Naissance des cœurs de pierre – Antoine Dole

C’est bientôt le tour de Jeb. A 12 ans, il va enfin entrer dans le Programme, recevoir son injection et commencer son traitement quotidien qui l’empêchera de ressentir une quelconque émotion. Bientôt, il sera comme sa mère, éteint, lointain, sans âme… Le prix à payer pour que la Communauté ne bascule pas à nouveau dans le chaos. Le Nouveau Monde est aseptisé, réglementé. Pour s’y conformer, Jeb devra abandonner ce qui le constitue, ses doutes, ses peurs, ses envies. Trouver normal l’apathie et l’absence d’amour de sa mère. Et devenir un cœur de pierre…

 

Loin de ses amis et de ses habitudes, Aude entre en seconde dans ce lycée huppé que ses parents ont choisi pour elle. Surtout ne pas décevoir, elle est là pour réussir. Proie idéale, elle devient la cible d’élèves qui transforment sa vie en enfer. Humiliations, brimades, Aude se fait fantôme et se réfugie dans une partie du lycée interdite aux élèves pour cause de travaux. Là bas, au milieu des planches et des gravats, elle tombera sur un surveillant, Mathieu, prêt à garder le secret, prêt à l’entendre, prêt à l’aimer peut-être. Et tout changera…

 

« C’est ainsi que ça fonctionne : il faut tout effacer. Tout le doux, tout le rugueux aussi. Pour que rien ne nous distingue plus les uns des autres. »

 

Et tout l’art d’Antoine Dole va être de faire résonner ces deux destins… On retrouve dans Naissance des cœurs de pierre cette plume à fleur de peau, ce talent brut et cette discrète fragilité qui affleure derrière chaque mot. On y lit la fin brutale de l’enfance, l’amour qui blesse, qui se dérobe ou se refuse. On y ressent l’urgence des mots qui sauvent, le poids des silences, l’intensité des émotions qu’on murmure en sourdine…

 

Avec cette narration alternée qu’il maitrise à la perfection, Antoine Dole explore le monde de la dystopie tout en restant les pieds bien ancrés dans celui qui nous entoure. Si ça « cogne » moins, ce n’est qu’une apparence… Une façon inattendue de dire les blessures de l’intime, celles qui font mal et laissent les chairs à vif, celles qui laissent leur empreinte, longtemps… Jeb et Aude. Aude et Jeb. Le lecteur attentif et habitué à la plume de l’auteur saura peut-être instinctivement quel est le fil qui les relie. Le choc n’en sera pas moins profond tant l’auteur n’est pas habitué à ménager son lecteur, à l’image de ces dernières pages que l’on tourne le cœur serré… ♥

 

Une nouvelle pépite jeunesse d’un auteur chouchou que je partage avec Jérôme.

 

Le site de l’auteur

 

Éditions Actes Sud junior (Août 2017)

Collection Romans ado

160 p.

Prix : 14,50 €

ISBN : 978-2-330-08141-6

 

pepites_jeunesse

By Hérisson

Là où vont les fourmis – Plessix / Le Gall

Il était une fois dans un pays lointain à une époque qui l’est tout autant dans « un village oublié de tout le monde »Là où vont les fourmis aurait pu commencer par cette formule presque magique qui ouvre la porte des contes. Il aurait pu être une invitation au rêve, au voyage et à l’imaginaire. Il aurait pu dire poétiquement le monde… Et oui, cet album là c’est un peu tout ça et aussi plein d’autres choses. D’autres fenêtres sur un ailleurs un peu plus beau tant il se rapproche du monde de l’enfance tout en rappelant aux adultes qu’il est important qu’ils gardent cette âme un peu naïve capable de s’enchanter d’un rien…

 

« Les fourmis, elles, nous emmènent partout

où nous rêvons d’aller. »

 

Michel Plessix est un enchanteur. Était. Quelle grande tristesse… Son trait est reconnaissable entre mille. Et dans son dernier album, il nous embarque immédiatement vers une destination inconnue. Et comme le jeune Saïd, nous suivons cette procession étonnante de fourmis dans le désert… Qu’il y a-t-il au bout de leur chemin ? Une réponse ? Un trésor ? L’amour ? Le bonheur ? Mystère… Tellement tentant de délaisser ce troupeau de chèvres dont un grand-père tombé du ciel lui a imposé la garde. Mais faut-il croire aux rêves ? Quel crédit accorder aux dire d’une vieille chèvre philosophe qui n’a pas la langue dans sa poche ?

