Ces livres lus en 2017… dont je n’ai pas parlé

Cette année encore, j’ai lu un certain nombre de romans dont je n’ai pas parlé ici. Tous des livres de la rentrée littéraire lus au cœur de l’été. Par manque de temps, parfois par manque d’envie, souvent parce que je me demandais quoi en dire qui n’avait pas déjà été dit ou au contraire parce que je ne pensais pas trouver des mots à la hauteur. Une petite dizaine de livres donc qui n’ont pas eu droit à leur petite bafouille et parmi eux quelques coups de cœur voués à l’oubli, ce qui, vous l’avouerez, est bien dommage…!

 

2018 verra peut-être naître des billets dignes de ce nom sur certains d’entre eux mais dans le doute, et histoire de remettre tous les compteurs à zéro, retour sur ces romans oubliés qui méritent plus qu’un petit coup de projecteur…!

♦ ♦ ♦ ♦ ♦

 

Le dialogue intime, puissant, engagé, essentiel, entre Valentine Goby, romancière, et Charlotte Delbo, déportée, résistante, poète. J’avoue mon inculture, je ne connaissais Charlotte Delbo que de nom avant de me lancer dans cette lecture. Je suis ressortie de ce texte avec un amour encore plus grand pour les mots et cette littérature souvent salvatrice, avec la certitude que la langue et l’acte d’écrire pouvait panser toutes les plaies. Avec un profond respect, aussi, pour ces deux femmes. C’est une rencontre, de celles qui changent une vie, que nous donne à voir Valentine Goby. C’est un cadeau…

 

Je me promets d’éclatantes revanches de Valentine Goby, L’Iconoclaste, 2017

 

 

Une séparation à hauteur d’enfant. Ça peut paraitre banal mais Sophie Lemp a l’art de tisser l’universel à partir de ces petits bouts de vie qui résonnent si intimement. Les fêlures, les sentiments contradictoires, les questions sans réponses, les petites haines qu’on aimerait pouvoir taire, ces fils qui se désunissent, l’avant, l’après… et ce qui reste et persiste de la famille et des liens, malgré tout, des années après. C’est simple, émouvant. Ça dit l’intime, le mouvant, les souvenirs qui s’effritent et ceux qui s’impriment. Ça dit ces douleurs qui malgré tout aident à grandir. Un texte pudique, personnel, trop peut-être, qui pourrait laisser certains lecteurs sur le bas-côté.

 

Leur séparation de Sophie Lemp, Allary, 2017

 

 

Tout est affaire d’ambiance dans ce premier roman. Comme le personnage principal, le lecteur chemine sans trop savoir ce qu’il cherche et finalement ce n’est pas le plus important. Sur la route, l’essentiel est dans les rencontres, les questions qu’on se pose et dont on ne trouvera peut-être pas les réponses. Des oiseaux tombent du ciel et l’enquête se fait intime. C’est doux, contemplatif, poétique, étonnant, érudit. Une plume élégante et raffinée qu’on aime à lire, qu’on aimerait entendre, qui titille l’imaginaire en chacun d’entre nous. Dépaysant.

 

Pourquoi les oiseaux meurent de Victor Pouchet, Finitude, 2017

 

 

Un village des Caraïbes, une légende, un trésor perdu. Un navire échoué, des explorateurs, une famille au cœur du mystère… Dans ce roman, tout est émerveillement. La résonance des contes de l’enfance, la saga familiale dont on dénoue les fils avec passion, l’histoire d’amour et son lot d’écueils. Miguel Bonnefoy s’amuse dans un numéro de haute voltige qui mêle les genres avec brio. Le lecteur, lui, se régale, s’enthousiasme, de la langue virevoltante, de la prose fabuleuse et inventive, de la richesse exotique mi fabuleuse mi philosophique. Un bijou découvert dans le cadre du prix Landerneau et un auteur à suivre !

