J’observe. Je regarde les visages éclairés. Tous leurs visages écrans comme autant de réceptacles à l’indifférence. Plus aucune main libre. Plus de doutes. Plus d’égarements.

Ils se croisent. Ils se frôlent. Sans même risquer l’impact…

Il suffit juste de se poser là, quelques minutes, quelques secondes. Simplement regarder le monde et ceux qui le font tourner. Au bout des doigts, des écrans. Devant les yeux, presque en permanence, des images qui se fixent sur la rétine, s’impriment… mais laissent des souvenirs volatiles. Elles passent, racolent, exécutent leur petite danse de séduction… et s’évanouissent. D’autres prendront leur place presque immédiatement, rempliront des vides, combleront des besoins que l’on se crée ou que l’on s’invente. La solitude, l’ennui…? Inconcevable. Impossible. L’homme-volage butine et se nourrit d’images, accessibles tout le temps, et ne se souvient plus avoir déjà fait autrement…

Thomas Scotto se pose là et observe. Une suite d’instantanés, quelques clichés pris à la volée pour capturer ces regards qui se perdent, ces silences qui s’installent et ces mots que l’on n’échange plus. Des petits bouts de vies qui nous rappellent fatalement la nôtre et laissent parfois un petit goût amer. En parlant de lui et de ceux qu’il observe, Thomas Scotto se garde bien de juger. Ces images qui nous submergent font partie de notre quotidien. Elle fascinent, hypnotisent. On les cherche, on les subit parfois. Elles s’invitent dans notre intimité, accompagnent nos gestes les plus banals, prennent une place qui n’est pas la leur. Elles se déversent de façon inquiétante comme autant de nouvelles, bonnes ou mauvaises. Elles pallient au manque, placebo ou simple tout de passe-passe pour supporter l’absence…

Madeleine Pereira donne corps à ces hommes, ces femmes, ces adolescents, ces enfants… dont la vie est filtrée par les écrans. Autant de propositions qui questionnent notre rapport à l’image et au monde. Une vraie force qui donne un poids à toutes ces voix qui nous ressemblent…

Des textes lus en partage avec Jérôme, comme (presque) chaque mardi.

Parce qu’on ne veut pas se laisser manger cru.

Parce que nous sommes propriétaires de nos lambeaux.

Parce que derrière notre boulimie d’images nous gardons le goût de nos écorces les plus solides.

Alors, je vais participer encore un peu à l’hypnose collective. Je vais me laisser étourdir, fasciner, diriger, suffoquer, embellir, piller, bouleverser, fleurir, grandir, encolérer, régurgiter, enrichir, rouiller, nourrir, intoxiquer, divertir, rassurer, profiter, absorber, approfondir, douter, devenir…
et je me débrancherai, à temps.

L’avis de Mirontaine

Un petit tour chez…Thomas Scotto et… Madeleine Pereira

 

Éditions du Pourquoi pas ? (Février 2020)

64 p.

 

Prix : 9.50 €

ISBN : 979-10-92353-57-0

pepites_jeunesse


4 commentaires

Nathalie · 25 février 2020 à 09h54

C’est vrai que ça envahi tout ces écrans… Il faut juste penser à les éteindre de temps en temps !

Jérôme · 25 février 2020 à 13h30

La micro-fiction particulièrement adaptée à un sujet aussi « volatile » je trouve. C’est vraiment un beau recueil.

manU · 25 février 2020 à 21h29

Encore que je note grâce à vous 2 !

Alex-Mot-à-Mots · 26 février 2020 à 12h46

Intéressant ce regard sur nous regardant des écrans.

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