Un yankee à Gamboma – Marius Nguié

Yankee

Nous sommes au Congo, dans les années 1990. La guerre civile fait rage. Benjamin, milicien au service du président Lissouba, est ce qu’on appelle un « yankee », il fait partie de ces hommes « sans scrupule qui peut commettre un meurtre sans se soucier ». De fait, surnommé « Sous Off » par ceux qui le côtoient, il torture, martyrise, assassine, viole sans que ça lui cause le moindre état d’âme…

 

 

Contre toute attente, le jeune soldat va se lier d’amitié avec Nicolas, le narrateur. Nicolas sort tout juste de l’enfance et veille par dessus tout à ne pas décevoir sa mère qu’il admire. Hypnotisé par Benjamin, admiratif de son parcours à mille lieux du sien, il va nous raconter ses faits et gestes par le menu, jusqu’à sa chute…

 

 

Je ne suis pas familière de la littérature africaine. Ce premier roman d’un tout jeune auteur congolais était l’occasion de mettre un pied dans un univers qui m’est inconnu. Sans repères, j’ai été bousculée dans mes habitudes, poussée hors de ma zone de confort. Assez déstabilisant il faut bien le dire. La langue est belle, poétique et très imagée. J’ai pourtant eu du mal à trouver ce roman « magique et envoûtant » comme le souligne Alain Mabanckou. Si la narration se veut enjouée, ce qu’elle évoque est tout sauf gentillet. Les magouilles, la corruption, la violence, les massacres, les viols… On se vautre consciencieusement dans la fange et le putride et il m’a été bien difficile de sourire.

 

Difficile aussi de comprendre cette drôle d’amitié entre notre jeune narrateur et le milicien assassin. Fascination malsaine ? Envie d’être « quelqu’un » ? Elle reste néanmoins ce qui fait le sel de ce roman. Grâce à leurs échanges, on découvre le quotidien de Gamboma… à la fois fascinant et édifiant. On découvre aussi une réelle richesse du langage, constamment réinventé, sûrement ce qui m’a le plus plu d’ailleurs.

 

 

Nul doute qu’on entendra parler de Marius Nguié. Il a une voix bien à lui qui ne peut laisser indifférent… La néophyte que je suis a bien l’intention de poursuivre la découverte de cette littérature…

 

 

Une trouvaille du Salon du Livre que je partage avec Jérôme

 

Le blog de l’auteur

 

 

Premières phrases : « Dans l’uniforme qu’il habitait, ce mercredi ensoleillé du mois de juin, Benjamin avait les allures d’un yankee. En français de Gamboma, un yankee est une racaille, un homme sans scrupule, qui peut commettre un meurtre sans se soucier. »

 

Au hasard des pages : « Gamboma est une ville cosmopolite, où l’on peut rencontrer, dans les environs de 18 heures, un berger peul hirsute, qui mène paître des vaches, où l’on peut voir un arabe mauritanien faire des ablutions, où l’on peut entendre le chant du muezzin, où une jeune ex-Zaïroise en bikini peut se permettre de vendre son cul en plein air. C’est aussi une ville où des missionnaires évangélistes norvégiens élurent domicile au temps de longtemps, où des Béninoises viennent faire débrouillardise, et que des sœurs catholiques purifient à boulet de prière et d’encens. Cette ville, je l’ai bien connue ! L’étranger et autochtone y vivent chacun dans leur isolation : ils s’approchent souvent sans vraiment s’aborder. Dans le creux de son visage, ses fils qui s’en sont allés, pour des ailleurs plus lointains, ont laissé comme une trace de mélancolie. Ville montagnarde au mitan des plateaux, voilà son énigme… » (p. 49)

 

Éditions Alma (Avril 2014)

84 p.

 

 

Challenge premier roman

Et une nouvelle participation au challenge Premier roman

chez Fattorius !

10 commentaires sur “Un yankee à Gamboma – Marius Nguié

  1. Merci pour cette participation au Défi Premier roman, que je découvre à l’instant!

    Je suis en train de lire ce roman, cela me plaît bien, sans que je sache trop pourquoi…

  2. C’est déroutant, je te le concède. Étant un peu plus familier de ce type de récit, j’y ai trouvé mon compte mais je comprends que tu aies été déstabilisée. Mais bon, c’est bien aussi parfois de sortir de sa « zone de confort » 😉

  3. Oui alors chez Jérôme j’avais comme un doute, mais là je n’en ai plus…je passe mon tour, ce n’est pas un livre pour moi je pense (j’ai eu ma dose de violence littéraire ces derniers temps)

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