Gokan – Diniz Galhos

GokanAttention, thriller survitaminé ! L’auteur, Diniz Galhos, nous offre là son premier roman, son nom ne vous est peut-être pas totalement inconnu si vous faites partie des nombreux lecteurs du Livre sans nom dont il est le traducteur français… Je n’ai pas lu le Livre sans nom, mais nul doute que les univers de ces deux romans se rapprochent.

Une chose est sûre, Diniz Galhos a vraisemblablement biberonné du cinéma de genre à la sauce Tarantino, il s’en revendique d’ailleurs. Reste à savoir quoi en faire de toutes ces références cinématographiques… Et là je dis chapeau ! Chapeau parce qu’on a beau sourire en lisant certaines scènes qui nous évoquent inévitablement quelques grands moments d’anthologie, il y a toujours le petit plus, le dialogue qui tue, les répliques inattendues qui font qu’on se surprend à se réjouir de toutes les atrocités que l’auteur nous décrit…

Pire, on jubile !

 

Qu’ont donc en commun Michael Wasaka, ancien Béret Vert de bientôt 70 ans, Jean-Luc Ponty, maître de conférences à la Sorbonne, spécialiste de l’oeuvre de Zola et un énigmatique consultant en golf se faisant appeler George Kaplan (!!) spécialisé dans la recherche d’objets introuvables pour des gens capables d’en payer le prix ? Que viennent faire dans cette histoire ces yakuzas tatoués en costumes sombres prêts à se faire couper un doigt pour prouver leur allégeance à leur boss aux manières discutables ? Et pourquoi la jeune Nina, à qui il ne vaut mieux pas chercher des noises, garagiste de son état, vient-elle se fourvoyer dans ce vaste foutoir…?

Possible qu’une valise diplomatique remplie de billets de banque y soit pour quelque chose… Possible aussi que la présence à Tokyo d’un tueur américain psychopathe complètement allumé du ciboulot et raciste de surcroît n’arrange pas les histoires déjà bien compliquées de tout ce joli petit monde… Si en plus vous rajoutez à tout cela une bouteille de saké appartenant à Quentin Tarantino himself capable de rapporter une coquette somme à celui qui arrivera à la subtiliser dans le bar où elle se trouve… Sans oublier bien sûr quelques bastons violemment mémorables, des scènes sanguinolentes à souhait, des gros mots à tire-larigot et des joutes verbales décapantes…  

Gokan, c’est tout ça, et bien plus encore ! Vous avez dit explosif…?

 

Comment ça vous n’avez pas tout compris ? C’est pourtant très clair : dans Gokan, on ne fait pas dans la dentelle et il n’y a clairement pas de place pour les fillettes à leur maman…! Du sang-froid, du sang frais, quelques larmes, des bars repères de bandits, beaucoup d’armes et d’hommes à la gâchette facile…, j’avoue, j’ai aimé ça ! C’est que ça défouraille sévère mes amis, même que si vous êtes sages vous apprendrez plus de 30 façons de tuer un homme, si, si…! Des conseils pratiques de cette veine-là, ma foi, sait-on jamais, ça peut servir, même si l’inventaire fait froid dans le dos ! (Vous n’imaginez même pas tout ce qu’on peut faire avec un simple crayon…)

Voilà un premier roman qui décoiffe ! Original, nerveux, sans aucun temps mort, on ne le lâche pas avant la dernière page tournée ! Alors certes, l’auteur est peut-être influencé, mais il est bien influencé… Les amateurs apprécieront, les autres passeront certainement leur chemin avec une moue quelque peu horrifiée… Une chose est sûre : Diniz Galhos s’éclate et ça se voit ! Mention spéciale aux dialogues jubilatoires remplis d’humour et de second degré… et tout mes applaudissements pour ce personnage absolument inhumain de tueur américain, enfin un vrai méchant ! Je me suis régalée !

Un grand merci aux éditions le Cherche Midi pour cette incroyable trouvaille !

 

Les Inrocks ont aimé

Lire un entretien de l’auteur ici

 

Premières phrases : « Michael Wakasa entre dans le bar Hana-ikada. Accoudés au comptoir, deux Occidentaux parlent ensemble: un gamin d’une vingtaine d’années, brun, et un homme dans la force de l’âge, blond-roux, dans un impeccable costume de lin gris, face à une rangée de onze bouteilles de bières vides. Il boit à la douzième, à moitié pleine, en acquiesçant à l’adresse du gamin. Derrière eux, deux jeunes Japonais grasseyent en vidant leurs chopes de wisky tonic. »

 

Au hasard des pages : « L’Américain s’approche, tout en faisant ballotter ses testicules et son pénis par un jeu discret des cuisses. Il pose sa serviette sur le bord du bassin, et s’enfonce dans l’eau fumante : « Ooooouh ! Elle est aussi chaude que l’utérus de vos catins de génitrices ! » L’Américain s’installe entre deux des quatre hommes qui, par réflexe, s’empressent d’agrandir sa place. Tous le considèrent avec perplexité. L’Américain s’étire de tout son long, les yeux clos, et soupire. « Vous voulez que je vous dise ? Votre pays est merveilleux. » Il se redresse, et se retournant à tour de rôle vers ses voisins, répète en articulant très distinctement : « Ja-pan : mar-ve-lous ! » Pour le coup, les quatre hommes ont compris. Ils affichent un franc sourire. L’un d’eux ferme même les yeux, certain qu’il n’y a rien à craindre de cet énergumène de gaijin. L’Américain lui aussi reprend une position plus confortable, tout en poursuivant : « Vraiment merveilleux.Oh, soit, comme dans n’importe quel coin du monde, vous êtes à même de comprendre le tout-venant des grossièretés usuelles de mon dialecte maternel. Que je vous agonise d’abus idiomatiques tels que les infâmes mots en F et en S, et assurément, j’aurais avant longtemps sur mon échine la formidable charge pondérale de vos chairs adipeuses, ainsi que de celles qui s’efforcent de fondre au sauna. Mais voyez seulement : que dans un registre soutenu, voire carrément châtié, sur un ton vif et enjoué, je vous outrage, vous, votre sinistre ascendance et votre infeste engeance, et pas un ne pense un seul instant à mal. Vous demeurez là, bien au chaud dans le brouet de vos macérations fécales, et considérez simplement que le demi-dieu qui inflige à sa parfaite plastique la promiscuité de vos séants flasques, n’est qu’un fils de Sam amoureux de votre pays, presque autant que du son de sa propre voix. » (p.85-86)

 

Éditions le Cherche Midi (Juin 2012)

Collection NéO

216 p.

 

 

Defi-Premier Roman 2/5

 

 Et première lecture  pour le

challenge Thrillers et polars de Liliba !

 

Challenge Thrillers et polars-Liliba1/8

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-gokan-diniz-galhos-108439945.html

12 commentaires sur “Gokan – Diniz Galhos

    • Rhoooooooo, mais non ! J’ai beaucoup aimé ce second degré assumé, je t’assure que cette lecture a quelque chose de jubilatoire ! 😉

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