16 nuances de première fois

« Je n’imaginais pas ça possible. Que tu sois là, avec moi, à la frontière entre hier et demain. Parce que quelque chose va changer après ça. En moi. Pour toujours. Est-ce que tu sens que rien ne sera plus jamais pareil ? Est-ce que la peur et l’envie se confondent pour toi aussi à présent ? Je suis au bord de toi, comme on regarde dans le précipice. Cette seconde inévitable de vertige, quand tout l’esprit et tout le corps sont entraînés dans la chute, que rien ne peut plus éviter cette collision entre l’évidence et soi. Cette fracture imminente. Je comprends ce que c’est de tomber amoureux. »

 

Antoine Dole, Fixer les vertiges.

 

 

Je crois que j’aurais aimé avoir ce recueil de nouvelles entre les mains à l’âge où les questions se bousculent, où on ne sait pas trop à qui les poser ni si on a véritablement envie d’entendre les réponses qui nous seront données. Je crois que j’aurais aimé ce ton à la fois décomplexé et complètement à hauteur d’ado, j’aurais aimé qu’on ne cherche pas à m’asséner des vérités mais qu’on me laisse au contraire le champ libre d’imaginer un vaste horizon de possibles…

 

Le pari était audacieux et les 16 auteur-e-s de ce recueil le relèvent haut la main. Dire la « première fois », dire le désir et l’amour, les peaux qui s’épousent, les doutes et les angoisses de ne pas savoir faire, d’être trop ceci, pas assez cela. Des premières fois tout en nuances pour dire ce saut dans l’inconnu, les tremblements, l’invention d’un nouveau langage, la sauvagerie et la douceur mêlée… Il y a du beau, du doux, du tendre. Il y a la peur, la rage du désir, les soupirs, l’urgence des corps qui se cherchent. Il y a ces Non qu’on ne veut pas entendre, cette violence sourde parfois, ces déceptions aussi qui ouvrent un autre chemin. C’est à la fois très juste, très actuel et désarmant de naturel. C’est cru, émouvant, drôle, érotique, vivant. Loin de ces images hyper-sexualisées qui envahissent les écrans, loin des stéréotypes et des clichés de ce qui doit ou ne doit pas être.

 

« Et dans la vraie vie, faire l’amour, c’est comment ? »

 

Et ce bonheur de retrouver dans ce recueil des plumes connues et appréciées pour évoquer cette « première fois » qui ne ressemble jamais à ce qu’on avait imaginé ou prévu. Sans tabous, sans complaisance et sans fausse pudeur. Mentions spéciales à Action ou vérité de Manu Causse, Odessa de Cécile Chartre, Fixer les vertiges de Antoine Dole, Sans elle de Gilles Abier… Pour tout un tas de raisons personnelles pas tout à fait objectives, ces nouvelles m’ont touchée, émue, bousculée…

 

Un recueil à glisser entre les mains des grands ados pour leur permettre d’inventer cette première fois qui n’appartient qu’à eux…

 

Avec par ordre alphabétique Gilles Abier, Sandrine Beau, Clémentine Beauvais, Benoit Broyart, Manu Causse, Axl Cendres, Cécile Chartre, Rachel Corenblit, Antoine Dole, Chrysotome Gourio, Driss Lange, Tai Marc Le Tanh, Hélène Rice, Arnaud Tiercelin, Emmanuelle Urien et Séverine Vidal.

 

Et une nouvelle pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

Les avis de Cathulu, Martine et Pépita

 

Editions Eyrolles (Septembre 2017)

190 p.

Recueil coordonné par Séverine Vidal et Manu Causse

 

Prix : 14,90 €

ISBN : 978-2-212-56737-3

 

pepites_jeunesse

Emma G. Wildford – Zidrou / Edith

Dès la sublime couverture, la séduction est immédiate. Deux rabats qui renferment l’album comme un bijou au cœur d’un coffret, un papier précieux qui annonce déjà l’émerveillement que fera naître le dessin raffiné d’Edith, une photo, un ticket d’embarquement, une lettre glissés entre les pages…  L’éditeur fait mouche avec cette fabrication soignée et élégante. Et déjà, la grande fan de Zidrou que je suis trépigne devant la promesse de ce nouveau voyage…

 

Dans l’Angleterre bien pensante des années 20, Emma détonne. Jamais vraiment là où on l’attend, prête à tous les écarts, la jeune femme n’a pas la langue dans sa poche et ne se prive pas de dire haut et fort ce qu’elle pense. Sa liberté dérange, tout comme ses poèmes qui étalent ses rêves et ses espoirs au grand jour.

