La lune assassinée – Damien Murith

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Qu’elle est belle la littérature quand elle bouscule à ce point…

 

Quand elle dit l’indicible, qu’elle se pare de silences et oublie toute fioriture, qu’elle raconte en si peu de mots les minutes suspendues de vies qui tournent court…

 

La lune assassinée est un premier roman. Un premier roman amer, violent et sensuel aussi sublime que glaçant. Les phrases courtes lancées comme des poignards transpercent et lacèrent le cœur. Et le lecteur retient son souffle pour que dure encore cette mise à mort qui prend des allures de symphonie.

 

 

 

« Alors on regarde le ciel qui d’un coup se contracte, fait claquer ses grandes mâchoires,

le ciel qui bave noir, la bouche pleine, et quand il en a assez, écarte les cuisses et saigne. »

 

 

100 pages magnifiques, des hommes et des femmes engoncées dans leurs vies imparfaites, englués dans un quotidien pesant et des souvenirs teintés d’amertume. Césarine, la mal aimée, une vie faite de vide, impossible à combler… Pierre, tellement homme… La vieille et son regard perçant à qui rien n’échappe… Et la Garce, celle par qui le malheur arrive. Un drame que l’on pressent mais dont on est loin d’avoir toutes les clés. Le passé, sournois, renferme parfois des secrets bien lourds à porter…

 

Ce roman fulgurant est bien difficile à résumer. Il se ressent et se vit, se referme avec l’envie lancinante de le relire aussitôt. Le signe d’un grand roman oui. Puissant et rare, précieux et dérangeant, il dépeint de façon magistrale la détresse et la violence, la bêtise crasse et la misère humaine. C’est tragique et beau.

 

 

Un premier roman fascinant, sombre et cruel à découvrir d’urgence…!

 

 

Les avis de Jérôme (le tentateur…), Sabeli, Séverine

 

 

Premières phrases : « Le village, comme une teigne, avec ses maisons basses que mangent les vents, avec ses granges vides où l’on se pend, avec ses bêtes maigres, avec l’odeur du moisi qui rampe le long des ruelles, avec son auberge où l’on boit sa rage, sa haine, avec son clocher qui griffe la croûte grasse du ciel, et son cimetière, rectangle jaune et gris où reposent les os, avec ses chemins de poussière, ses sentiers de misère où poussent la ronce et l’ortie, et plus loin, l’usine, de briques, de fer, de sueur, avec la peur de l’autre, l’étranger à qui l’on entrouvre la porte, une lame cachée dans le dos, et le diable qui rôde, la nuit, sur les toits, et les chapelets qui s’égrènent, au coin des poêles, on prie la Sainte Vierge car dehors, les ombres guettent, avec ses gens, usés, râpés, cassés, la figure creuse, la douleur muette, traînant derrière eux un siècle d’âmes vaines, et encore plus loin, tout autour, la plaine, à l’infini, comme les restes d’une promesse. »

 

 

Au hasard des pages : « Le ciel a sorti ses griffes : l’orage enflamme la nuit. Les arbres plient, les cimes affolées fuient, et la foudre, comme aux billes, les vise.

Dans la chambre à l’agonie, Césarine attend Pierre, mais Pierre ne rentre pas, il est sur le chemin, il court comme un évadé, son ventre gargouille encore de caresses brûlantes, la pluie s’enroule autour de sa bouche, il croit boire un vin frais, ce vin qui arrose le cœur d’insouciance, alors il court et galope et saute et ferme les yeux sur la chandelle qui lutte, au bout de la ruelle sombre, derrière la vitre encrassée de remords. » (p. 51)

 

 

Éditions L’âge d’Homme (Octobre 2013)

Collection Contemporains

109 p.

 

 

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Nouvelle lecture pour le challenge 3% Rentrée littéraire

chez Hérisson !

 17/18

 

 

Challenge premier roman

Et une nouvelle participation au challenge Premier roman

chez Fattorius !

13 commentaires sur “La lune assassinée – Damien Murith

  1. Rhaaa, je suis content qu’il t’ait plu (en même temps j’étais pas inquiet). Très beau billet pour un très beau texte, merci madame de rendre un si bel hommage à ce somptueux 1er roman 😉

  2. tu m’as dit « il te le faut » alors je l’ai pris ! L’ai lu 2 fois, une première en apnée…. vite vite vite…. pour savoir… et la 2ème fois pour savourer ! Purée, il m’a fait un effet ! impossible à écrire… suis encore boulversée un mois après ! d’ailleurs me demande si je vais pas le relire !
    (après g lu « la marquise de Sade » et j’ai soufflé, respiré, rigolé ! 2 lectures totalement complémentaires héhé !)
    merci ma belle <3

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