 

On s’y sent bien dans cet album. On s’y installe et on aimerait ne plus en sortir. C’est douillet, accueillant et tendre. On pourrait croire qu’il ne s’y passe pas grand chose et pourtant. Merveilleux raconteur d’histoires, Michel Plessix s’associe avec bonheur aux mots de Franck Le Gall et réveille nos souvenirs d’enfance, rien que ça. Tout est dans la naïveté désarmante du jeune Saïd, dans les réparties impayables de cette chèvre qui n’en est peut-être pas tout à fait une, dans ces nuits étoilées propices au rêve, dans ces réponse qu’on n’attend pas mais qu’on cherche un peu sans le savoir. La balade est belle, on admire le paysage, on s’attache à ces compagnons de route pas banals, on prend son temps tout en repensant à ces contes qui nous berçaient enfant… Quelques sortilèges, un soupçon de magie, des petits bouts d’ailleurs… Il n’en faut pas plus ♥

 

Les avis de Cristie, Framboise, Jérôme, Sabine, Violette

 

Lire aussi l’hommage de Jérôme à ce grand monsieur. Merci à toi pour ce précieux cadeau ♥

Éditions Casterman (Septembre 2016)

63 p.

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-203-09821-3

 

BD de la semaine saumon

Chez Stephie

La camionnette blanche – Sophie Knapp

Depuis qu’elle a fait sa rentrée en 6e, Clémentine accède un peu plus à cette liberté qu’elle espérait depuis des mois. Sa mère finissant sa journée de travail trop tard pour venir la récupérer à la sortie du collège, chaque lundi, elle fait seule le chemin jusqu’à chez elle. Et elle y tient beaucoup. Mais un lundi, tout dérape… Dans une petite rue peu passante, elle se fait interpeller par un homme à l’intérieur d’une camionnette blanche garée le long du trottoir. Méfiante, il suffira pourtant de quelques secondes pour qu’elle voie ce qu’elle n’aurait pas dû voir…

 

De retour chez elle, Clémentine est effondrée et ne sait pas mettre des mots sur l’évènement fugace et pourtant extrêmement choquant qui vient d’avoir lieu. L’image encore figée sur la rétine, tenaillée par la peur et l’incompréhension, Clémentine se terre dans le silence. Pas un mot à ses parents, pas un mot à ses copines le lendemain en retournant au collège. Mais il y aura d’autres lundis. Et cet homme, peut-être, qui l’attend encore dans une ruelle un peu trop calme et qui pourrait aller plus loin….

 

« J’ai terriblement besoin d’être consolée, rassurée, pourtant je ne dis rien ; je pense à ce que j’ai vu et je me sens très sale. Honteuse. Presque coupable. Je ne sais pas ce que je dois dire, ni comment le dire.

Je n’ai rien fait de mal, quelqu’un m’a fait du mal, m’a blessée, terrifiée, mais je reste silencieuse, incapable de trouver les mots justes devant ma mère qui continue à déambuler d’un placard à l’autre, comme si rien ne s’était passé. Je reste muette. »

 

Réédition d’un texte paru en 2009, La camionnette blanche sonne juste et frappe fort. Sur un sujet finalement peu abordé en littérature jeunesse, Sophie Knapp préfère se focaliser sur les conséquences de l’évènement plutôt que sur l’évènement lui-même. Poids du secret, peur, honte, incompréhension, Clémentine s’enferme dans le silence, inventant des stratagèmes pour ne pas avoir à rentrer seule du collège. Tout plutôt que revivre cette scène qui tourne en boucle dans sa tête. Tout plutôt que recroiser cet homme au souffle court dans sa camionnette blanche. Effacer ces minutes interminables de sa mémoire. Effacer cette voix. Effacer ces gestes qui lui donnent envie de vomir. Même si rien ne se voit de l’extérieur, Clémentine souffre et se sent désespérément seule face à cette douleur. La peur la paralyse et l’empêche de vivre une vie normale.

 

Sophie Knapp aborde avec intelligence le traumatisme causé par l’agression subie par Clémentine. Si l’exhibitionniste n’a pas agressé physiquement la jeune fille, cette vision a sur elle de graves répercussions psychologiques. Enfermée dans son silence, il lui faudra du temps pour s’ouvrir et se confier à ses parents, loin de s’imaginer ce qu’elle a pu traverser. Un roman qui invite au dialogue, à avoir dans tous les CDI de collège.

