Le vendangeur de Paname. Une enquête de l’Écluse et la Bloseille – Frédéric Bagères / David François

Paris 1912. Un tueur en série particulièrement retors et insaisissable met le 36 quai des Orfèvres sur les dents. Au placard, relégué dans un bureau sombre du sous-sol, l’inspecteur l’Écluse végète entouré de ses fidèles bouteilles. Pas à lui qu’on confie les enquêtes d’envergure mais la situation ne lui pèse guère. Ses affaires il les gère en arpentant les rues de la capitale, s’arrêtant dans tous les bars ou restaurants du coin pour allier l’utile à l’agréable. Jusqu’à ce qu’on lui colle un bleu dans les pattes…

 

Pierre Caillaux, jeune recrue fraichement émoulue de l’école de police ne brille pas par ses compétences mais en coulisse, son ministre de père a savamment orchestré la carrière de son rejeton. En l’associant à l’Écluse, on l’éloigne gentiment des vraies enquêtes tout en contentant la hiérarchie. Surnommé la Bloseille par son nouveau coéquipier à qui personne n’a demandé son avis, il compte bien prouver sa valeur en s’illustrant dans des vraies affaires. C’est pourtant sur le meurtre d’un négociant en vin qu’ils vont tous les deux devoir enquêter. Chacun à sa manière…

 

Le Paname de la Belle Époque, un duo d’enquêteurs au degré d’incompétence difficilement quantifiable, le dessin séduisant de David François, des dialogues truculents à la Audiard … impossible de ne pas démarrer cette lecture le sourire aux lèvres. Gros capital sympathie pour cet album qui mise tout sur la gouaille de ses personnages, l’atmosphère inimitable des ruelles parisiennes et ce petit air de liberté et d’insouciance d’avant-guerre. Reste à espérer que cette enquête soit la première d’une longue série tant le plaisir de lecture est là. On en redemande…!

 

Une délicieuse parenthèse de lecture que je partage avec Jérôme.

Éditions Delcourt (Janvier 2018)

62 p.

 

Prix : 15,50 €

ISBN : 978-2-7560-7943-1

 

BD de la semaine saumon

Chez Mo’

Moins que rien – Yves-Marie Clément

Moins que rien. En Haïti, la vie d’Éliette ne vaut effectivement pas grand chose. Loin de sa famille, loin de sa mère trop pauvre pour l’élever, elle habite dans une case de fortune dans les abords de la mal nommée Ville-Bonheur. Chaque jour ressemble au précédent et à ceux qui suivront. Des corvées sans fin qu’elle doit accomplir sans rechigner pour le compte de ses maîtres, Pierre Valentin et sa femme madame Ernestine…

 

Éliette est une « lapourça ». Là pour obéir. Là pour servir. Là pour courber l’échine. En échange, de la nourriture quotidienne et un toit au-dessus de sa tête, une petite case spartiate où elle garde précieusement ses seuls trésors. Une photo de sa mère, un crucifix, une bougie qu’elle économise et un vieux portable hors d’usage. Dans ses rares moments de liberté, Éliette rejoint ses amis, Ricardo et Jean-Jackson. Des « restaveks », enchaînés eux-aussi à leur condition. A eux trois, ils forment une bien maigre équipe de football mais ils se serrent les coudes.

 

Éliette ne se berce pas d’illusions. Peu de chance qu’elle quitte un jour Ville-Bonheur pour rejoindre son village derrière les montagnes violettes de l’Artibonite. Sa mère lui a pourtant toujours dit de croire aux signes. Son salut viendra peut-être de cet étrange tableau que son maître la force à acheter. Un tableau représentant un homme en costume d’époque qui se met soudainement à s’adresser à elle. L’homme dit s’appeler Jean-François-Adrien Piedefer. Il vit en 1770 et c’est un esclave en révolte…

 

« Tu dois partir, Éliette ! Débarrasse-toi de tes chaînes ! »

 

Mi réaliste, mi fantastique, voilà un petit roman prenant et inattendu qui fait prendre conscience au lecteur qu’il existe encore de nos jours des enfants soumis à un esclavage qui ne dit pas son nom. La rencontre, rêvée ou non, entre Éliette et Jean-François-Adrien Piedefer est hautement symbolique. A ses côtés, la jeune fille va finir par relever la tête pour elle aussi se révolter contre sa condition qu’elle acceptait jusqu’alors avec fatalisme. Le parallèle entre les deux époques est plus que parlant. Une façon subtile d’ouvrir les jeunes lecteurs au monde et un livre logiquement soutenu par Amnesty International

 

Une lecture que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi, et que je vais m’empresser de proposer à mes collégiens.