 

Sucre noir de Miguel Bonnefoy, Rivages, 2017

 

 

Un final en apothéose pour le Cycle des maudits débuté avec La lune assassinée et Les milles veuves. Un texte si puissant, si beau, qu’il m’a laissée sans voix… J’ai retrouvé tout ce que j’aime chez cet auteur de génie, à commencer par cette langue, tumultueuse, violente, sensuelle. Tout fait rage dans ce roman. Et tout fait sens. Un tourbillon de sentiments, le mal d’amour, l’amertume de ceux qui ne sont plus aimés, la jalousie qui s’insinue comme un poison, le vide que laissent ceux qui partent. Et Camille, celle par qui le malheur arrive… Magnifique, tragique et d’une beauté à couper le souffle !

 

Le cri du diable de Damien Murith, L’âge d’homme, 2017

 

 

Un roman glaçant et passionnant lu dans le cadre du jury pour le Prix Landerneau. Une expérience de lecture assez particulière, une distance voulue pour pouvoir affronter sereinement l’histoire édifiante de cet ancien médecin tortionnaire à Auschwitz. Son errance, ses vies multiples, sa traque vu par le prisme mi-documentaire mi-fictif d’Olivier Guez. Et cette question, lancinante, qui ne quitte pas le lecteur… Comment Josef Mengele a-t-il pu passer entre les mailles du filet pendant près de trente ans ? L’enquête est minutieuse, précise, et fait froid dans le dos. Saisissant.

 

La disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez, Grasset, 2017

 

 

Je sais que je ne prends aucun risque en ouvrant un roman de Laurent Bénégui. J’avais aimé le côté décalé et profondément drôle de Mon pire ennemi est sous mon chapeau, j’avais été troublée et émue par Naissance d’un père… j’ai été enchantée par cette délicieuse parenthèse de lecture offerte par La part des anges. On y parle du deuil avec légèreté et drôlerie. On n’y oublie pas les belles émotions et les situations loufoques. Et surtout on y parle d’amour et de vie. Une lecture sympathique, tendre et touchante qui donne le sourire.

 

La part des anges de Laurent Bénégui, Juillard, 2017

 

 

Stradi est né avec un violon dans la tête et moi je suis tellement tombée en amour pour lui que je ne sais pas comment vous en parler. Voilà. C’est bête et ça m’arrive finalement assez rarement mais je ne trouve pas les mots pour vous parler de ce petit bonhomme. Je me sens un peu démunie pour vous parler de ses grandes batailles, de ses petites victoires, de son petit monde à lui qui est devenu l’espace de quelques pages mon petit monde à moi… Gilles Marchand est un peu magicien mais je crois qu’il ne le sait pas. Son funambule m’a emmenée loin, ailleurs. J’y ai fait le plein d’amour, de musique, de rêves en couleur, de fantaisie… Et je m’y suis sentie furieusement bien. Un vrai petit miracle en équilibre par l’auteur-chouchou du précieux Une bouche sans personne

 

Un funambule sur le sable de Gilles Marchand, Aux forges du Vulcain, 2017

 

 

Mission accomplie…!

 

Les comptes sont remis à zéro, je vais pouvoir tourner sereinement la page de 2017 et aborder avec enthousiasme et curiosité les lectures qui feront 2018 ! Il me reste encore à vous parler des très beaux romans de Alice Zeniter, de Véronique Olmi et de Gaëlle Nohant mais demain est un autre jour…

 

En attendant, je vais profiter des quelques jours de répit qui s’annoncent pour me plonger dans quelques jolies lectures jeunesse qui font du bien tout en zieutant vers ces nouvelles tentations de la rentrée d’hiver qui me tendent les bras.

 

Très belles fêtes de fin d’année à tous !

♥ Coups de cœur albums 2017 ♥

Cette année 2017 aura aussi été marquée par une très belle moisson d’albums jeunesse…

 

♥ Du beau, du doux, du drôle… ♥

A consommer sans modération !