 

Une nouvelle pépite jeunesse que je partage comme chaque mardi avec Jérôme.

 

Éditions Petit à petit (Août 2017)

 78 p.

Prix : 7,50 €

ISBN : 979-10-95670-33-9

 

pepites_jeunesse

Qui ne dit mot consent – Alma Brami

Qui sait, au fond, ce qui se cache dans l’intimité des couples ? Ce qui se murmure une fois les portes closes, dans les replis bien lisses des existences bien ordonnées…? Qui sait, finalement, les rages qui tordent le ventre, cette impuissance à dire, à même s’avouer, que le ver est dans le fruit…?

Mais l’amour a ses raisons. Et parfois le silence est de mise. Pour garder intact le vernis des apparences, pour se mentir à soi-même, pour taire les morsures qu’on accepte sans mot dire…

 

Émilie ne dit rien. Elle accepte la vie reculée dans une campagne morose où Bernard son mari a voulu s’installer pour, dit-il, faire plaisir aux enfants. Mais les enfants ont quitté le nid. Restent des airs de vie tranquille, le calme des matins que rien ne semble pouloir perturber, cette vie à deux enfin retrouvée…

 

Émilie ne dit rien. Elle accepte avec le sourire ces « amies » que son mari lui emmène pour qu’elle ait, dit-il, un peu de compagnie. Un peu de joie dans la maison, des talons qui claquent, des valises qu’on ouvre, une connivence, une intimité à peine cachée. L’ennemi est dans la place. Il s’installe, sourit à l’envi, donne le change. Un jour, l’homme se lassera. Et l’ennemi partira. Mais un autre le remplacera… d’autres talons, d’autres sourires, d’autres mensonges. Et Émilie, encore, ne dira rien…

 

« Le temps n’effaçait rien, un mensonge de plus. Le temps émoussait les forces, les ressources. Le temps amoindrissait, écrasait, rendait muet. Les instants se nouaient les uns aux autres comme des maillons d’une chaîne très solide, qui entrave les mouvements, la fuite. »

 

Alma Brami m’a prise par surprise… Dans ce roman qu’on lit d’un souffle, les pièces du puzzle s’assemblent dans une ingénieuse chorégraphie. Mal à l’aise dans son statut de voyeur indiscret, le lecteur se fait témoin impuissant d’un piège qui se referme de façon implacable. Dans ce huis clos vertigineux de noirceur et d’ironie, l’auteure trace les contours d’une existence en pointillées, d’une vie entre parenthèses régie imperceptiblement par un bourreau qui ne dit pas son nom.

 

Brillant. Bluffant même. Je découvre la plume d’Alma Brami et je suis plus que séduite. La voix s’élève, dessine le carcan d’une vie en cage où la prisonnière qui s’ignore peine à briser des liens qu’elle tolère par habitude. Elle scande le couple fissuré, les traitrises et les bassesses. Alma Brami manie à merveille l’art du dialogue et des mots qui percutent, étonne et déroute par ces chemins inattendus qu’elle choisit de prendre pour nous raconter cette histoire dont on est loin de s’imaginer le dénouement. Chapeau !

 

Éditions Mercure de France (Août 2017)

Collection La Bleue

164 p.

Prix : 16,80 €

ISBN : 978-2-7152-4535-8

 

By Hérisson

Sa mère – Saphia Azzeddine

Mon premier de cette foisonnante rentrée littéraire, et non des moindres ! Il faisait partir de mes dix chouchous héhé 😉 J’ai, je crois bien, avalé tous les romans de cette épatante Saphia Azzeddine. Qui écrit comme on parle. Qui écrit comme on frappe. Qui écrit comme on vit…

 

Marie-Adélaïde a 28 ans. Elle porte une toque dans une boulangerie rance en zone industrielle. En attendant mieux.

 

 « Porter une toque à la caisse de La Miche Dorée quand on a une oreille tatouée et l’autre ultra percée, c’est d’une infinie tristesse. Le job ne va pas avec le parcours. Les excentricités corporelles deviennent grotesques dans une boulangerie où, pour deux baguettes achetées, la troisième est offerte. Les excentricités corporelles sont fatales quand, en plus, la miche dore en zone industrielle. »

 

Marie-Adélaïde est née sous X. Une enfance à être bringuebalée de foyers en familles d’accueil moisies. Une « vie au bord des larmes ». Une vie « pleine de bosses » où « les vendredis ressemblent au lundi ». C’est vous dire si elle morfle.