 

L’avis de Fanny

 

Éditions Talents Hauts (Janvier 2018)

Collection Livres et égaux

83 p.

Illustration de couverture réalisée par Julien Castanié

 

Prix : 12,00 €

ISBN : 978-2-36266-233-1

 

pepites_jeunesse

Le mystère de la chambre jaune (Rouletabille 1) – Gaudin / Slavković / Odone d’après Gaston Leroux

Une jeune femme retrouvée à moitié morte dans une chambre fermée de l’intérieur, aux volets clos…. Le mystère est de taille, l’affaire apparemment inextricable et les suspects évidemment nombreux. Qui a bien pu vouloir assassiner Mathilde Stangerson, fille du célèbre physicien ? Comment l’agresseur a-t-il pu pénétrer dans la chambre et surtout, comment a-t-il pu en ressortir sans se faire remarquer ?

 

C’est au cœur du château du Glandier que le jeune reporter Joseph Rouletabille va mener son enquête. Accompagné de son ami l’avocat Sainclair, narrateur de l’histoire, le journaliste va tenter de démêler les fils du mystère de la chambre jaune. Une enquête complexe, de nombreuses fausses pistes et un « duel » avec Frédéric Larsan, inspecteur officiellement en charge de l’affaire… Rouletabille va devoir faire preuve d’habilité pour tirer son épingle du jeu…

 

Pour adapter ce grand classique de la littérature policière, première apparition du jeune reporter Rouletabille avant qu’il ne devienne un personnage récurrent, Jean Charles Gaudin a choisi l’extrême fidélité à l’œuvre originelle. Grand admirateur de Gaston Leroux, le scénariste avoue avoir toujours voulu adapter ses œuvres qui ont bercé sa jeunesse. C’est chose faite avec cette nouvelle série qui comptera d’autres épisodes comme « Le parfum de la dame en noir » ou « Le fantôme de l’opéra ».

 

Mes souvenirs de lecture du roman de Gaston Leroux remontent à l’adolescence mais je me souviens de cette ambiance très particulière. Une ambiance assez sombre finalement, presque angoissante. Si l’intrigue est ici forcément réduite, l’essentiel est préservé… les principaux rebondissements de l’histoire, les personnalités des différents protagonistes, les indices. Le tout raconté par l’avocat Sainclair, comme dans le roman. Un choix que l’on peut comprendre mais qui à mon sens gâche un peu la fluidité du récit dans le cas de la bande dessinée. Par moments, l’album est un peu trop dense, trop bavard et perd malheureusement en rythme.

Je crois que j’aurais voulu retrouver aussi ces petites touches de poésie et de fantaisie qui émaillent le récit originel. Ici, le récit est finalement assez classique, comme le dessin d’ailleurs, et reste un peu trop dans le cadre strict de l’histoire. Avis évidemment très subjectif que ne partageront sans doute pas les amateurs du genre…

Éditions Soleil (Mars 2018)

62 p.

 

Prix : 15,50 €

ISBN : 978-2-302-06850-6

BD de la semaine saumon

… chez Stephie

J’ai suivi un nuage – Maëlle Fierpied / Julie Guillem

 

Un soleil éclatant dans un grand ciel bleu. Les jours sans nuages, la maman de Rémi irradie et éclabousse la maison de sa joie de vivre. Pétillante, virevoltante, elle entraine son fils dans un tourbillon de bonne humeur qui semble sans fin. Des bouquets de fleurs, un goûter gargantuesque, une belle nappe immaculée… et tous les jours deviennent jours de fête…

 

Des nuages lourds de pluie. Les jours de tempête, la tristesse de maman repeint tous les murs en gris. Ces jours-là, Rémi sait se faire tout petit pour ne pas perturber le silence dans lequel elle s’enferme. Ces jours-là, Rémi ne peut qu’espérer que le soleil chassera vite les nuages. Pour que reviennent le beau temps et le sourire de maman. Pour que reviennent les rires en cascade et les danses improvisées…

 

« Si maman est un nuage, moi je suis le petit arbre en dessous.