 

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Hors catégorie ♥

 

Simplement beau…

 

  

Pépite de drôlerie…

 

Les bijoux…

 

     

 

Et vous, quels sont vos albums jeunesse coups de cœur de l’année ?

 

♥ Coups de cœur romans 2017 ! ♥

Après les romans jeunesse et les plus belles bulles de l’année,

place au traditionnel coup d’œil dans le rétroviseur

avec le top très subjectif des romans qui garderont tous

une place spéciale dans mon cœur de lectrice  !

 

Retour donc sur les romans qui cette année m’ont touchée, émue, parfois même au delà…

Parmi eux, de vraies pépites qui font battre le cœur,

certains, même, pour lesquels je n’ai pas trouvé les mots…

Des romans qui résonnent longtemps et marquent au fer rouge…

Toute la littérature que j’aime !

 

 

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♥ Jeanne… ♥

 

 

Les coups de cœur…

 

     

 

Les précieux pour lesquels je ne trouve pas encore les mots…

 

     

 

Les coups de poings…

 

  

 

Ces plumes qui m’enchantent…

 

 

Les petites parenthèses de bonheur…

 

  

 

Ces romans qui m’ont emmenée ailleurs…

 

  

 

La découverte (tardive) bluffante…

 

 

Et, last but not least…

« Celui dont j’attendais tant et dont j’ai déjà tout oublié aujourd’hui… »

 

Et vous, quels ont été vos coups de cœur et vos coups de griffe de cette année ?

♥ Coups de cœur BD 2017 ♥

Encore une bien belle année BD !

 

Une petite cinquantaine d’albums chroniqués, des bulles en pagaille, de bien belles surprises…

Des mercredis passés en compagnie de la jolie bande d’accros aux bulles…

Des coups de cœur, des coups de foudre, des coups d’amour…

Du Zidrou, beaucoup de Zidrou, et du bon, du très bon…!

 

Et ceux qui restent cette année…

 

Petit coup d’œil dans le rétroviseur en attendant 2018 !

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Les meilleurs albums de l’année…

 

     

  

 

 

Ces suites qui tiennent toutes leurs promesses…

 

     

 

 

Ces rencontres qui marquent…

 

     

  

 

 

Ces OVNIS qui font tellement de bien…

 

  

 

 

Et ces pépites jeunesse qu’on aime partager …

 

        

  

 

Et vous, quels sont vos coups de cœur BD de l’année ?

 

BD de la semaine saumonChez Mo’

♥ Littérature jeunesse : coups de cœur 2017 ! ♥

Alors que 2018 pointe presque le bout de son nez,

il est temps de revenir sur ces romans de littérature jeunesse qui ont fait mon année !

Une année marquée à nouveau par le rendez-vous « pépites »

partagé chaque mardi avec mon complice Jérôme,

 

Parmi les 34 pépites jeunesse dénichées cette année, de vrais trésors…

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Les pépites des pépites… ♥

 

       

La série qu’on aime d’amour…

 

 

Ces auteurs chouchous…

 

            

Ces petits textes qui frappent si fort…

 

           

Et les concentrés de bonne humeur…

 

     

 

Du beau, du doux, du pétillant, du drôle, du fort… on en redemande…!

Rendez-vous en janvier pour de nouvelles découvertes partagées avec Jérôme,

comme chaque mardi…!