 

Impossible pour cette rebelle en jupons d’attendre sagement le retour de son fiancé parti depuis quatorze mois pour une expédition en Laponie. S’il le faut, elle débarquera tous les jours dans les salons de la National Geographic Society pour tenter d’obtenir des informations sur le lieu où il pourrait se trouver depuis son embarquement à bord du Kinship. Dans ces cercles habituellement interdits aux femmes, Emma a la délicatesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Et si son entêtement et son aplomb agacent ou font sourire, il ne viendrait pas à l’idée des vieux sociétaires de se mettre en travers de son chemin. Sans attendre une quelconque bénédiction, Emma décide de partir à la recherche de son fiancé en montant sa propre expédition. Elle laissera derrière elle cette enveloppe que lui avait confiée Roald avant de partir. Une enveloppe qu’elle n’était censée ouvrir que dans le cas où il lui arriverait malheur. Inimaginable pour Emma. L’enveloppe restera scellée, renfermant tous ses secrets…

 

Happée dès les premières planches. Par le scénario ô combien romanesque du talentueux Zidrou, par cet incroyable portrait de femme, par les paysages sublimes de beauté qui naissent sous les crayons virtuoses d’Edith. Romanesque oui, mais pas sirupeux, loin de là… Ce serait mal connaître Zidrou. Son héroïne subjugue. Moderne, passionnée, incontrôlable, déraisonnable, entêtée, prête à piétiner les conventions et à prendre les plus grands risques pour retrouver son amour perdu. Ou pour se trouver, elle. Quitte à prendre la réalité en pleine face… L’aventure, devenue quête intime, prendra des tournants inattendus…

 

Le talent de conteur de Zidrou trouve dans le dessin élégant et aérien d’Edith un écrin à sa mesure. Coup de cœur pour cet album bijou qui vous fera voyager… et bien plus encore ! ♥

 

Une lecture que je partage avec Jérôme, lui aussi sous le charme !

Éditions Soleil (Novembre 2017)

Collection Noctambule

102 p.

 

Prix : 19,99 €

ISBN : 978-2-302-06397-6

 

 

BD de la semaine saumon

 

D’autres bulles à découvrir chez…

 

 

           

           Jérôme                          Nathalie                          Blandine                            Mo’

 

 

           

           Saxaoul                        Jacques                            Karine                           Amandine

 

 

          

            Mylène                            Blondin                           Natiora                          Azi Lis

 

 

            

   Petit carré jaune                    Khadie                             Bouma                           Caro

 

 

   

                          Sabine                                           Soukee

Les Chroniques d’Hurluberland 2 – Olivier Ka

C’est avec le sourire aux lèvres que j’ai retrouvé ces chers Hurluberlandais rencontrés l’année dernière ! Vous ne les connaissez pas ? Alors ne trainez pas et rejoignez ce village pas comme les autres… et ses habitants pas comme les autres. Possible par contre que vous ayez du mal à les quitter, possible que vous cherchiez un joli petit terrain pour y installer votre maison, possible que très vite vous ayez l’impression de faire bel et bien partie de cette joyeuse tribu un brin fantasque qui ne fait rien, mais rien comme tout le monde !

 

A Hurluberland, les jours se suivent… et ne se ressemblent jamais. Si un jour toutes les chaussures du village se carapatent pour se jeter à la mer c’est qu’il doit y avoir une raison. Rien d’étonnant non plus à ce que chaque habitant se mette à creuser sous son paillasson à la recherche d’un mystérieux trésor. Et si dans le ciel vous croisez l’institutrice en plein vol ou que vous vous mettez à observer comme hypnotisé une nouvelle étoile aux étranges pouvoirs… pas de doutes, vous êtes bien à Hurluberland. Un pays un peu fou où les champignons peuvent peser 30 kilos et où certains breuvages peuvent capturer les rêves, vous faire perdre la mémoire et même vous permettre de voir des choses qui n’existent pas…

 

Étrange, vous avez dit étrange ? Pas tant que ça finalement… Rendez vous sur la place du village, poussez la porte d’Alphonse Sauçobeurre l’aubergiste, vous risquez d’y croiser Hubert Graissecochon l’éleveur de porc, le pauvre Emilien Petiboulo, Joseph Boudeficelle le cultivateur de potirons, Albert Grantravo le bâtisseur de maisons gourmandes, Adelaïde Bellétoffe la couturière, Hector Boulocarré le boulanger ou encore Auguste Barbefolle le bourgmestre. Pas toujours très sages, impatients, jaloux, menteurs, envieux… vous verrez, ils vous ressemblent bien plus que vous ne le croyez…!

