L’enfant aux cailloux – Sophie Loubière

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Ce n’est pas tous les jours facile d’être une vieille dame, surtout quand on vit seule et qu’on entretient des relations quelque peu bancales avec son fils unique. C’est le cas d’Elsa Préau, ancienne directrice d’école, revenue habiter dans son ancienne maison après un séjour prolongé en maison de repos. 

 

A son retour, tout lui semble étranger, elle ne reconnaît pas grand chose et les maisons ont poussé comme des champignons : juste devant chez elle, un pavillon qui n’y était pas il y a encore quelques années habité par un couple et deux enfants apparemment sans histoires.

 

Elsa s’ennuie… Alors quand elle ne reçoit pas la visite hebdomadaire de son fils, elle passe son temps à écrire des lettres de réclamation aux diverses institutions pour se plaindre et observe ce qui se passe autour d’elle. Le moindre petit détail qui la chiffonne est consigné dans des petits carnets qu’elle garde précieusement : des travaux dans la rues, des bruits incongrus mais aussi ce qu’elle remarque chez les voisins. Les journées d’Elsa se résument à ça : une petite routine bien huilée et une observation minutieuse de tout ce qui peut bien se passer autour d’elle avec des jumelles de théâtre.

 

Jusqu’au jour où elle aperçoit dans le jardin des voisins, assis sous un bouleau pleureur, un enfant qu’elle n’avait pas remarqué auparavant… Un enfant qu’elle ne voit que le dimanche et dont elle va observer à la loupe le comportement et les attitudes pour les noter dans son petit carnet noir. Contrairement à son frère et sa soeur, celui ci se tient à l’écart, joue seul avec des cailloux et des brindilles et ne prononce pas un mot. Maigre et sale, il a l’air triste, épuisé, et ma foi assez mal en point… Il n’en faut pas plus à l’ancienne directrice d’école pour soupçonner un cas de maltraitance, elle en est sûre, cet enfant est en danger. Obsédée par l’idée de sauver celui qu’elle surnomme « l’enfant aux cailloux », Elsa prévient les autorités et les services sociaux… Le hic ? Cet enfant n’existe pour personne, la famille Desmoulins n’a que deux enfants, l’enfant qu’elle pense avoir vu n’existe pas…

 

Impossible de lâcher ce thriller psychologique impeccablement construit avant la dernière page tournée ! L’auteure se plaît à perdre son lecteur qui ne fait qu’hésiter : Elsa Préau est-elle folle, à moitié mytho et un brin parano comme tous autour d’elle, son fils y compris, ont l’air de le croire ? Ou est-elle tout à fait saine d’esprit ? Difficile de se faire une idée d’autant que le roman commence par un flash-back sur les jeunes années de la veille dame qui démontre une personnalité à part, à la fois loufoque et torturée… Petit à petit, le lecteur pense flairer la bonne piste, au gré des différentes découvertes sur le passé de la vieille dame et des bribes d’informations sur ses vieux démons. Celle ci ne semble pas en effet avoir l’esprit tranquille : adepte des somnifères et des séances chez le psy, elle entend régulièrement des bruits et des craquements dans la maison et ne cesse de parler de son petit-fils Bastien…

 

Sophie Loubière est diablement habile et réussit avec L’enfant aux cailloux un thriller brillant que vous ne serez pas prêts d’oublier ! Dans la préface du roman, Jean-Bernard Pouy dit d’elle qu’elle « n’est pas quelqu’un de très honnête, puisqu’elle vous enferme, avec malice, dans un édredon confortable, et fait en sorte que cet édredon finisse par gratter désagréablement, jusqu’au sang. Cette couette tragique parviendra, d’ailleurs, et toujours, à vous étouffer. » Je suis bien d’accord, ce roman est une réussite ! Bien plus qu’un simple thriller, il aborde fort habillement des thèmes comme celui de la maltraitance ou de la solitude des personnes âgées. Suspense, émotion, tout y est ! A découvrir de toute urgence !!

 

Les avis de Canel, Sophie, Liliba, Argali et Enna, toutes conquises !

 

Premières phrases : « Juillet 1946. Le jeu du vent et du soleil amusait les rideaux. Depuis sa chaise, le petit garçon eut un sourire. Il lui semblait qu’un être invisible, sensible aux caresse de ce dimanche d’été, jouait à cache-cache derrière le tissu en jacquard. Les yeux clos, l’enfant aurait juré entendre des gloussements de plaisir sous le motif de médaillon. »

 

Au hasard des pages : « Le dimanche était un terrible jour. Les enfants ne revenaient pas de l’école en chantonnant sur le trottoir, le facteur ne circulait plus en faisant teinter la sonnette de son vélo, le ballet des camions-bennes et tracto-pelles travaillant sur des chantiers avoisinants cessait brutalement, les vitres de Mme Préau ne vibraient plus à leur passage, la rue était déserte, le quartier comme siphonné de toute clameur, pas même un matou borgne pour traverser en fraude le jardin couvert de rosée, le silence épaississait jusqu’à l’insoutenable. Alors Mme Préau regardait chez ses voisins. »

 

Éditions Fleuve Noir (Avril 2011)

334 p.

 

Un-mot-des-titresLecture pour le challenge Un mot, des titres de Calypso

avec le mot « enfant » !

Prochaine session le 14 octobre avec le mot « Beau » !

N’hésitez pas à vous inscrire !

 

 Et nouvelle lecture pour le

challenge Thrillers et polars de Liliba !

Challenge Thrillers et polars-Liliba3/8

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17 commentaires sur “L’enfant aux cailloux – Sophie Loubière

    • Rhoooooo, mais qu’est-ce que tu racontes ! Il n’est pas réellement « effrayant » en plus, la construction du roman est vraiment bien pensée, difficile de lâcher ce roman ! Attend peut-être sa sortie poche ? 😉

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