 

pepites_jeunesse

 

Retour sur les pépites de l’année 2017…

 

Sauveur et Fils T2 de M-A. Murail

Les mains dans la terre de C. Ytak

Des poings dans le ventre de B. Desmares

A la dure de R. Corenblit

S’aimer… de C. Roumiguière

Y a pas de héros dans ma famille de J. Witek

Théo, chasseur de baignoires en Laponie de P. Prévot

Phobie de Fanny Vandermeersch

Une mère à Brooklyn d’I. Chabbert

Le groupe de J.P Blondel

Rage d’O. Charpentier

Sauveur et fils saison 3 de M-A. Murail

Car Boy d’A. Loyer

Nils et Zéna de S. Deshors

Ma grand-mère est une terreur de G. Guéraud

Dans les dents ! Une vie d’ogre de G. Dorémus

Quart de frère, quart de sœur de S. Adriansen

Tu vois, on pense à toi de C. Ytak

La camionnette blanche de S. Knapp

Naissance des cœurs de pierre d’A. Dole

Le journal de Gurty T3 de B. Santini

Dans la forêt de Hokkaido d’É. Pessan

Une fille de… de J. Witek

Pablo de la Courneuve de C. Roumiguière

T’arracher de C. Desmarteau

Roméo, moustique sympathique de L. Blanvillain

A quoi tu ressembles ? de M. Wiéner

Les optimistes meurent en premier de S. Nielsen

D’un trait de fusain de C. Ytak

Miss Pook et les enfants de la lune de B. Santini

Kill the Indian in the Child d’E. Fontenaille

Les chroniques d’Hurluberland T2 d’O. Ka

16 nuances de premières fois de Collectif

Petite / Les Nivuniconnus – Jo Hoestlandt

Ces rêves qu’on piétine – Sébastien Spitzer

« Un pas. Une pierre. Un chemin de poussière. Un printemps qui bourgeonne. Au fond bruit un torrent.

Des bruits. Mille pas. Tous aussi mal cadencés. […]

Il sait qu’ils sont des milliers comme lui, à arpenter les routes des territoires de l’Est. Des cohortes de guenilles maculées de mois de crasse, tiraillées par le manque. La faim, la soif, les proches, l’avenir. Des cadavres en mouvement. Survivants comme lui. Il en reste. Ils sont là. Ils marchent en colonnes ordonnées. Aimé baisse la tête. »

 

C’est la fin de la 2ème Guerre Mondiale. Une fin qui n’en finit plus. Un temps de fin du monde. L’enfer encore.

 

Sur les chemins, des hommes et des femmes. Parmi eux, Aimé. Judah. Et puis, Fela et Ada.  Une mère et une fille. Liées. Infiniment. Malgré tout. « Avancer. Continuer. Oublier ces éreintements, ces courbatures et tous ces mauvais coups à l’épaule, à la main, au dos, aux pieds. Oser dire que la douleur passera, qu’elle finira par disparaitre. »

 

C’est le moment des derniers combats. Des dernières luttes. Des derniers jours de guerre. Des « dernières heures du funeste régime ». Berlin est assiégée. « Des ruines d’illusions. Un théâtre qui s’effondre. » Magda Goebbels, elle, se terre. Dans un bunker. Avec « les derniers figurants de ce qui reste du IIIe Reich ». « Des zombis du bunker [qui] vivent en marge du monde. » Avec six de ses enfants, Magda, peu à peu, s’effondre, « avec le souffle court de ceux qui sont hantés, effarés de l’intérieur, paniqués de partout. » Se résout à la fin et doit se défaire de tout, « tout ce qui avait fait d’elle une grande dame, respectée, exaltée, prise pour modèle par des millions de femmes. Magda n’aura plus de printemps, ni de villa, ni de jardin, ni de jasmin. »

 

En filigrane de ces destins, entre vainqueurs et vaincus, entre victimes et bourreaux, un rouleau de cuir caché et transmis. Une sacoche faite de mots figés. Qui disent. Racontent. Témoignent de ces vies effacées. Volontairement. « La mémoire des camps. » Parmi ces mots, parmi ces lettres, il y a celles de Richard Friedländer. Le père de Magda. « Ma fille, J’aimerais tant que mes mots aient un peu de sens à tes yeux. Non qu’ils aient du poids. Je n’y prétends pas. Je souhaiterais qu’ils retiennent un instant ton attention… »

 

J’ai aimé ce livre. Sa langue d’écriture. Tendue, sèche et juste. L’histoire racontée évidemment. Et ces voix multiples. Fortes. Dures. Fela, Ava, Lee… J’ai aimé cet écho entre ce père Richard Friedländer et sa fille Magda Goebbels. « L’architecture » de ce premier roman est incroyablement maitrisée. Très intelligente. Le travail documentaire est épatant.