Marie-Adélaïde a un prénom qui détonne. Qui interroge. Qui offre un sursis. Et avec lui, un doudou en toile de Jouy comme seul indice.

Marie-Adélaïde est surdouée et sa lucidité est sa pire ennemie.

Marie-Adélaïde est en colère. Cherche. Se débat. Tombe. Sans cesse. Se relève. Encore. Gamberge jusqu’à l’épuisement. Ne se remet pas « d’avoir été crachée comme un vulgaire morceau de tripes, c’est comme ça que je m’envisage depuis toujours, comme une faute, un délit, un truc illicite qu’un parcours chaotique a fini par confirmer. »

Marie-Adélaïde rêve de savoir d’où elle vient. Pour savoir où elle va. Pour savoir qui elle est.

Et puis la vie va prendre un tournent. Marie-Adélaïde va être « promue », par accident, nounou des enfants de la Sublime. Un nouvel élan ? Vers qui, vers quoi ?

Marie-Adélaïde est une héroïne comme je les aime : déterminée, révoltée, intelligente, maladroite, socialement peu adaptée, drôle voire toutafé féroce, un peu barge, tendre, méchante parfois, bornée, sensible…. Une demoiselle qui a de l’ambition, de la verve et du courage à revendre.

 

Au-delà de la quête de la mère et des origines, ce roman illustre formidablement notre société et ses frontières invisibles. Raconte les colères, les amitiés, les chagrins, les rêves, les douleurs, les remords, les humiliations, les fêlures, les révoltes, les échecs, les envies, les certitudes, les déséquilibres, les abandons, les lendemains…. Dit les oubliés, les modestes, les abîmés. Ceux qu’on ne voit jamais. Ceux qui sont à la marge et qui se cherchent une place… Mais ce roman dit aussi ceux d’en haut, les riches, les dotés, les bourgeois, les privilégiés… Pas complètement mauvais !

A travers des personnages qui dépotent, Saphia Azzeddine tape juste et fort. Et c’est furieusement drôle (voire un peu cruel !) et terriblement réaliste. J’ai adoré ! Un petit bémol peut-être sur le dénouement pour en faire un parfait et total coup de cœur mais ce roman reste un régal. A découvrir absolument.

 

Extraits

 

«  J’ai bien réfléchi et j’en suis arrivée à la conclusion que je viens d’une famille de bourgeois. Pas pour me consoler mais parce que c’est logique. Les gros beaufs bouffeurs de surimi, ils les gardent les gosses, ils ne les abandonnent pas. Plus tard, les torgnoles pleuvent mais bizarrement l’affection est là. Les pauvres ont la mémoire courte parce qu’ils vivent à la petite semaine. Ce qu’ils aiment, ce sont les bébés trognons avec leurs petits petons tout mignons. Ils sont pleins d’espoir parce que c’est bon pour la santé. À défaut de manger des fruits, ils ont la banane et comme de toute façon ça ne sert à rien de tirer la gueule, autant prendre leur vie de merde du bon côté. Donc les pauvres gardent leurs gosses. Ce sont les bourgeois qui se débarrassent des mauvaises branches. Ils n’aiment pas les contraintes, peu importe leur nature, ils ont un projet de vie qu’ils n’envisagent qu’à long terme. Ils sont calmes, posés et réfléchis, les bourgeois, ils prennent du recul et regardent dans le vide pendant des plombes avant de prendre une décision. Mon grand-père a dû trancher comme ça : Tu abandonneras ce bébé et tout redeviendra comme avant. Ça a dû être bref. Comme le soupir qui l’a précédé. Ma mère a dû s’effondrer puis partir en voyage pendant quelques mois chez une tante. Les tantes servent à ça, souvent. Il y a toujours une tante dans un secret de famille. Dans le mien, il y en a une aussi, forcément. De toute façon, je ne m’en remettrais jamais si ça ne s’était pas passé comme ça. Je préfère être une gosse honteuse de la bourgeoisie qu’une morveuse voulue de la France souterraine. »

 

« Une naissance pareille, quelle humiliation. Je m’en serais foutue, moi, de ne pas partir avec les mêmes chances dans la vie ; ce que j’aurais voulu, c’est partir avec elle. Qu’elle me choisisse, qu’elle m’aime n’importe comment, j’aurais voulu être son erreur, son boulet, j’aurais préféré être tout ça à la fois, m’en plaindre mais dans ses bras. Je l’aurais aimée à la rage, à la fureur, je l’aurais aimée de toute mon âme, de tous mes os, je l’aurais fumée d’amour, cette mère, si elle m’avait serrée contre elle comme dans une camisole de force, j’aurais voulu étouffer dans ses bras, sur ses seins, mourir d’amour sur elle, contre elle, mourir sereinement plutôt que de vivre grossièrement. »

 

Éditions Stock (Août 2017)

Collection La bleue

240p.