 

Un vrai bonheur de retrouver la bonne humeur communicative des Hurluberlandais ! Ces dix nouvelles chroniques sont à faire fondre sous la langue pour les savourer pleinement. Originales, bourrées d’humour, fantasques, elle ont ce petit goût inégalable des contes de notre enfance et des histoires du soir qu’on écoutait pelotonnés sous la couette. Des histoires qu’on a d’ailleurs furieusement envie de lire à voix haute à ses propres enfants pour avoir le bonheur de voir leurs sourires et leurs yeux écarquillés. Magique !

 

Une lecture pépite que j’ai pris à nouveau grand plaisir à partager avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

Mon avis sur le tome 1

 

L’avis de Pépita

 

Editions du Rouergue (Septembre 2017)

Collection Dacodac

155 p.

Illustrations de Juliette Barbanègre

 

Prix : 9,50 €

ISBN : 978-2-8126-1439-2

 

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Jean Doux et le mystère de la disquette molle – Philippe Valette

23 décembre 1994. La journée de Jean Doux commence mal. En retard à une réunion très importante, il apprend à son arrivée que celle-ci a eu lieu sans lui et que l’entreprise de broyeuses à papier pour laquelle il travaille depuis des années vient de se faire racheter. Le patron est furax et le convoque dans son bureau non sans lui avoir annoncé qu’il allait devoir raccourcir sa cravate, humiliation suprême pour cet employé modèle. Surpris par des employés dans un ancien bureau devenu débarras où il s’était planqué pour fumer une clope, Jean Doux fait une découverte étonnante en voulant cacher son mégot dans le faux-plafond…

 

Une mallette. A l’intérieur, une vieille disquette datée de 1976. Dessus, le nom d’un programme obscur, Abbot Augustus Low. Après quelques recherches à l’aide de deux collègues mis dans la confidence, il découvre que celui ci serait l’inventeur méconnu de la machine à broyer le papier ultime. Le début d’une aventure trépidante au cœur de l’entreprise…

 

Si, comme moi, vous avez grandi dans les années 80-90, préparez-vous à une bonne tranche de rigolade avec cet album réjouissant et totalement inattendu ! Jean Doux, sorte de super-héros qui s’ignore tendance beauf, a le charme improbable d’un Mario Bros en passe de sauver le monde avec son tournevis et sa clé de 8. Mais Jean Doux, c’est avec une disquette molle (mais si, souvenez vous, celle d’avant la disquette dure, l’ancêtre de votre bonne vieille clé USB) qu’il va peut-être sauver le monde, ou plutôt sauver son entreprise des vilains pas beaux qui l’ont rachetée et projettent de licencier tout le monde. Il y a un petit côté jeu vidéo d’ailleurs dans cet album délicieusement rétro et complètement barré où on suit le héros dans sa quête improbable. Bien malin par contre celui qui arrivera à deviner les obstacles et rebondissements à venir !

 

Car oui, cet album complètement fou est une véritable enquête policière en open space doublée d’une aventure trépidante à la sauce Indiana Jones ! Philippe Valette s’en est visiblement donné à cœur joie en jouant à fond la carte de la caricature et de la dérision. Un suspense haletant dans l’univers inattendu du monde terne et peu folichon de l’entreprise, il fallait oser ! Sur les traces de la mythique broyeuse de niveau 12 capable de détruire le papier au niveau atomique, Jean Doux n’est pas au bout de ses surprises… et le lecteur non plus !