Alors, quand maman pleure, c’est moi qui suis mouillé. »

 

La maman de Rémi est un nuage. Tantôt elle capte la lumière et la renvoie partout autour d’elle. Tantôt la tristesse s’empare d’elle et la vide de toute sa belle énergie. Elle n’y peut rien. Rémi a appris à faire avec ses différentes facettes. Parfois, sa mère a « un soleil à l’intérieur de la poitrine » et son cœur de petit garçon se gonfle d’amour. Parfois, elle se fait « fragile comme du verre » et Rémi craint que le château de cartes ne s’effondre. Ces jours de mauvais temps, quand elle ne parvient plus à faire face, la maman de Rémi a besoin d’aide. Et ces jours-là, Rémi est confié à ses grands-parents, le temps que le soleil revienne…

 

La voix de Rémi nous enveloppe, juste et tendre, capte les instants, révèle l’émotion pure. Impossible de ne pas tomber sous le charme de ce petit roman intense et immensément poétique qui raconte la plus belle des histoires d’amour. Simplement et sans jamais en faire trop. Les aquarelles de Julie Guillem, aussi douces que puissantes, apportent la touche finale à ce petit bijou hors du temps qui laisse sa marque… Magnifique !

 

De la belle littérature jeunesse, comme on aime… et une pépite jeunesse évidente partagée avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

L’avis de Moka

 

Éditions École des Loisirs (Janvier 2018)

Collection Neuf

84 p.

 

Prix : 12,50 €

ISBN : 978-2-211-23479-5

 

pepites_jeunesse

Seule – Denis Lapière / Ricard Efa

Il parait qu’au loin il y a la guerre. Lola veut bien croire ce que lui disent les adultes d’un air grave mais pour elle les jours s’écoulent tranquillement. La campagne catalane offre un formidable terrain de jeux à ceux qui ont gardé leur âme d’enfant..

 

Insouciante, gaie et vive, Lola s’amuse d’un rien et supporte sans rechigner une vie sans réel confort dans la petite maison de ses grands-parents qui l’élèvent depuis déjà trois ans. En trois ans, les visages de ses parents ont eu le temps de s’estomper, de même que celui de sa toute petite sœur, tout juste née avant leur séparation qu’elle ne s’explique pas. Alors tous les soirs, sur la paillasse qui lui sert de lit, Lola s’exerce à rappeler à elle ces bribes de souvenirs…

 

Jusqu’à ce que la bulle éclate et que des bombes détruisent le petit village de montagne. La guerre est là. Lola la voit. C’est peut-être elle qui la tient éloignée de ses parents depuis si longtemps. C’est peut-être elle, aussi, qui va lui donner le courage de prendre la route, seule, pour tenter de reformer cette famille dont on l’a injustement privée…

 

C’est un témoignage familial qui a servi de matériau à cette incroyable histoire. Celui de Lola, aujourd’hui âgée de 83 ans, la grand-mère de la femme de Ricard Efa qui met en images son périple. Impossible de ne pas se sentir en totale empathie avec cette petite fille de 7 ans dans laquelle le dessinateur a semble-t-il mis toute sa tendresse. Avec sa touchante naïveté et sa grande force de caractère, son innocence brute et sa spontanéité qui prête parfois à sourire, la petite Lola avance bille en tête dans un monde bouleversé qui n’est pas à sa taille. C’est par ses yeux que le lecteur découvre la guerre civile espagnole. Dans ses yeux aussi qu’il trouve refuge pour tenter de ne pas voir en face les horreurs qu’elle laisse derrière elle. Rien n’est minimisé, rien n’est étalé non plus. Un savant mélange entre violence crue et douceur de l’enfance qui laisse admiratif…

 

Au diapason, le scénario de Denis Lapière va à l’essentiel de l’émotion. Il cueille les instants, capture les petits moments de grâce, accentue l’absurdité de la guerre en enveloppant la petite Lola de douceur. J’ai refermé ce bel album conquise…

 

Les avis de Mo’ et Mylène

 

A lire aussi, de Denis Lapière, la belle adaptation du sublime Martin Eden de Jack London

Éditions Futuropolis (Janvier 2018)

72 p.