 

Prix : 19,00 €

ISBN : 978-2-234-08174-1

Prends soin de toi – Grégory Mardon

Prends soin de toi… Ses derniers mots flottent encore dans l’air. Il y a eu un avant. Aujourd’hui, seul, il hésite encore à savoir s’il se laissera des possibilités d’après. Autour de lui les cartons s’entassent. Bientôt, il aura son propre appartement. Un nouveau chez soi à retaper pour essayer de faire fuir ces fantômes qui le hantent. Dans ces murs, avant, une vieille dame qui vient de mourir après y avoir passé presque toute sa vie. Un papier peint fleuri, un vieux linoléum à décoller, des cloisons à abattre. Tout casser pour tout reconstruire. Tout pour ne pas penser. A elle dans d’autres bras. Heureuse…

 

Puis un jour, sous le vieux lino arraché près du pallier, une lettre. Une lettre écrite en 1976 par un certain Tristan Vlanek à Suzanne Cardin, l’ancienne propriétaire de l’appartement qui a toujours vécu seule. Une lettre qui dit l’amour, l’attente et le futur à construire. Une lettre qu’elle n’a jamais reçue dans laquelle il lui propose de le rejoindre à Marseille……

 

« La lettre était comme un fantôme qui m’empêchait d’emménager. »

 

En quelques minutes, sa décision et prise et son sac à dos prêt. Il ira rendre cette lettre à son expéditeur qui semble toujours habiter Marseille. Sur le dos de sa Vespa, cette semaine pour rejoindre le Sud sera l’occasion de faire le point, de se vider la tête, et peut-être, d’avancer…

 

La chronique douce amère d’un homme à la croisée des chemins. En écho avec sa propre peine, la lettre retrouvée agit comme un révélateur et lui donne l’énergie nécessaire pour faire sa propre révolution. Une révolution intime qui l’emmènera sur les routes de France dans un road trip solitaire et salvateur. Les souvenirs ressurgissent, la vie d’avant, la rupture douloureuse… et peut-être, au bout là-bas, la possibilité d’une vie sans…

 

Le dessin de Grégory Mardon fait merveille pour dire le temps qui passe, les blessures intimes et la vie qui va. Son héros est un homme qui nous ressemble, qui lui ressemble aussi peut-être tant l’histoire sonne juste et sent le vécu. Jouant sur les silences, la narration se fait confession grâce à une voix-off émouvante et réaliste. Le trait coloré et moderne l’est tout autant. Il dessine les contours d’un homme meurtri en route vers la résilience, capte les zones d’ombre, accentue la lumière qui peu à peu refait surface. Une bien jolie découverte !

 

Les avis de Jacques et Yaneck

 

Éditions Futuropolis (Mai 2017)

136 p.

Prix : 22,00 €

ISBN : 978-2-7548-1605-2

 

BD de la semaine saumon

 

D’autres bulles à découvrir chez…

 

                       

                           Mo’                                Moka                          Amandine                      Caro

 

                       

                         Bouma                          Mylène                              Maël                            Karine

 

 

                      

                         Jérôme                            Fanny                             Sabine                            Faelys

 

 

             

                          Azilis

Tu vois, on pense à toi ! – Cathy Ytak

Clément le grand blond frisé à lunettes. Nolan le petit brun aux yeux bleus. Et Alwena, l’amie d’enfance. Un trio uni par une amitié indéfectible séparé le temps d’un séjour en classe de mer. Si les deux garçons ont la chance de partir dix jours sur l’île Scobier, Alwena est clouée sur un lit d’hôpital suite à un accident de voiture. Mais les trois amis ont passé un pacte. Malgré la distance, ils seront toujours ensemble. Chaque jour, les deux garçons se connectent à l’ordinateur de la maitresse pour raconter leurs journées par le menu. Chacun son rôle : Clément s’y connaît pour manier la plume et se charge d’écrire, Nolan fait le tri dans ce qu’il y a dire et garde l’essentiel. Leur amie sera du voyage, quoi qu’il arrive…!  Quant à Alwena, elle leur a confié une mystérieuse boite avant leur départ. Une boite bien lourde au contenu tenu secret qu’ils ne devront ouvrir qu’en temps voulu. Et leur mission est de taille… 