 

Belle brique de plus de 300 pages, Jean Doux et le mystère de la disquette molle est un OVNI classieux et atypique absolument génial ! Situations improbables, dialogues drôlissimes, personnages caricaturaux, références cultes aux 90’s, graphisme inventif et décalé… je ne peux que saluer le choix du jury Landerneau BD qui vient de lui décerner son prix. Il succède au palmarès à Loo Hui Phang et Frederik Peeters, lauréats 2016 avec L’Odeur des garçons affamés. Du bon encore !

 

Bref, je suis conquise ! Monsieur Valette, chapeau, j’ai ri, et pas qu’un peu ! Je recommande plus que chaudement !

 

Editions Delcourt (Janvier 2017)

Collection Tapas

304 p.

 

Prix : 29,95 €

ISBN : 978-2-7560-7933-2

 

BD de la semaine saumon

Chez Mo’

Kill the Indian in the child – Elise Fontenaille

On apprend d’abord que l’histoire que l’on va lire s’inspire d’une histoire vraie. On lit ce titre et ce sous-titre, « le crime d’exister », qui disent l’indicible. On s’attend à un récit dur, de ceux qui laissent des traces et restent gravés longtemps dans la mémoire. On est pourtant bien loin du compte…

La postface révèle des faits insensés et des chiffres qui donnent la nausée. Des faits inhumains et insoutenables longtemps restés sous silence. On découvre l’existence de ces pensionnats catholiques dirigés pendant plus d’un siècle par des nonnes et des prêtres. Plus d’une centaine au Canada. Des « Residential Schools » où plus de 150 000 enfants indiens ont subi les pires sévices et humiliations visant à « sauver leurs âmes » en extirpant le « sauvage » en eux. Au moins 30 000 enfants auront trouvé la mort dans ces prisons et lieux de torture qui ne disent pas leur nom. La dernière de ces écoles a été fermée en 1996. Hier…

 

Mukwa fait partie de ces enfants indiens à rééduquer. A 11 ans il est envoyé de force à Sainte Cécilia, un pensionnat canadien aux méthodes éducatives radicales. Privation de nourriture, coups, humiliations, viols et chaise électrique… « Kill the Indian in the child ». Tuer l’Indien dans l’enfant. Qu’importe finalement si l’enfant survit ou nom, le cimetière caché du pensionnat pourra bien accueillir une tombe anonyme de plus.

Mukwa devient numéro 15. Il courbe l’échine, se fait un ami et jure de s’enfuir de l’enfer pour rejoindre ses parents et ses sœurs restés vivre à la réserve. Sa mère était si fière de sa longue chevelure tressée, ils risquent de ne pas le reconnaître avec sa tête rasée. Les pires sévices n’y feront rien, Mukwa ne reniera jamais sa culture, sa religion, ses origines, ses racines…

 

« Un petit Indien mort de plus ou de moins,

les Blancs n’en avaient pas grand-chose à faire… »

 

Un scandale méconnu qui donne froid dans le dos. Un fait divers sordide qui fait écho à toutes ces morts anonymes. Le récit, court, ne souffre pas qu’on le pose. Elise Fontenaille s’est inspirée de l’histoire de Chanie Wenjack, un indien ojibwé retrouvé mort de froid en 1966 après avoir fui son pensionnat. Son histoire avait mis le feu aux poudres et contribué à révéler l’existence de ces écoles. Aujourd’hui encore, les Indiens continuent de se battre pour obtenir réparation. L’auteure se fait leur porte parole et leur donne une voix. Le récit est édifiant, souvent insoutenable. Glaçant. Essentiel.

 

Une pépite jeunesse à mettre dans les mains des grands ados, dès 14 ans. Et une lecture que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi.

 

Editions Oskar (Septembre 2017)

Collection Société

94 p.

 

Prix : 9,95 €

ISBN : 979-10-214-0592-9

 

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Et si l’amour c’était aimer ? – Fabcaro

« Tu sais, l’amour est une chose fragile et insaisissable… Un jour elle est là, comme un poney qui galope dans l’enclos des jours heureux, et puis un jour, pof, elle a disparu, elle s’est échappée et s’est fait écraser par une voiture de location sur la piste d’aéroport de la vie…

Alors le poney n’existe plus, on croit qu’il est encore là parce qu’il survit dans nos cœurs, mais en réalité il est mort, son âme s’est envolée vers l’arc-en-ciel de l’indifférence, tu comprends ?… »

 