 

Prix : 16,00 €

 ISBN : 978-2-7548-2099-8

 

BD de la semaine saumon

D’autres bulles à découvrir chez…

 

           

          Sandrine                         Stephie                           Mylène                               Mo’

 

 

       

          Gambadou                                   Amandine                                         Blandine

 

 

           

           Karine                          Jacques                             Sylire                                Caro           

 

 

           

           Jérôme                   Petit carré jaune                   Aurore                          Audrey

 

 

           

           Brize                             Alice                             Maël                              Blondin

 

 

           

            Iluze                              Bouma                             Cristie                           Charlotte

 

 

   

            Hélène                           Sophie

Soixante-douze heures – Marie-Sophie Vermot

Sens-dessus dessous. A l’image de la jeune fille sur la couverture, Irène, 17 ans, vit un de ces moments qui marquent une vie. Une tempête émotionnelle qui la fait se replier sur elle-même, en position fœtale, comme pour protéger l’enfant qu’elle porte et se protéger elle-même…

 

Elle l’a appelé Max. Il a grandi au chaud dans son ventre pendant 9 mois, d’abord en secret. Cet enfant, elle ne l’a pas voulu, mais il est là. Il prend sa place. Dans sa tête, dans son cœur, dans le berceau qui l’accueille loin d’elle. Irène a pris sa décision. L’enfant grandira loin de sa peau, loin de son odeur, loin de ses caresses. Si elle a choisi de mener la grossesse à son terme à la grande surprise de ses proches, elle a aussi choisi de le confier à une autre famille. La loi lui accorde pourtant soixante-douze heures. Trois petits jours pour faire le point et peut-être changer le cours de son destin. Trois jours pendant lesquels elle va tenter de laisser son empreinte dans la vie de son enfant en lui racontant sa conception, sa venue au monde et en lui parlant d’elle. Trois jours qui agiront comme un catalyseur et cristalliseront les non-dits et les secrets autour d’elle…

 

« Je suis devenue mère, mais Max grandira sans moi, en dépit de cette tendresse qui m’envahit et enfle à vue d’œil.

Cette tendresse qui est peut-être une forme d’amour contre laquelle je dois me défendre pour ne pas être tentée de revenir sur ma décision. Parce qu’il y a ces choses que je n’avais pas prévues, ces choses qui me troublent : la sensation animale de son corps grenouille sur le mien. Son souffle tiède, aussi léger qu’un duvet d’oie. Son pleur de nouveau-né qui vibre au creux de moi et qui arrache. »

 

Irène raconte ces trois jours en suspens, cette parenthèse où les souvenirs affluent, un peu en vrac. Discrète, comme en retrait, Marie-Sophie Vermot parvient à recentrer le récit sur ces soixante-douze heures sans jamais laisser paraitre un quelconque jugement définitif sur le choix de l’adolescente. L’accent est mis sur ses états d’âme, ses questionnements sur l’avenir de son enfant et le sien, ce choix douloureux de donner la vie sans en prendre part même si ce bébé sera toujours son fils, viscéralement… Droite dans ses bottes, réfléchie, Irène étonne par son aplomb face à ceux qui pensent pouvoir s’insinuer dans sa vie.

 

Le récit, intime et pourtant pudique, alterne donc entre les souvenirs de l’adolescence et son séjour à l’hôpital dans cet entre-deux qui scellera son destin et celui de son enfant. Il dit la force de l’amour, les choix d’une vie, les évènements inattendus qui font parfois bifurquer des routes toutes tracées. On en ressort un peu secoué tant ce récit, malgré la distance qu’il semble installer entre l’héroïne et le lecteur, laisse sa marque…

 

Une bien jolie découverte partagée avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

L’avis de Pépita

 

Éditions Thierry Magnier (Février 2018)

176 p.