La fiction pour raconter. Pour sauver les oubliés, les effacés, les anonymes, les disparus. Pour sauver les morts. « Un jour, on se souviendra de lui comme de tous ceux qu’on a voulu faire disparaitre, en vain. » Pour sauver l’histoire. Et pour ne pas oublier.

J’ai aimé ce roman. Beaucoup. Et pourtant je suis restée un peu en dehors. A la lisière. Peut-être pour me protéger. De l’horreur, des souffrances, des lâchetés, de l’humain. De cette Histoire. Vraie.

C’est un livre à découvrir. A lire. Un livre peut-être nécessaire. Pour ne pas oublier. Pour ne jamais recommencer. Et pour aimer la vie. Pleinement.

 

(J’ai eu un mal fou à écrire ce billet, tant j’avais noté de passages, de bouts de phrases, de mots. Tant je crois, je suis encore bouleversée, secouée plus justement par ce 1er roman lu il y a déjà plusieurs nuits. Finalement je ne suis peut-être pas tant restée en dehors que je veux bien l’écrire…)

 

 

EXTRAITS

 

« Reste la nuit. Lourde. Vide à tous ceux qui ont peur, à ceux qui désespèrent, se trompent. Cette nuit est aussi pleine que les autres. Féconde. Mystérieuse. Imprévisible. Elle s’est insinuée de l’autre côté des murs. L’heure des souffles de vie. L’heure des silences.

Dans cette vaste grange se jouent des scènes d’une farce affreuse. Ses murs portent des ombres aux gestes répétitifs : bras écartés, chute, bras écartés… et les mitrailleuses lourdes crachent d’autres salves, au pif.

L’heure de Judah a sonné. »

 

 « La femme pose le fusil sur la table et baisse la nuque. Fela fait le tour d’elle, la renifle, découvre les traces de coups à la base de son cou. Des bleus. Dans son cou, des griffures. La guerre est animale. C’est le moment des instincts, de la brutalité faite loi. La prise devient l’usage. La conquête passe très naturellement des territoires aux chairs. Les deux femmes ont subi l’homme et sa guerre, l’épanouissement de son souffle, la conquête de son râle, étouffé, enroué, presque rauque, puis insane. »

 

« Magda observe sa taille, ses hanches bien dessinées, le creux de son bassin. C’était cela, la féminité. Ce creux appelé à grossir. Cette déformation de soi. Que reste-t-il d’une femme quand elle devient une mère ? Magda en veut encore à ces corps d’hommes qui ne changent pas, ou peu. Pourquoi fallait-il que les femmes perdent de leur grâce pour trouver leur place parmi les hommes et les autres femmes ? »

 

 

 

Merci aux fées pour cette découverte (pour lire tous les billets c’est par ici ). Merci aussi à Joëlle pour son billet partagé et lu aux étudiants, un pluvieux vendredi après-midi (Pour lire son avis, c’est par là)

 

Les jolis mots aussi de Leiloona et de Jérôme !