Sandrine aime Henri et Henri aime Sandrine. Henri travaille toute la journée dans une start-up aux obscurs desseins pendant que Sandrine l’attend tranquillement dans leur immense maison sans enfants. Sandrine voue un véritable culte à Henri grâce à qui « la vie est une suite de surprises renouvelée chaque jour ». Henri est beau, Henri est grand, Henri est riche…. Jusqu’à ce que le destin facétieux mette sous les yeux chastes de la femme au foyer désœuvrée le corps musclé et le visage d’ange de Michel, rockeur torturé et ultra engagé, livreur de Speed macédoine pour arrondir ses fins de mois. Et c’est le coup de foudre…

 

« Tout à coup, Sandrine sentit tous ses sens s’enflammer tel un incendie se propageant dans la forêt de son corps. Le regard de cet homme, noir comme une nuit sans lune, la magnétisait tel un aimant dont elle ne pouvait se détacher. »

 

La suite est un enchaînement de soleils radieux, de feux d’artifice et de lâchers de paillettes scintillantes. Le beau livreur sonne chaque soir à la porte, Henri se nourrit exclusivement de macédoine et les amoureux transis démarrent une idylle secrète, fusionnelle et exaltante, loin de la banalité du quotidien, des samedis passés au super U, des lave-vaisselles à vider et des pâtes qui collent. Des rendez-vous volés, des animaux qui copulent allègrement sous leurs yeux, des confessions intimes. Le bonheur XXL. L’amour, le vrai.  Et si l’amour c’était aimer ?

 

Oh mes aïeux comme j’ai ri, mais comme j’ai ri !!! J’en ai encore la mâchoire endolorie tant mes zygomatiques ont été mis à rude épreuve, c’est dire ! Prenez un vieil Harlequin vintage de votre grand-tante, mixez le tout avec les romans-photos kitchissimes dont raffolait votre mamie Huguette et que (avouez…!) vous adoriez lui piquer en cachette, parsemez le tout de comparaisons ô combien inspirées (Jean-Pierre François, sort de ce corps…!)… et vous obtenez un OVNI absolument désopilant à la sauce Fabcaro ! Un Fabcaro à son meilleur, totalement absurde, absolument foutraque, complètement hors des clous, qui s’amuse à piétiner joyeusement les références cu-cultes des romans à l’eau de rose tout en faisant un clin d’œil appuyé aux romans-photos typiques des années 80. Le point de départ d’une grosse poilade qui risque bien de vous faire perdre toute crédibilité en public…!

 

Nouveau coup de génie pour l’auteur de Zaï zaï zaï zaï ! Narration délirante, décalage hilarant entre l’image et les dialogues, apartés délicieusement fous, parodie poussée à l’extrême… cet album est un véritable remède contre la « tristitude » ambiante ! J’en ai déjà lu quelques morceaux choisis à mes enfants attirés par mes rires discrets (la relève mes amis, la relève !) et à l’heure où j’écris ces lignes, je l’ai déjà lu 3 fois. Je ne m’en remets pas !! Album de l’année les bulleurs, foncez !!

 

Et un mega coup de cœur que je partage avec Jérôme.

 

Allez, un p’tit dernier pour la route, vous avez 4 heures 😉

 

« Je vais écrire pour elle la plus belle chanson d’amour qui ait jamais existé…

Car en réalité, l’art n’est-il pas le meilleur exutoire qui soit ? Le baume au coeur, l’élixir qui redonne vie, le pansement qui cicatrise ? L’acte de création n’est-il pas au fond la seule pulsion capable d’égaler celle d’aimer et, par la même, être le seul remède à la blessure d’amour ? Car enfin l’amour et l’art ne sont-ils pas deux frères siamois nés d’une même matrice divine ? »

 

 

Éditions 6 pieds sous terre (Novembre 2017)

Collection Monotrème

56 p.

