Voici venir les rêveurs – Imbolo Mbue

voici venir les rêveurs

« L’Amérique, Jende Jonga en a rêvé. Pour lui, pour son épouse Neni et pour leur fils Liomi. Quitter le Cameroun, changer de vie, devenir quelqu’un. Obtenir la Green Card, devenir de vrais Américains. Ce rêve, Jende le touche du doigt en décrochant un job inespéré : chauffeur pour Clark Edwards, riche banquier à la Lehman Brothers. »

 

Jende et Neni, accompagnés de leur fils de six ans viennent de Limbé, petite ville Camerounaise, au bord de l’océan Atlantique. Ils sont à New York, enfin réunis depuis un an et demi. Des rêves plein la tête… Ils veulent vivre haut. Pour eux. Pour leur fils surtout…

 

« Ils y allaient pour s’installer, pour y rester jusqu’à ce qu’ils puissent rentrer chez eux en conquérants – détenteurs d’une green card ou d’un passeport américain, les poches remplies de dollars et de photos de leur vie heureuse. »

 

Oui mais voilà, nous sommes en 2007. La crise des subprimes frappe l’Amérique. Y aura t’il encore une place pour ces rêveurs-là ?

 

Un portrait, celui de l’Amérique ou tout semble possible. Ou les rêveurs immigrés s’inventent un destin qu’ils espèrent radieux. Ou du moins meilleur. Mais la crise économique ébranle le monde des affaires entraînant avec elle aussi (surtout) les rêveurs ….

Des personnages superbes : Jende et Neni. Que j’ai tellement aimés ! Eux, leur fougue, leur combat, leur rêve, leur désespoir, leur pudeur, leur détresse qui parfois les emporte, leur amour surtout… TOUT !

Une amitié, incongrue, réelle, une complicité toute contenue, mais bien présente, entre un sans-papier, un petit employé Jende et un puissant de Wall Street, Clark, M. Edward…

Un regard (lucide et lumineux) porté sur ceux que l’on ne voit jamais, les moins que rien, ceux qui comptent pour du beurre dans cette Amérique-là qui broie souvent les infiniment petits…

Une thématique, l’exil. Avec ses rêves. Ses désillusions. Ses tragédies. Et puis … l’espoir peut-être ?

 

Et une voix forte. Une langue, celle d’Imbolo Mbue, toute en retenue et pleine de pudeur. Mais qui jamais ne cède à la facilité ou ne sombre dans le pathos. Cette écrivaine nous entraîne dans le difficile parcours de deux rêveurs qu’il est impossible de lâcher ! Une écriture, belle, délicate, intelligente, soignée, maîtrisée. Toute en simplicité. Un récit, terriblement humain. Actuel. Et résolument optimiste.

C’est un premier roman. C’est rare. A découvrir absolument…

 

« Et pour la toute première fois de sa vie, elle caressait un rêve, en dehors de son mariage et de son rôle de mère : devenir pharmacienne, comme ces gens que tout le monde respectait à Limbé parce qu’ils vendaient bonheur et santé dans des tubes de pilules. […] Elle serait fière d’elle-même, Jende serait fier de sa femme et Liomi serait fier de sa mère. Elle avait attendu trop longtemps pour devenir quelqu’un et à présent, à trente-trois ans, elle avait finalement atteint, ou était tout près d’atteindre tout ce qu’elle avait toujours voulu dans sa vie. »

 

Grand Prix Littéraire de l’Afrique Noire ADELF

 

 

GrandPrixdesLectricesElle

Éditions Belfond (Août 2016)

Collection Littérature étrangère

419 p.

Traduit de l’anglais par Sarah Tardy

 

Prix : 22,00 €

ISBN : 978-2-7144-7099-7

 

13 commentaires sur “Voici venir les rêveurs – Imbolo Mbue

  1. Tentée depuis sa sortie (il y en a pas mal finalement, de la rentrée littéraire qui m’ont tentée !). Je ne sais pas si j’arriverai à le caser d’ici décembre (m’étonnerait) mais c’est dans les tuyaux.:-)

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