentil à vous, malheureusement je ne serais pas présente sur le salon ce jour là… Merci de votre visite par ici ! 😉

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