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« La faute du père, tu sais, tu sais, ça écrase le fils. Le fils reprend la faute et la fuite du père. C’est un fardeau commun, pas tout à fait secret, un fardeau de famille. Un fardeau comme un autre. Tu devais te cacher, nous devons nous cacher. Personne ne doit te voir. Personne ne nous verra. Nous voir, c’est voir la faute. Un père est quelque fois un Caïn sans Abel. »

 

Un roman dans lequel je suis entrée sur la pointe des pieds et qui très vite m’a explosé au visage tant la langue de l’auteur dévaste tout sur son passage. C’est une écriture de l’urgence, qui n’épargne rien ni personne, une écriture qui remue les immondices et nous y enfonce profondément. Une écriture qui triture les plaies encore suintantes impossibles à cicatriser. Une écriture qui pousse à chercher des réponses aux questions qui nous hantent et nous empêchent d’avancer… même si on aimerait parfois ne pas les connaître. Parce qu’elle brûlent, parce qu’elles font mal, parce qu’elles rendent palpable l’innommable et font exister l’indicible.

 

L’héritage familial… Ce qu’on transmet un peu malgré soi : des yeux bleus, des fossettes saillantes, un menton volontaire mais pas seulement… Ces signes que l’on retrouve, ces détails qui nous rappellent l’autre, ces ressemblances qu’on ne peut nier au cœur même de nos différences. On aimerait s’en défaire parfois, de ce fardeau encombrant. Nier cette filiation pourtant irréfutable. Mais on ne choisit pas sa famille… Il y a les parents-idoles, les béquilles qui aident à avancer, les socles solides et fermes qui assurent nos pas. Et puis il y a les autres, ces sols meubles dans lesquels on s’enlise et qui nous font pousser de traviole.

Le père de notre narrateur est de ceux-là. Absent et insaisissable, il n’est pas là pour répondre de ses fautes. Est-ce à son fils de les expier ? Est-ce à lui d’assumer ses mauvais choix ? Que faire de ce poids, de cette culpabilité ? Ressembler à cet homme qui a tué, massacré et pire encore…? Ou s’en éloigner pour survivre…? Comment se construire dans l’ombre d’un bourreau..?

 

« Notre silence est un sommeil. On se tait moins de n’avoir rien à dire que de n’avoir pas les mots.

Pas d’issue là non plus.

Chaque jour un peu plus les mots nous font défaut. Je cherche les miens. Je n’en trouve pas pour dire que même si je n’ai rien fait je ne suis pas innocent. Un sentiment permanent d’être en tort sans savoir de quoi.

Né dans une prison dont je suis le détenu et le gardien. Tous les autres sont les barreaux.

Interdit de vie. »

 

Plongé dans les photos et les souvenirs forcément parcellaires, le narrateur tente de brosser le portrait contrasté de ce père qui s’est engagé à dix-sept ans dans les Waffen SS. Un homme plongé dans l’horreur de l’Histoire, ni pire ni meilleur qu’un autre finalement… Le lecteur, groggy, chemine à ses côtés. Mal à l’aise tant les questionnement légitimes du narrateur interrogent la nature humaine dans ce qu’elle a de plus barbare. Ça remue et ça secoue ces textes là… Essentiel…

 

« Toute ma vie est passée. Et elle était entre les parenthèses de ça. Derrière la vitre de ça. De ces récits inavouables. De cette histoire irracontable, même par moi qui n’y étais pas. L’histoire d’un de ces paumés, revenus étrangers, cabossés comme tous les autres, comme ce chat, c’est l’histoire tout court. Peut-être pas tout à fait vraie, mais pas fausse non plus. C’est tuer des gens. Broyer des vies. Le crime était collectif, mais chacun l’a commis seul. Chacun s’est retrouvé seul avant, pendant, après. Tout seul avec ce qui s’est passé, tout seul devant l’horreur. On est aussi seul quand on la commet que quand on la subit.

Histoire d’un criminel de guerre. »

 

Les avis de Nicole, Yv

Le blog de l’auteur

 

Éditions de La Différence (Février 2016)

141 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-7291-2239-3

 

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20 commentaires

Aifelle · 13 mai 2016 à 06h19

C’est un pur roman ou c’est assez autobiographique ? C’est sûr que le thème doit secouer.

Fanny/pages versicolores · 13 mai 2016 à 07h15

Je viens de terminer « Magnus » donc j’attendrai un peu pour aborder un autre livre sur le même thème…bien qu’il me tente!

Stephie · 13 mai 2016 à 07h33

p**** ça m’a pas l’air évident comme roman…

Yv · 13 mai 2016 à 08h26

D’accord avec toi,un roman fort et qui pose des questions… Pas facile toujours, mais très très bon

luocine · 13 mai 2016 à 08h36

Ub billet qui déjà à lui seul provoque une foule de questions, j’imagine bien ce que doit être le roman.

Gwenaëlle · 13 mai 2016 à 10h07

Un thème très intéressant!

Nathalie Cez · 13 mai 2016 à 10h11

Très joli ton blog et j’aime ton dernier commentaire.

Sophie hérisson · 13 mai 2016 à 11h29

Outch le thème est intéressant, mais ça semble dur tout de même…

Jerome · 13 mai 2016 à 12h07

ça me rappelle « Finir la guerre » dont j’avais fait une pépite. Forcément très, très intéressé du coup !

    framboise · 12 juin 2016 à 13h40

    Yep tout pareil que Chouchou (ça t’étonne ?!) forcément intéressée !
    Merci poulette pour la découverte (et vivement qu’il arrive jusqu’à moi !)
    bisous

Alex-Mot-à-Mots · 13 mai 2016 à 12h25

Vous dites tous les deux, avec Yv, que c’est une lecture essentielle. Alors je le note.

celina · 13 mai 2016 à 15h30

Mazette, effectivement, un livre qui ne doit pas laisser indemne ! Je note précieusement.

Delphine-Olympe · 14 mai 2016 à 22h11

Après le billet de Nicole, forcément, je l’inscris dans un coin de ma tête.

Stephie · 15 mai 2016 à 11h06

Il m’arrivera peut-être par les 68 mais il ne me tente pas plus que ça 😉

Margotte · 17 mai 2016 à 20h16

Et bien ! voilà un ouvrage qui semble intéressant mais dur. Je suis allée voir ce nouveau challenge, c’est vraiment une excellente idée.

Choup · 22 mai 2016 à 09h43

Un thème qui n’est vraiment pas évident en effet! Je le note. J’ai vu récemment un documentaire sur des descendants de nazis…pas facile en effet d’assumer cet héritage (et encore, le terme assumer n’est pas vraiment adapté je trouve. )

laurielit · 22 mai 2016 à 16h19

outch, ça a l’air dur mais tu donnes terriblement envie !!

Océane · 22 mai 2016 à 18h10

Tant d’histoires et de malheurs qui peuvent se transmettre de génération en génération sans même que l’on en soit conscient, avec pourtant de terribles conséquences parfois. Sujet passionnant !

Le carré des Allemands | Ma collection de livres · 24 août 2016 à 19h22

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