 

 

En vous souhaitant, les copains, de très belles fêtes de fin d’années 

 

 

Ces rêves qu’on piétine, Sébastien Spitzer, Les Éditions de L’Observatoire, 2017

Migrant – Colfer / Donkin / Rigano

Quatorze personnes entassées dans un bateau gonflable prévu pour six. Il fait nuit noire, le froid s’insinue sous les vêtements, et Ebo et son grand frère Kwame tentent de garder espoir. Ebo, lui, n’aurait pas dû être là…

 

Dix-neuf mois plus tôt, il vivait encore dans son village au Niger. Sa sœur, Sisi, était déjà partie depuis plusieurs mois tenter sa chance à Londres. Depuis, elle n’avait plus donné de ses nouvelles. Et voilà que son frère disparaissait à son tour. A 12 ans, Ebo n’avait pas tardé à prendre sa décision… Il partirait à leur recherche. Seul mais déterminé, prêt à prendre tous les risques pour un voyage dont l’issue était plus qu’incertaine…

 

Et la route sera longue… Le Sahara et ses pièges, l’inhospitalité des rues de Tripoli, la traversée à hauts risques de la mer Méditerranée à bord d’une embarcation de fortune, l’arrivée dans un centre de réfugiés en Italie… Un seul espoir guide les pas d’Ebo, retrouver les siens et démarrer enfin une nouvelle vie.

 

Un roman graphique d’une grande sensibilité pour dire l’exode et le déracinement. L’histoire tragique de tous ceux qui font le douloureux choix de l’exil pour échapper à l’arbitraire, fuir la pauvreté, la guerre, la torture ou la barbarie. Quitte à mettre son avenir entre parenthèses. Dans les yeux d’Ebo, une furieuse rage de vivre, une détermination inébranlable et l’incompréhension aussi, face à ces actes qui n’ont souvent rien d’humain…  Dans les chants d’Ebo, la promesse d’un Ailleurs meilleur, l’espoir des retrouvailles et ce réflexe de survie, chevillé au corps…

 

Si le lecteur sait plus ou moins à quoi s’attendre en suivant les pas d’Ebo, il faut reconnaitre que le procédé narratif choisi par les deux scénaristes est intelligent. Deux récits alternent et se font écho. Au « présent », la traversée de l’océan des deux frères enfin réunis, au « passé », la traversée du désert du jeune Ebo parti rejoindre Kwame. Dix-neuf mois séparent ces deux époques. Dix-neuf mois que le lecteur va revivre grâce aux souvenirs d’Ebo.

 

Pour pouvoir imaginer le destin d’Ebo, les deux auteurs se sont inspirés d’un ensemble de faits réels, de témoignages, de faits d’actualité. Un récit grave et terriblement d’actualité sublimé par le dessin et la mise en couleurs de Giovanni Rigano. Un trait doux, rond et d’une grande lisibilité qui accompagne les jeunes lecteurs de manière intelligente sans jamais édulcorer le propos.

 

Vous l’aurez compris, Migrant est un très beau roman graphique à mettre d’urgence entre toutes les mains…

Éditions Hachette Comics (Octobre 2017)

144 p.

 

Traduit de l’anglais par Pascal Bataillard

Prix : 17,95 €

ISBN : 978-2-01-290553-5

 

 

BD de la semaine saumon

D’autres bulles à découvrir chez…

 

 

           

          Saxaoul                         Nathalie                         Antigone                          Blandine

 

 

           

            Karine                             Fanny                               Moka                    Un amour de BD

 

 

           

           Mylène                             Stephie                          Blondin                               Mo’

 

 

         

            Jérôme                            Sab                                Natiora                             Hélène

 

 

            

             Laeti                            Khadie                           Azi Lis                            Sandrine

 

 

    

            Faelys                            Sabine

Petite / Les Nivuniconnus – Jo Hoestlandt / Clémence Dupont

Deux courts textes en recto-verso, deux textes en miroir qui se font écho et disent l’essentiel en quelques mots. Deux textes qui se prêtent à la lecture à voix haute, pour insuffler doucement de belles valeurs dans les têtes des plus jeunes…

♦ ♦ ♦ ♦ ♦

 

« – Quelle lettre vous préférez ? me demande la jeune fille au fond de la classe… Jamais personne ne m’avait demandé cela, et pourtant, c’était une vraie question, pour un écrivain ! »

 