 

Prix : 13,00 €

ISBN : 979-10-352-0135-7

 

pepites_jeunesse

La Tomate – Anne-Laure Reboul / Régis Penet

« Madame Bréjinski, ce n’est pas à un agent d’épuration qu’il faut rappeler l’importance de ses missions. Votre fonction doit nous prémunir d’un retour des temps barbares qui ont mené l’humanité au bord de l’abîme.

 

Dès lors, comment expliquez-vous ce mensonge gravissime à votre hiérarchie ? »

 

Anne Bréjinski, membre du deuxième cercle, est en face des ses juges. Isolée dans un box aux parois vitrées, elle se doit de donner une explication à ses actes insensés qui auraient pu mettre en péril la survie de la société. L’agent du service d’épuration d’objets a du mal à remonter le fil des évènements. La journée avait pourtant commencé de façon plutôt banale. Une énième mission au cœur du troisième cercle à la recherche d’objets interdits en provenance du passé. Tous doivent être éradiqués, détruits, brûlés. Une routine bien rodée et une mission à laquelle Anne se plie sans réfléchir. Jusqu’à ce petit sachet de graines échappé d’un journal du passé. Des semences qu’elle aurait dû détruire et qu’elle a pourtant décidé de faire pousser en toute illégalité…

 

Un futur indéterminé dans lequel faire pousser un plant de tomates relève du crime d’état. Une société ultra hiérarchisée aux classes sociales distinctes qui n’ont que peu de contact entre elles. Un monde régi par des règles strictes sensées protéger les citoyens. Des règles édictées par des multinationales qui contrôlent de façon drastique l’alimentation et n’autorisent aux hommes que deux verres d’eau par jour. Pas plus…

 

Le monde imaginé par Anne-Laure Reboul et Régis Penet nous en rappelle d’autres tout en nous renvoyant à notre monde moderne. Le propre de tout récit d’anticipation finalement, rien de bien nouveau sous le soleil. Ici, le lecteur restera dans l’incertitude concernant de nombreux éléments de l’histoire et n’apprendra rien de concret sur la fin du monde d’avant et la naissance de celui ci.

Aucune explication sur ce qui a fait basculé notre monde, certains s’en accommoderont, d’autres en seront quelque peu frustrés. Le fait est qu’on avance un peu à l’aveugle dans ce récit qui contient tout les ingrédients du genre mais arrive tout de même à nous surprendre. Ici la révolte se fait en sourdine, sans armes, mais n’éveille pas moins les consciences. A l’image du dessin, d’apparence froid et figé, qui véhicule un certain malaise et titille le lecteur… sans pour autant faire naître l’émotion. Une lecture trop… ou pas assez… qui ne laisse pourtant pas indifférent…

 

Éditions Glénat (Janvier 2018)

96 p.

 

Prix : 19,50 €

ISBN : 978-2-344-01591-9 

 

BD de la semaine saumon

Chez Mo’

Nos cœurs tordus – Séverine Vidal / Manu Causse

« Les genoux qui se cognent, mes os qui me tiennent mal, mes pieds en dedans, mes mouvements désordonnés, tout le haut de mon corps qui se cabre à chaque pas, comme si je tombais à nouveau, et ma canne qui rythme ma marche lente d’un « clac, clac » assez rock.

C’est donc moi, Vladimir Duchamp, quinze ans dans deux mois, handicapé de naissance, pantin un peu désarticulé, admis dans l’ULIS du collège Georges Brassens pour l’année, la langue bien pendue, des rêves de cinéma plein la tête et, depuis un quart d’heure, une Lou dans les pattes. »

 