 

Cathy Ytak a l’art et la manière de parler de ces liens si forts qui peuvent unir dès l’enfance. Dix chapitres courts, dix journées qui se concentrent sur les mails que s’échangent les trois amis. Il y est question de vers luisants, de cailloux aux étranges pouvoirs, d’une femme mi-sorcière mi-sirène, de chats, d’un landau et de lectures au coin du feu. Il y est question d’un rituel magique, du poids de la douleur et des mots qui guérissent. On y arrange un peu la vérité parfois, oui. Mais au bout du compte, seule compte l’amitié.

 

Un joli texte, optimiste et plein de vie, qui plaira aux jeunes lecteurs dès 9 ans. Un texte que Cathy dédicace à Thomas et Gilles et moi ça, ça me plait… ♥

Un roman jeunesse qui inaugure à merveille le retour du rendez-vous des « pépites » que je partage avec Jérôme.

 

Le site de l’auteure

Le blog de l’auteure

 

Éditions Syros (Juin 2017)

Collection Tempo

 80 p.

Prix : 6,35 €

ISBN : 978-2-7485-2312-6

 

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Une mer d’huile – Pascal Morin

Sanary-sur-Mer. Une maison de vacances qui va enfin rouvrir ses portes. Laisser passer l’air du large, les odeurs de Provence et les souvenirs en sommeil. Dans cette maison qui a tout vu, tout entendu, Danielle s’y sent bien. Neurologue à la retraite, elle y passe tous ses étés depuis déjà 45 ans. Dans peu de temps la rejoindront son fils Pierre-Marie, psychiatre, et son petit-fils, Arthur, 19 ans, élève en classe scientifique. Mais cette année quand elle s’avance sur les graviers de l’allée, les lumières sont déjà allumées et un doux fumet s’échappe de la cuisine. Cette année, Danielle a engagé une jeune fille, Prisca, pour l’aider dans les tâches ménagères.

 

Et Prisca, très vite, se rend indispensable. Sans en avoir l’air, naturelle, discrète, solaire, elle ajoute une dose d’imprévu, de piment et de nouveauté dans cette famille très peu habituée à communiquer. Un léger grain de sable, une étincelle qui bouleverse des habitudes bien ancrées par son sourire, sa jeunesse et sa légèreté. Et tous, sans exception, tombent sous son charme…

 

« La machine était enclenchée. C’en était fini du calme sempiternel qui lui pesait comme un fardeau. »

 

Une mer d’huile. Pas un frémissement à la surface de l’eau. Le calme des habitudes, la quiétude des jours sans aspérités ni accrocs. En apparence… En quelques pages, Pascal Morin donne vie à des personnages qui se sont oubliés. Des personnages imparfaits, perclus de désirs inassouvis et de frustrations qui les empêchent d’avancer. L’arrivée de Prisca est un mini évènement qui va déclencher des réactions en chaîne. Incarnation de leurs fantasmes, Prisca trouble et fascine. Par sa seule présence, elle induit un changement dans leurs comportements. Ils s’interrogent, amorcent leur révolution, se révèlent enfin…

 

Le roman de Pascal Morin est une parenthèse lumineuse. L’écriture est sensuelle, presque charnelle. Elle met à jour les rêves enfouis, les désirs étouffés, les choix d’une vie. Un roman tout en douceur qui fait du bien, à savourer au cœur de l’été. Une bien jolie découverte.

 

Éditions du Rouergue (Août 2017)

Collection La Brune

128 p.