 

Prix : 12,00 €

ISBN : 978-2-35212-135-0

 

BD de la semaine saumon

… chez Stephie

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Miss Pook et les enfants de la Lune – Bertrand Santini

Cramponnez-vous fermement. Fermez les yeux si vous avez le vertige ou le mal de l’air. Respirez calmement et regardez la Terre s’éloigner à mesure que vous vous approchez de… la Lune…

 

A dos de dragon, le voyage intergalactique se fait en un claquement de doigts. A peu près le temps qu’il a fallu à l’énigmatique Miss Pook, pseudo gouvernante anglaise aux bonnes manières et à la mise impeccable, pour convaincre la jeune Elise Dubenpré d’abandonner ses parents et de la suivre sans sourciller dans une échappée des plus fantastiques. Une simple signature de la jeune fille au bas d’un certificat d’adoption, une disparition providentielle, l’arrivée dans un château lunaire qui abrite des habitants des plus étonnants… et l’étrange Mary Poppins pourra dévoiler sa vraie nature… et ses vrais desseins…

 

Après Hugo de la nuit, Santini l’enchanteur continue d’explorer son côté sombre et je m’en réjouis ! C’est peu dire que cet univers lui va comme un gant, mieux, il lui permet de donner la pleine mesure de son talent de véritable raconteur d’histoires. Fantaisiste, poétique, drôle, inattendu, son nouveau roman nous plonge dans un monde fantasmagorique et irréel peuplé de créatures aussi effrayantes que surnaturelles. Et on adore ça ! Monstres légendaires, personnages tout droit issus de contes horrifiques, âmes torturées, êtres maléfiques peu recommandables… le bestiaire fantastique de l’auteur semble infini tant il s’amuse à se jouer des peurs enfantines tout en faisant référence aux grands mythes qu’il prend en malin plaisir à mettre à sa sauce. Brillant !

 

Cerise sur le gâteau, l’auteur installe une partie de son univers dans le Paris du début du XXe siècle, un Paris qui commence tout juste à s’habituer à la présence de la Tour Eiffel et qui découvre d’un œil goguenard l’avènement de l’automobile. Entre autre. Un mélange des genres profondément réjouissant qui donne lieu à des scènes des plus cocasses et à des dialogues jubilatoires. Quant au final mes aïeux…. C’est malin monsieur Santini, drôlement malin ! On piaffe, on piaffe, vivement cette satanée suite crrrrrrrrrrrénon….!

 

Pépite jeunesse, cela va sans dire, n’est-ce pas Jérôme ?

 

Les avis de MyaRosa et Pépita, Za

 

Du même magicien sorcier auteur sur le blog : Le YarkL’étrange réveillonLe journal de GurtyLe journal de Gurty. Parée pour l’hiverLe journal de Gurty. Marrons à gogoL’esprit de Lewis

 

Éditions Grasset jeunesse (Novembre 2017)

192 p.

Couverture magnifiquement illustrée par le brillantissime Laurent Gapaillard

 

Prix : 13,90 €

ISBN : 978-2-246-86055-6

 

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David Bowie n’est pas mort – Sonia David

Quand un roman est trop « intime », j’ai deux façons de l’aborder… Je peux y entrer sur la pointe des pieds, me faire toute petite pour ne pas déranger, tendre l’oreille doucement, regarder par le trou de la serrure et devenir le témoin discret et silencieux d’une histoire personnelle qui sous le prisme du roman devient presque universelle. Dans ce cas là, l’expérience est souvent bouleversante, parce qu’elle réveille des peurs viscérales sur la perte des êtres qui nous sont chers, parce qu’elle fait écho et résonne, longtemps… Je peux aussi regarder se dérouler l’histoire en simple spectateur, voir les êtres de papier évoluer sous mes yeux sans ressentir la moindre émotion, passer au large sans m’impliquer, sans réussir à faire le lien avec ma propre vie, sans que le cœur batte un peu plus fort…

 

« Toutes les quatre, nous expérimentons à nouveau l’évidence d’être une famille, chose étrange, dont on ne sait pas très bien s’arranger quand si longtemps nous nous en sommes fichues, chacune occupée à se dépêtrer de l’enfance. »

 

J’aurais voulu entrer dans cette histoire et ressentir l’émotion visiblement sincère de l’auteure. J’aurais voulu m’attacher à ces sœurs dans ces moments que l’on sait devoir vivre un jour mais dont on repousse au plus loin la simple idée. J’aurais voulu faire partie de cette famille à la fois brinquebalante et solide qui vacille de ses fragiles fondations à la mort de la mère, puis du père. J’aurais voulu comprendre l’intérêt de la « présence » de David Bowie dans tout ça…

 