Une jolie « famille » comme je les aime. Une belle galerie de personnages un peu bancals qui tentent de pousser droit. Avec Nos cœurs tordus, Séverine Vidal et Manu Causse ont réalisé le casting parfait. Des personnages cabossés, des écorchés vifs aussi atypiques qu’attachants pour lesquels on a du mal à ne pas fondre d’amour. Tous gravitent autour de Vlad. Vlad aimante, un peu malgré lui. Solaire, charismatique, il attire autour de lui une bande de doux dingues qui ont tous, à des degrés divers, des comptes à régler. Avec la vie. Avec eux-mêmes. Avec les autres. Au fil des mois d’une année scolaire un peu particulière, il vont faire front commun. Apprendre à s’accepter. A être soi. A se dépasser. A s’aimer. A renoncer. A avancer. A grandir…

 

Mon premier est un mini roman de Séverine Vidal paru dans le magazine Je bouquine sous le titre de Un cœur en équilibre. Mon second est la naissance des voix des copains de Vlad, imaginées par Manu Causse. Mon tout est Nos cœurs tordus, un roman choral doudou bourré d’énergie positive qui fait un bien fou. Comme dans une vraie famille qui ne s’est pas vraiment choisie, le lecteur se régale des liens qu’il voit se tisser parfois en silence. De ces complicités qui naissent entre des êtres qu’à priori rien ne rapproche. De cette intimité qui s’impose comme une évidence entre Saïd le mal aimé, Mathilde « la moitié morte », la belle Lou, les jumelles Théa et Charlie, Dylan le rêveur… et Vlad, colonne vertébrale de tout ce petit monde.

 

« Il y a, dans la vie, des moments parfaits. »

 

… Et ce roman en est un ! L’histoire est belle et forte, drôle et tendre, positive et sensible. On y parle de handicap, des combats du quotidien, des rêves qui donnent des ailes et permettent d’abattre toutes les barrières. On en ressort gonflé d’amour avec en sourdine la nostalgie des souvenirs des années collège, des passions partagées, des premières amours et des amitiés intenses de l’adolescence. Un roman irrésistible qui a récolté cette année le Prix Gulli et un joli coup de cœur que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

L’avis de Mylène

 

Le blog de Séverine Vidal

Le blog de Manu Causse

 

Éditions Bayard jeunesse (Mars 2017)

224 p.

 

Prix : 13,90 €

ISBN : 978-2-7470-6862-8

 

pepites_jeunesse

La petite souriante – Zidrou / Springer / Lambour

Nuit d’encre. Quelques autruches à l’oeil goguenard. Un pick up à l’arrêt dans une plaine déserte. Gros plan sur un homme qui assassine sa femme sauvagement à coups de massue. Visage fracassé, corps démantibulé dans une robe à fleurs ensanglantée, il ne reste plus grand chose de reconnaissable de Dora. Le devoir accompli, Pep charge le corps de sa défunte épouse à l’arrière du véhicule, termine le job quand elle se met à parler dans des borborygmes indistincts et balance froidement la récalcitrante dans un puits. Trois molaires ramassées en guise de trophée, Pep peut annoncer la bonne nouvelle à sa maîtresse…

 

Josep Pla, dit Pep, éleveur d’autruches depuis 20 ans, vient enfin de se débarasser de son encombrante épouse, cauchemar de ses jours et de ses nuits depuis 13 ans. Enfin peinard. Et libre d’aimer et de se taper au grand jour sa belle-fille Isabela, à l’origine de ce sanglant carnage. Une pluie providentielle lavant les traces de la tuerie, il ne lui reste plus qu’à mettre le feu à ses vêtements souillés et à rentrer au bercail où les hurlements de la mégère ne risquent plus de lui vriller les tympans. Pep passe la porte, s’étonne de la lumière restée allumée dans la cuisine… et y découvre sa femme, bigoudis sur la tête, qui lui réclame du beurre… L’histoire ne fait que commencer…

 

Etonnant Zidrou ! A mi-chemin entre un court-métrage de série Z et un thriller horrifique à haute teneur en hémoglobine, le scénariste joue la carte du trash assumé et de l’humour de mauvais goût dans un album noir très serré. Débauche de sang et de violence, gros plans bien gores on ne peut plus explicites, l’heure n’est pas à la suggestion. Ca gicle, ça éclabousse, ça tache… et ça ne fait pas semblant.