Au milieu de tous les visages tournés vers l’auteure, il y a soudain cette question incongrue venant d’une petite fille dont Jo Hoestlandt a « oublié le nom, le visage, le sourire, les yeux, tout sauf les mots qu’elle a prononcés ». Une jolie question, et une réponse, le O qui embrasse et entoure les gens qu’on aime. Mais est-ce que le O ne serre pas un peu trop…? Est-ce que le C qui pose doucement la main sur l’épaule mais n’emprisonne pas ne serait pas mieux…? La vérité, simple et belle, qui sort de la bouche d’une enfant du voyage qui « s’y connait si bien en liberté »

 

 

« Des étrangers, arrivés dans une caravane. On ne savait d’où ils venaient. Jusqu’ici, on ne leur avait guère prêté attention. Mais là, les gens commencèrent à se poser des questions. »

 

Quand les Nivuniconnus se sont installés dans la ville sans histoire, des évènements tout à fait extraordinaires se sont produit. Des apparitions inquiétantes, des disparitions qui l’étaient tout autant. La faute à ces sorcières, assurément. Des étrangers dans des maisons à roulettes, aux vêtements bariolés, qui parlent aux plantes et concoctent de drôles de potions magiques…. Rien de très rassurant, rien de très habituel, rien de très normal. Qu’importent les explications rationnelles qu’on leur met sous le nez, il est urgent de se méfier…

 

Les mots précieux de Jo Hoestlandt et les illustrations talentueuses de Clémence Dupont pour deux petits bijoux. Deux textes qui disent le vivre ensemble et le respect de l’autre. Deux textes qui se répondent et plantent de la plus belle des façons des petites graines de tolérance. Deux fenêtres ouvertes sur l’autre et sa culture. Une simplicité à hauteur d’enfant. Ça n’a l’air de rien. Mais ça dit tellement…

 

Une pépite comme on les aime que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

Éditions du Pourquoi pas ? (Mars 2017)

Collection Faire société

36 p.

 

Prix : 6,50 €

ISBN : 979-10-92353-33-4

 

pepites_jeunesse

Grossir le ciel – Franck Bouysse

Grossir le ciel est le roman du silence. Silence de la nature endormie dans son sommeil hibernal. Silence des âmes âpres et solitaires habituées à la quiétude des matins et aux longues journées de labeur. Silence des sentiments tus quand le temps qui passe enterre les souvenirs qu’on voudrait pouvoir oublier…

 

Gus n’a pas vraiment choisi cette vie de peu mais c’est la sienne. Il ne compte plus les années passées aux Doges, ce petit village reculé au fin fond des Cévennes, « un drôle de pays de brutes et de taiseux ». Il ne compte plus les heures à trimer et suer sang et eau dans les champs et auprès de ses bêtes. La solitude en guise de manteau, la rudesse en guise de carapace et le silence assourdissant comme compagnon intime dans cette nature austère qu’il connaît par cœur…

 

Gus a Mars, son chien. Peut-être son seul ami. Lui non plus ne dit pas grand chose. Il ne prend pas trop de place et met ses pattes dans les pas de son maître. Gus a aussi Abel. Son seul voisin. Pas vraiment un ami mais ce qui s’en rapproche le plus. Quelques coups de main, quelques verres pour vaincre la solitude en lieu et place de ces confidences qu’on ne se fait pas entre hommes peu familiers des mots qui lient.