Prix : 13,80 €

ISBN : 978-2-8126-1437-8

 

By Hérisson

Une histoire des loups – Emily Fridlund

« Vous savez bien comment vont les étés. On les attend impatiemment, impatiemment, mais il y a toujours quelque chose qui cloche. Où que l’on regarde, les insectes font bourdonner l’air ; les oiseaux, énormes, pillent les arbres ; les feuilles alourdissent les branches. On veut l’entraver, le détruire, casser des choses. Les après-midi sont obèses, interminables. On veut voir si on peut faire quoi que ce soit qui compte. »

 

 

Il y avait peut-être effectivement quelque chose dans l’air… Comme un souffle chaud qui viendrait bousculer les habitudes. Comme un grain de sable qui viendrait petit à petit enrayer la petite machine bien huilée des jours qui s’étirent, se suivent et se ressemblent tous. Sur l’autre rive du lac, une famille s’installe. Un couple dont le père est quasiment tout le temps absent, une mère peut-être un peu trop jeune, et un petit garçon, encore pas très stable sur ses guiboles. Madeline les observe depuis la cabane où elle vit avec ses parents. Un mini évènement, tout a l’air si différent là-bas…

 

La petite famille n’est pas du coin. Des citadins, bien peu habitués au climat sauvage du Minnesota. Les forêts à perte de vue, la chaleur étouffante des étés caniculaire, le froid saisissant des hivers qui jamais ne cessent. Madeline est une fille des Finger Lakes, elle y est chez elle, par la force des choses. Des kilomètres à pieds pour se rendre au collège, étrangère parmi ses semblables pour qui cette rescapée d’une communauté hippie aux vêtements dépareillés reste une énigme. Mais la famille de l’autre côté du lac l’accepte comme elle est, lui demandant même de jouer la baby-sitter auprès du petit Paul. L’occasion d’observer de plus près les habitudes et les rites de cette famille sans tout comprendre de ce qui se joue en sourdine…

 

« Pendant le procès, ils demanderaient sans cesse, « Quand avez-vous compris que quelque chose ne tournait pas rond ? » Et la réponse était probablement : tout de suite. »

 

Le premier roman d’Emily Fridlund aurait pu être un excellent roman. On aurait pu, oui, plonger dans cette atmosphère troublante et oppressante et s’y laisser envelopper. Y avancer pas à pas et sentir peu à peu les mailles du filet se refermer. Ressentir des émotions contradictoires à mesure que les évènements s’enchaînent, anodins, ou peut-être pas tant que ça… Sauf que…

 

On ne peut enlever à l’auteure un talent certain pour poser les ambiances. Ici, point de suspense, le lecteur sait d’emblée que l’été aura été décisif et aura marqué un tournant dans l’adolescence déjà chaotique de Madeline. Dans l’attente de la tragédie que l’on devine trop vite, la voix de la jeune auteure excelle dans les descriptions presque mélancoliques d’une nature sauvage et indomptable. Mais un bel écrin ne suffit pas. Emily Fridlund distille son venin, lentement… bien trop lentement. L’intrigue aurait gagnée à être plus resserrée, à moins s’éparpiller aussi entre les souvenirs et le temps présent. Trop de longueurs. On y perd en tension dramatique et on peine à s’attacher aux personnages qui restent figés dans leur froideur. J’aurais voulu être bousculée, malmenée même, par une écriture plus acérée et moins psychologique. En vain, j’ai attendu un sursaut qui n’est jamais venu…

Best-seller aux États-Unis, annoncé comme un phénomène de la rentrée, je ressors de cette lecture en sachant qu’il ne m’en restera pas grand chose dans quelque temps. Dommage…

 

Une lecture en demi-teinte que je partage avec Jérôme, encore plus féroce que moi, qui lance le début de la rentrée littéraire sur le blog.

 

 

Les avis de Cathulu, Fanny, La fée lit, Lea Touch Book

 

Éditions Gallmeister (Août 2017)

Collection Nature Writing

304 p.

Prix : 22,40 €

ISBN : 978-2-35178-128-9

 

By LéaTouchBook

 

By Hérisson

Un été très livre…!

Des pavés, des livres attendus, des nouveautés, des classiques qu’il faut avoir lu… l’été on a le choix, on prend son temps…. et c’est bon ! Je m’étais fixé des objectifs raisonnables, à quinze jours de la fin des vacances ils sont presque atteints. Reste le deuxième tome de Silo dans lequel je n’ai pas encore mis le nez mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Mais j’ai eu ma dose de romanesque, d’émotion, de suspense et de bonnes surprises. De très bonnes surprises même que j’ai dévorées avec gourmandise en alternance avec ces nouveautés de la rentrée dont je vous parlerai bientôt…! En attendant, avis flashs d’une blogueuse encore en mode farniente sur ces romans qui ont fait mon été…!