 

Passé l’instant de surprise, le lecteur s’étonne de naviguer presque normalement dans un univers qui lui est loin de l’être. Des morts qui ne le sont pas ou qui ne comptent pas le rester, des mises à mort sanglantes qui en entraînent d’autres… on finit par ne plus trop se poser de questions tant il ne semble pas y avoir d’explication rationnelle à un tel chaos. Violence, cruauté, stupidité crasse, folie, vulgarité… Benoît Springer s’y entend pour mettre en images l’histoire ô combien sordide imaginée par son acolyte. Le trait est gras et grossier, les personnages laids et odieux, tout est poisseux, visqueux et dégueulasse. Une impression accentuée par des cadrages cinématographiques on ne peut plus réussis qui rendent le tout d’un extrême réalisme.

 

Le lecteur, embarqué sans ménagement, hésite entre rire jaune et nausée, écarquille les yeux, les ferme tout aussi soudainement… et finalement s’amuse de cette parenthèse horrifique où les deux auteurs s’en sont visiblement donné à coeur joie. Après Le Beau voyage et L’Indivision, le duo Zidrou – Springer ne fait pas dans la dentelle en brodant sur la comptine La petite souriante que l’on retrouve dans le cahier graphique en fin d’ouvrage. Un bien bel ouvrage d’ailleurs, à la couverture effet vieilli très réussie. Les fans de Zidrou risquent d’être divisés sur ce nouvel opus, j’en ressors personnellement étonnée et conquise tant le scénariste touche-à-tout continue de me surprendre.

 

Une découverte hors des sentiers battus que je partage avec Mo’

Editions Dupuis (Février 2018)

56 p.

 

Prix : 14,50 €

ISBN :  978-2-8001-6859-3

BD de la semaine saumon

… chez Stephie

Philibert Merlin, apprenti enchanteur – Glwadys Constant

Chez les Merlin, personne n’a de doute concernant les incroyables talents de Philibert, septième et dernier enfant de la famille. Philibert a forcément un don, comme ses parents, ses six frères et sœurs tous virtuoses dans leur domaine. Un don un peu trop caché et qui tarde à voir le jour. Un don que chacun s’emploie à débusquer par tout un tas de stratagèmes. Las. Philibert semble n’avoir aucun talent. Pire, à force de tenter de trouver ce qui le rendra aussi exceptionnel que ses illustres aînés, le benjamin multiplie les catastrophes…

 

Philibert serait-il un petit garçon normal, sans une once de talent ? Est-il possible que lui, le septième fils sur lequel tous les espoirs reposent, ne révèle aucun don magique..?

 

Quel réjouissant petit roman ! Dans cette famille exceptionnelle qui compte une ribambelle de génies, Philibert tente de trouver sa place et de savoir qui il est. Philibert tâtonne, expérimente, teste les talents de tous ses prédécesseurs mais aucun ne lui convient. Non, Philibert n’a pas la bosse des maths, n’a aucun talent musical et ne sera pas le prochain Goncourt. Aucune chance non plus que ses toiles soient un jour exposées dans les plus grandes galeries du monde ni qu’il devienne le prochain Bill Gates. Normal. Philibert est désespérément normal. Vraiment ? Et si pour trouver son don il ne fallait tout simplement pas le chercher ? Et si pour se découvrir il fallait juste laisser faire le temps, le hasard ou les opportunités ?

 

L’écriture de Glawdys Constant est un délice (à découvrir, si ce n’est pas déjà fait, La révolte des personnages). Sous couvert de légèreté, elle aborde la difficulté de trouver sa place et d’être soi, ce sentiment d’être différent dans une tribu qu’on peine à « égaler ». Dialogues savoureux, jolie communauté de personnages généreux et aimants, habile mélange d’humour et de tendresse, ce petit roman est un régal qui ravira tous les jeunes lecteurs dès 9 ans… tout en les faisant réfléchir sur cette voie qu’ils sont les seuls à pouvoir tracer.

 

Une bien jolie pépite jeunesse que je partage comme chaque mardi avec Jérôme.  

 

Éditions du Rouergue (Janvier 2018)

Collection Dacodac

107 p.

Illustrations de Juliette Barbanègre

 

Prix : 9,50 €

ISBN : 978-2-8126-1505-4

  pepites_jeunesse