Peut-être que je m’attendais à autre chose. Les petits riens du quotidien qui font la trame des souvenirs, ces fils qu’on tisse doucement, ces accrocs qu’on reprise… Je ne les ai pas trouvés. Sur le thème du deuil et des liens familiaux, je garde en tête les très beaux livres de Sophie Lemp et Anne Goscinny. Des textes simples et pudiques, des textes qui ne mentent pas et ont provoqué en moi une véritable émotion. Il y a du vrai, oui, dans le roman de Sonia David. Tout ce qu’elle décrit de la complexité des liens familiaux, de cette distance qu’on prend parfois, de ces chemins qui éloignent des êtres qui s’aiment trop, ou mal, parce qu’ils n’ont pas le choix. Tous ces regrets et rancœurs qui s’accumulent et ces douleurs, brutales, qui remettent tout en perspective. Il y a du vrai oui. Mais je n’y ai pas cru…

 

Les avis de Alex, Antigone, Cathulu, Charlotte, Cuné, Delphine-Olympe, Joëlle, Lucie, Sabine

 

Éditions Robert Laffont (Août 2017)

174 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-221-20028-5

 

#MRL17

By Hérisson

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Amorostasia tome 3 : … et à jamais – Cyril Bonin

Amorostasia ne devait au départ être qu’un one-shot. Et je l’avais tellement aimé, quelle belle idée que cette maladie d’amour, et quelle fin sublime…! J’étais du coup très sceptique en apprenant que Cyril Bonin avait voulu donner une suite à son histoire, et effectivement, j’étais ressortie déçue du second tome, la trouvant moins magique, presque superflue… Mais j’ai vite su que son auteur avait travaillé son scénario pour en faire une trilogie, c’est donc avec impatience et fébrilité que je me suis précipitée sur ce dénouement pour enfin savoir ce qu’il avait derrière la tête… Et là, je suis bien obligée de l’admettre… c’était finement joué !

 

Petit retour sur l’histoire… Souvenez-vous. l’Amorostasie est une maladie dont on ne sait rien si ce n’est qu’elle ne touche que ceux qui s’aiment d’un amour pur et profond. L’Amorostasie frappe sans prévenir, que l’on soit jeune ou vieux, marié, en couple ou non… et fige les amoureux dans une sorte de transe inexplicable. Sur leur visage, un étrange sourire béat, dans leurs yeux, une étrange lueur. Les « malades » ont l’air profondément heureux… L’épidémie se répand comme une trainée de poudre et les autorités sont vite dans l’obligation de prendre des mesures. Les femmes, jugées responsables de la pandémie, sont contraintes de porter un brassard noir orné d’un cœur. L’Anamorax est mis sur le marché pour empêcher la naissance des sentiments. Certains, dans l’ombre, préfèrent courir le risque et vivre libres. Olga Politoff et son compagnon Kiran Narayanan sont eux les deux seuls « amorostasiés » à être revenus à la vie…

 

Trois ans plus tard, l’Amorostasie continue de faire des victimes. A Paris, un homme cagoulé agresse les « séductrices » porteuses du fameux brassard en leur découpant sauvagement des mèches de cheveux. La peur s’installe chez une partie de la population qui préfère vivre cloitrée et tout faire à distance. D’autres rêvent de se faire « figer » et n’y parviennent pas… A l’approche des élections, le Mouvement Pour La Foi et son leader Farkas montent sensiblement dans les sondages. Citant la Bible, ils appellent au retour à l’ordre moral… Olga et Kiran eux, apparemment immunisés contre la maladie, débutent leur vie à deux et apprennent à se connaître dans le « monde réel ». Cet amour qui leur est tombé dessus, ils vont devoir l’apprivoiser et le faire durer. Au même moment, le chef de l’état est retrouvé figé dans ses appartements…

 

« L’amour est comme une vague, il est difficile

d’être en permanence au sommet ».

