Étunwan. Celui qui regarde – Thierry Murat

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« Qu’est-ce qu’une image, sinon un fac-similé de la réalité ? Cela ne sert à rien de vouloir à tout prix représenter les choses telles qu’elles sont. Il faut les mettre en scène ; les sublimer.

Si on se contente de retranscrire le réel, même dans le meilleur des cas, on n’obtient qu’une pâle copie des sensations que nos yeux ont perçues.

Alors il ne faut pas uniquement montrer. Il faut raconter avec le regard. »

 

J’aime profondément le dessin de Thierry Murat. Ce côté sobre et épuré, cette capacité à restituer les émotions, cette sensibilité toute personnelle pour donner à voir ce qui ne se dit pas. Il n’a pas son pareil pour dépeindre les grands espaces, les terres arides, les ciels changeants. Et il lui suffit pour ça de presque rien… Une gamme de couleurs assez restreintes, des tonalités ocres et sépias qui rendent l’atmosphère suffocante ou envoûtante… Si peu.

 

En tout, Thierry Murat maîtrise l’art de l’épure. C’est quelque chose qui me fascine, tout comme en littérature. L’économie de moyens, arriver à rendre un dessin si minimaliste aussi hypnotique. Faire qu’il soit en harmonie parfaite avec le texte.

Jusqu’à maintenant, Thierry Murat s’associait toujours à un scénariste ou adaptait un roman. Étunwan est le premier livre qu’il signe seul. Un récit qui visiblement lui tenait à coeur. Son point de départ est sensiblement le même que dans L’odeur des garçons affamés de Frederik  Petters et Loo Hui Phang lu il y a quelques mois. Nous sommes en 1867 au lendemain de la guerre de Sécession et les grandes terres sauvages de l’Ouest sont la cible de l’homme blanc. De nombreuses expéditions sont lancées pour étudier, cartographier et photographier les lieux. Des expéditions qui sont le début du génocide amérindien que l’on connait…

 

Joseph Wallace, 33 ans, est photographe et rejoint l’une de ces expéditions dans les Rocheuses. Loin de sa petite vie bourgeoise à Pittsburgh, il laisse derrière lui famille et enfants pour photographier le relief, la végétation et aider en cela à cartographier la région. Sa mission s’arrête là. En théorie… Car Joseph Wallace va rencontrer les natifs de ces terres, les Indiens Sioux Oglalas. A leurs yeux, il est « Étunwan », Celui-qui-regarde et révèle… Car il est bien question de regard ici. Celui qui change au contact de l’Autre. Celui de l’Artiste dans son rôle essentiel de témoin des évolutions du monde. Celui qu’on retourne sur soi pour enfin se connaître… Et Joseph Wallace ne sera plus jamais le même…

 

Peut-être est-il vain de vouloir à tout prix saisir les choses et d’en arrêter, même l’espace d’un instant, le mouvement – ou même de donner l’illusion de cet arrêt – parce qu’au bout du compte tout continue sans nous, inévitablement.

 

Je suis admirative oui. Thierry Murat nous raconte une histoire. Sous des allures de western, il nous donne à voir l’essentiel de l’âme humaine à travers l’oeil du photographe si justement surnommé « l’attrapeur d’ombre » chez les Sioux. Et il capte le vrai. Le beau. Tout en s’interrogeant sur la création artistique et la faculté qu’à celui qui « regarde » de changer les choses… Somptueux !

 

Une petite merveille que j’ai grand plaisir à partager avec Jérôme et Mo’

 

L’avis de Yaneck

 

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Éditions Futuropolis (Juin 2016)

158 p.

 

Prix : 23,00 €

ISBN : 978-2-7548-1197-2

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Jacques

14 commentaires sur “Étunwan. Celui qui regarde – Thierry Murat

  1. Une ambiance que j’ai également apprécié, qui invite à se poser et à prendre le temps d’observer. Très beau voyage en tout cas. Dommage que l’on ne puisse changer le cours des choses. Thierry Murat a vraiment bien utilisé le fait que le lecteur connait la fin tragique qui a été réservée au peuple des Amérindiens ; cela permet à l’auteur de moduler avec une certaine amertume qui donne beaucoup de profondeur au récit

  2. Je crois me souvenir que c’est lui qui a dessiné « Les larmes de l’assassin » ? J’en garde un souvenir d’une grande poésie, je note ça !

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