Rien ne change, aux Doges. La vie s’écoule, immuable, parce que c’est ainsi que les choses vont. Alors quand le quotidien se teinte d’étrangeté, quand l’inexplicable s’invite sans crier gare dans le dessin habituel des jours sans surprise… il y a de quoi voir grossir le ciel…

 

« Il y avait aussi des couleurs qui disaient les saisons, des animaux, et puis des humains, qui tour à tour espéraient et désespéraient, comme des enfants battant le fer de leurs rêves, avec la même révolte enchâssée dans le cœur, les mêmes luttes à mener, qui font les victoires éphémères et les défaites éternelles. »

 

Ou comment mettre sa propre vie en suspens l’espace de quelques heures… S’immerger totalement et irrémédiablement dans cette toile qui se tisse sans bruit et se resserre au fur et à mesure que les pages se tournent. Prendre racine dans cette nature qui pèse de tout son poids, ressentir le froid qui s’insinue dans les moindres interstices, tâter la rudesse qui sert de carapace à ceux qui n’ont pas grand chose d’autre pour se protéger. Et la vie va. Silencieuse et pleine de secrets dormants. Capricieuse et imprévisible…

 

Tout va crescendo dans ce roman d’ambiance où seuls comptent les cœurs qui battent et qui hésitent. Et tout est beau. Une langue superbe, charnelle, terrienne, où chaque mot est à sa place, au plus près de ces solitudes qui s’affrontent, des hommes et de leurs orages intérieurs, de cette tragédie en sourdine dont on pressent les effets dévastateurs. Grossir le ciel est un roman rural à la croisée des genres qui se garde bien de choisir son camp. Un roman tendu, à l’atmosphère lourde et pesante, qui secoue et emprisonne son lecteur. Brillant.

 

Et un coup de cœur inattendu que je partage avec Moka

 

Prix SNCF du polar

 

Les avis de Aifelle, Hélène, Jérôme, Lætitia, Marie-Claude, Sandrine, Séverine

 

LGF / Le Livre de Poche (Janvier 2016)

Collection Policier

234 p.

 

Prix : 6,90 €

ISBN : 978-2-253-16418-0

Petites histoires de nuits – Kitty Crowther

« Maman, raconte-moi trois histoires, demande l’ourson.
« Trois histoires ! », s’exclame Maman Ours.
« S’il te plaît, s’il te plaît et s’il te plaît.
J’ai dit s’il te plaît trois fois. »
« Je commence par laquelle ? » interroge Maman Ours.
« Celle qui dit qu’il faut dormir », répond Ourson.
« D’accord ! »

 

 

Du rose. Du doux. Du tendre…. Il faut bien ça pour que Ourson trouve le sommeil. Et puisque trois « s’il te plaît » valent bien trois histoires, maman Ours se met à raconter…. L’histoire de cette gardienne de la nuit qui sonne l’heure d’aller se coucher mais se demande bien qui pourra l’endormir, elle. Celle de Zhora, cette petite fille à l’épée, qui cueille la plus belle mûre de la forêt pour sa maman et finit par s’y perdre. Celle de Bo, ce petit bonhomme qui ne quitte pas son grand manteau et qui aimerait bien, lui aussi, trouver le sommeil…

 

« Maintenant, choisis ton étoile pour t’emmener jusqu’à demain. »

 

Chez Kitty Crowther, tout est émerveillement. Le crépuscule se teinte de rose, les forêts sont pleines de mystères, et la magie, partout. Dans le frémissement des herbes folles, dans le silence ouaté des nuits profondes, dans les regards habités de rêves, dans les mots douillets qui appellent l’heure des songes. Et les petites histoires du soir se font berceuses… Les yeux papillonnent, les petits corps se blottissent bien au chaud sous les draps moelleux et les rêves peuvent enfin s’inviter sous les paupières fermées. Un gong magique, une gentille chauve-souris, des pierres-mots au fond de l’eau… voilà les armes de Kitty Crowther pour vaincre les insomnies et les petites peurs du coucher. Une douceur enveloppante teintée de fantaisie poétique qui donne à voir le beau…

 

Le plus joli cadeau qui soit pour les touts petits qui aiment qu’on leur raconte des histoires… ♥

 

Les avis de Cuné, Laël, Mirontaine, Nadège

 

Éditions École des Loisirs (Novembre 2017)

Collection Pastel

80 p.

 

Prix : 11,00 €

ISBN : 978-2-211-23428-3