 

Voilà, il a tout compris Cyril Bonin. Tout compris à l’amour, tout compris au couple, tout compris à ces montagnes russes, à ces phases de creux, à ces pics que les amoureux traversent ou subissent. Son Amorostasia dit tout ça. Le coup de foudre, les affres du désir, les vertiges, les cœurs qui palpitent… mais aussi les doutes, l’ennui, l’agacement face à cet « autre » qui est si différent de nous. J’ai eu un peu peur au départ que l’histoire de prenne un tournant trop politique. Il n’en est finalement rien et je m’en réjouis…

 

Côté dessin, je suis toujours aussi fan du noir et blanc de Cyril Bonin, d’une pureté incomparable… Douceur du trait, élégance, sobriété, impossible pour moi d’y rester insensible. Cette trilogie a décidément un charme fou, certains chanceux auront peut-être la chance d’ailleurs de découvrir la belle intégrale au pied de leur sapin ♥

 

Du même auteur sur le blog : QuintettChambre obscure L’homme qui n’existait pasThe Time beforeLa délicatesseAmorostasia tome 1Amorostasia tome 2

 

Le blog de l’auteur

Éditions Futuropolis (Novembre 2017)

120 p.

 

Prix : 20,00 €

ISBN : 978-2-7548-2149-0

 

BD de la semaine saumon

 

D’autres bulles à découvrir chez…

 

           

          Blandine                         Maël                               Sabine                              Mo’

 

 

           

         Jérôme                         Amandine                         Bouma                             Nathalie

 

 

           

           Natiora                         Gambadou                          Mylène                                  Sab

 

 

            

         Saxaoul                            Karine                             Hélène                       Blondin

 

 

            

            Moka                        Estelle Calim                     Khadie                           Sandrine

 

 

    

          Soukee                             Caro

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D’un trait de fusain – Cathy Ytak

Cathy Ytak a écrit le roman que j’attendais. Un roman rempli de rage, d’espoir, de révolte et d’amour… Il y a un cœur qui bat dans ce roman. Des cœurs qui battent à l’unisson, une belle famille de potes qui se sont choisis, des larmes, des silences, des cris, la vie qui va… Entre ces pages, l’espoir de lendemains qui chantent, des papillons dans le ventre, des cicatrices indélébiles et des gueules de bois dont on aura du mal à se relever…

 

Marie-Ange, Monelle, Julien, Sami, Joos. Différents mais unis par ce même élan de liberté, loin des carcans et des tyrannies qu’on leur impose. L’art comme une fenêtre ouverte. Dessiner un avenir radieux, gommer les barrières. Être libre, coûte que coûte, avoir enfin le choix. Crier son envie d’être soi, tout faire voler en éclats, ouvrir les yeux…

 

1992. Ils ont l’âge des amours vertiges, des passions urgentes, des peaux qui se cherchent. 1992. Une vie de promesses, des « demains » toujours possibles, des histoires d’amour comme des tempêtes. 1992. L’épidémie de Sida comme une épée de Damoclès. Mourir d’amour, mourir d’aimer…  On en parle, mais si peu. Les tragédies ne touchent toujours que les autres, les drames arrivent toujours ailleurs. Marie-Ange, Monelle, Julien, Sami, Joos. Au cœur du tumulte, ils vont prendre la vie de plein fouet…

 

« S’habituer… S’habituer à passer du rire aux larmes en quelques secondes. De la plaisanterie la moins fine à la peur la plus forte. Avec la mort infiltrée. Mais sérieusement, quand on a dix-sept ou dix-huit ans, ça veut dire quoi, mourir, si on a rien vécu ? »

 

J’avais 16 ans en 1992. C’est dire si ce roman a fait écho en moi… D’un trait de fusain est un roman magistral… Je suis tombée en amour pour tous les personnages tant ils sont beaux, lumineux et justes. Ils ont les fêlures et la force de leur âge. Ils ont le courage des innocents. Chacun d’entre eux, à sa façon, va changer au contact des autres. Intimement. Profondément. Chacun d’entre eux va apprendre à se connaître, éprouver ses limites, les dépasser parfois… Et quel souffle de vie, quelle force !

 

Merci Cathy… Merci pour ces mots si précieux. Merci pour le cœur qui bat. Merci pour cette mise à nu… Je n’étais pas préparée à ça. Et je suis tellement admirative ! Ce roman entre tout droit dans mon petit panthéon d’indispensables. Il m’a rappelé l’essentiel… ♥

 

Un grand roman, une pépite parmi les pépites à faire lire au plus grand nombre… et un immense coup de cœur que je partage avec Jérôme

 

L’avis de Pépita

 

Éditions Talents Hauts (Septembre 2017)

Collection Les Héroïques

256 p.

 

Prix : 16,00 €

ISBN : 978-2-36266-197-6

 

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