 

 

Repéré depuis quelques temps, ce roman est devenu une priorité après l’avis de Violette. Bonne pioche !! A 43 ans, Jeff Winston meurt d’une crise cardiaque… et se réveille dans sa petite chambre d’étudiant à l’âge de 18 ans. En ayant pleinement conscience des années écoulées. Pouvoir revivre sa vie, prendre de nouvelles routes, faire d’autres choix… tout en connaissant les grandes lignes d’un futur qu’il a le pouvoir de redessiner. Effrayant, vertigineux, déroutant mais tellement grisant. Mais il y aura bien d’autres résurrections et bien des chemins à tracer. L’immortalité n’a peut-être pas que du bon…

De l’excellente SF, une intrigue diablement bien ficelée et un coup de cœur inattendu. Foncez !

 

Replay de Ken Grimwood, Points, 1997, 7,95 €, 344 p.

ISBN : 2-02-032126-2

 

 

L’homme qui s’envola m’avait bluffée mais alors là, chapeau…! S’il y a une trilogie dont je vais m’empresser de dévorer la suite c’est bien celle là ! On m’avait prévenue… j’étais bien loin du compte. Antoine Bello a l’art de l’intrigue, déploie ses filets de façon brillante, ferre sa proie son lecteur et ne le lâche pas. Et le pire c’est qu’on en redemande. Une organisation secrète qui falsifie la réalité mais dont les propres acteurs ignorent la véritable raison d’être, d’innombrables ramifications historiques, un savant mélange du vrai et du faux, des supercheries à grande échelle… c’est inventif, totalement fou et complètement addictif.

Monsieur Bello, je crois que nous sommes faits pour nous entendre… Vite, la suite !!

 

Les falsificateurs d’Antoine Bello, Folio, 2008, 9,80 €, 588 p.

ISBN : 978-2-07-035527-3

 

 

Après mon coup de foudre pour Les filles au lion, je ne pouvais pas ne pas me précipiter sur le premier roman de Jessie Burton. Et là encore, j’ai tout aimé ! Foisonnant, romanesque, original, Miniaturiste nous happe dès les premières lignes pour ne plus nous lâcher. Et on suit Petronella dans sa nouvelle vie d’épouse dans l’Amsterdam vibrante et changeante du XVIIe siècle. Atmosphère intimiste, désirs de femme, secrets bien enfouis, puritanisme bien pensant, amours interdites, une certaine aura de mystère… les pans du voile se relèvent peu à peu comme s’entrouvrent les rideaux de cette étrange maison de poupées qui renferme peut-être la clé du mystère. J’ai adoré !

 

Miniaturiste de Jessie Burton, Folio, 2017, 8,20 €, 528 p.

ISBN : 978-2-07-271428-3

 

 

Quelle émotion de retrouver Fedrik sur son île du bout du monde… Les Bottes suédoises est la suite que je n’attendais pas tant Les chaussures italiennes ont marquées ma vie de lectrice. Des images encore intactes, et cette crainte, peut-être, de ne pas retrouver cette lumière et cette simplicité. Elles y sont, mais peut-être avec moins de force… Mais quelle douceur… Il y est question de reconstruction, de résilience, de pardon et de lâcher prise. On y lit les années qui passent, la solitude qui tenaille, les désirs qui fissurent et les regrets d’une vie. On s’y installe doucement, sans faire de bruit et on finit par se poser des questions sur ce qui fait le bonheur et tisse les souvenirs. Et dire qu’on ne lira plus Mankell…

 

Les bottes suédoises de Henning Mankell, Seuil, 2016, 21,00 €, 368 p.

ISBN : 978-2-02-130389-6

 

 

J’étais ressorti franchement mitigée du premier tome de cette saga à succès. Un roman lu rapidement, sans déplaisir mais sans enthousiasme non plus, une sensation de déjà vu, de longues pages d’ennui. Aucune attente particulière donc pour cette suite qu’on m’annonçait pourtant bien meilleure, même si j’ai entamé les plus de 600 pages de ce roman avec une certaine appréhension. Je l’ai refermé deux jours plus tard à 3h du matin complètement conquise. Dans la foulée, je téléchargeais le tome 3 sur ma liseuse… Et dire que je n’avais rien vu venir…. Ok, mea culpa, Elena Ferrante m’a eue en beauté. J’aime. J’adore. Je suis totalement accro… Pitié, dites moi que la suite est aussi bonne !!

 

Le nouveau nom (L’amie prodigieuse tome 2) de Elena Ferrante, Folio, 2017, 8,80 €, 640 p.

ISBN : 978-2-07-269314-4