L’accident – Agnès Aziza

L'accidentIl est arrivé avec ce roman ce qui arrive finalement assez peu. Je l’ai acheté il y a deux mois pour mes petits collégiens et depuis que je l’ai mis sur le présentoir des nouveautés il a été emprunté une bonne vingtaine de fois. Quand les élèves le rendent, c’est toujours accompagnés de celui qui va prendre la suite.

 

Le bouche à oreille aidant, une chaîne s’est créée… Étonnant. Sans compter que quand ils en parlent, les superlatifs pleuvent, l’émotion est encore palpable… Certains l’ont même lu plusieurs fois.

 

Profitant d’une accalmie, j’ai réussi à mettre la main dessus. Une petite demi-heure de lecture plus tard, je l’ai reposé le cœur serré. L’instant d’après il était de nouveau dans le sac d’une élève… Je crois que j’ai compris pourquoi.

 

L’accident est un tout petit roman d’une cinquantaine de pages. Un livre qui n’effraie pas, une couverture sobre et marquante et un résumé efficace : « Ça parle de la mort et les adultes ne veulent jamais en parler. » Oui, ce roman parle de la mort et on le sait dès les premières lignes. Mais il en parle simplement, sans en faire des tonnes.

L’histoire, elle, est tristement banale. Vanessa et Henri se chamaillent à la table du petit déjeuner avant de partir en cours. Comme presque tous les jours. Les disputes habituelles entre frère et sœur, on se titille, on se cherche, on s’envoie des noms d’oiseaux… La routine. Plus tard, Henri refuse d’accompagner sa petite sœur en scooter jusqu’à son collège. Elle ne le sait pas encore, mais c’est la dernière fois qu’elle le voit vivant…

 

Mes élèves ont pleuré et je les comprend. J’avoue avoir moi aussi essuyé quelques larmes… Vanessa, trois ans après l’accident, revient sur cette journée qui a bouleversé sa vie. Les heures qui ont précédé le drame, les derniers souvenirs, les quelques remords. L’annonce de l’accident. L’opération de la dernière chance. Le verdict fatal… L’incompréhension. Le déni. Une vie, des vies détruites. Comment accepter l’inacceptable…?

 

La grande force de ce petit roman est la voix de cette jeune fille. Tout sonne juste. La violence du chagrin, la colère contre la plus grande des injustices, la difficulté du deuil. Tout sonne juste et tout sonne « vrai »… La description de cette journée n’en est que plus poignante, puisque l’auteure se focalise exclusivement sur les émotions ressenties par Vanessa.

Henri ne reviendra plus… Et Vanessa va devoir l’accepter. Le lecteur ne saura pourtant rien de l’après, le roman se concentrant sur la journée du drame, pas sur le douloureux travail du deuil. L’instant où tout bascule…

 

Oui, je comprends pourquoi ce roman passe de mains en mains. C’est un petit texte bouleversant qui parle de la mort, de l’amour, de la famille, de la vie aussi. Les ados aiment les histoires tristes, celles qui leur procurent de vraies émotions. Ils aiment aussi les histoires qui ne leur mentent pas. L’accident, en abordant le tabou de la mort, ne peut que les toucher…

 

Les avis de Liyah, MyaRosa et Radicale.

 

 

Premières phrases : « Maman lui disait toujours « met ton casque ». Ce jour-là, il l’a mis mais il ne l’a pas attaché. On ne saura jamais pourquoi.

Mon grand frère Henri est mort à quinze ans trois jours et vingt heures d’un accident de scooter.

« Un banal accident », a dit le policier chargé de la circulation présent lors du choc. Un refus de priorité. Une voiture a foncé alors que le feu était rouge et a percuté de plein fouet le scooter de mon frère.

Il faisait beau ce vendredi d’avril et je m’en souviens comme si c’était hier… »

 

 

Éditions Gründ (Mars 2011)

52 p.

 

20 commentaires sur “L’accident – Agnès Aziza

  1. C’est intéressant cette expérience lecture, et la façon dont tu la présentes donne vraiment envie de découvrir ce roman, même si on n’est plus adolescent.
    C’est peut-être à rapprocher de « A copier 100 fois », non, dans la force et la brièveté ? En tout cas merci du conseil.

    • J’avoue que les allers et retours de ce livre m’intriguaient au plus haut point… J’ai l’habitude, les lectures courtes de ce type ont souvent un écho puissant chez les jeunes ados… mais là, c’était différent. Ils en ressortaient visiblement très émus. Effectivement, aussi court et intense que A copier 100 fois, même si le thème est très différent.

  2. Ça doit être grisant de voir un livre rencontrer ses lecteurs… J’aime
    Beaucoup moi aussi la façon sont tu racontes celle-ci. Peut être vais-je mettre ce livre dans les mains de les ados…

    • Pour l’instant ce sont en majorité des élèves de 4e et de 3e qui l’ont lu. Je ne sais pas comment régiraient les plus jeunes, à tester sur un lecteur « solide »…

  3. Tu m’as bouleversé avec ton billet, tellement que j’ai peur de lire le livre !

    J’ai bien envie de le prendre pour mes filles !

    Bravo pour tes mots.

  4. Il faisait partie l’année dernière d’un prix ado pour les quatrième-troisième. C’est vrai qu’il se lit vite, mais je l’ai trouvé trop dur. Peut-être parce que j’ai connu cette situation avec un cousin….

    • C’est vrai, c’est un roman difficile, qui peut avoir un écho particulier selon son histoire personnelle… Je l’ai trouvé très réussi, très subtil, pas voyeur pour un sou…

  5. Les adultes aussi aime les livres tristes le plus souvent, c’est tout de même là que les émotions sont les plus fortes. Et puis les livres pas tristes ont le plus souvent mauvaise presse et passent pour légers…

  6. Du coup j’ai regardé, le livre a ramassé un nombre certain de prix ! Punaise, heureusement que tu es là pour nous parler de ce récit. J’en parle jeudi à ma doc’. :)

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