Dans un Paris qu’il connait comme sa poche mais qui change à vue d’œil, monsieur Jules presse le pas et se dirige vers la pharmacie. Sa commande l’attend : préservatifs par packs de cent, tubes de lubrifiant, de quoi éveiller la curiosité des autres habitués et rendre très affable le pharmacien habitué à ce client un peu particulier.

En rentrant dans son petit pavillon, monsieur Jules est accueilli par un concert de gémissements et de râles de plaisir. Madame Brigitte est en mains et son partenaire a l’air d’y trouver son compte. Quant à Mademoiselle Solange, elle ne devrait pas tarder à rentrer au bercail après sa visite chez son épicier préféré. Une partie de jambes en l’air en échange d’un panier garni de légumes et de fruits de saison, le deal est bon.

Le métier de monsieur Jules ? « Rentier pour dames », ça sonne quand même mieux que proxénète. Pas une grosse affaire mais Solange et Brigitte s’y entendent pour faire tourner la boutique et ne manquent pas de rétribuer leur « logeur » en nature. Paris a beau voir arriver tous les jours des dizaines de concurrentes en provenance des pays de l’Est ou d’Afrique, les deux vieilles prostituées ont une clientèle fidèle. Discret mais efficace, monsieur Jules tient les cordons de la bourse et expédie les affaires courantes en s’assurant que ces messieurs ont bien craché au bassinet, il ne s’agirait pas de se faire flouer. Dans le quartier, ils sont finalement peu nombreux ceux qui connaissent vraiment les activités de monsieur Jules. Et puis, les choses changent, le monde bouge. Peut-être un peu trop vite pour monsieur Jules et ses méthodes à l’ancienne. Les filles qui tapinent aujourd’hui, va savoir ce qui les as emmenées à faire le plus vieux métier du monde…

Si tu voyais tout ça, Marie…

Si tu voyais comme tout a changé…

Retrouvailles avec le trait reconnaissable et toujours aussi expressif d’Arno Monin (Merci et L’adoption 1 et 2 avec Zidrou) sur un scénario d’Aurélien Ducoudray que j’avais découvert avec le diptyque Les chiens de Pripyat. J’ai d’emblée été séduite par ce personnage de monsieur Jules. Bourru, taiseux, hanté par le souvenir d’une femme partie trop tôt, ce proxénète d’une autre époque voit son monde évoluer sans qu’il semble possible de faire machine arrière. Celles qu’il surnomme les « fleurs de pavés » arrivent en masse et les réseaux de prostitution sont loin de prendre des gants pour gérer leur affaire. Quitte à laisser pour mortes celles qui ne marcheraient pas dans les clous.

Une parenthèse de lecture très plaisante, l’ambiance installée par Arno Monin n’y est pas pour rien.  Les personnages sont charismatiques, forts en gueule, entiers, touchants et surtout très humains. Et l’histoire inventée par Aurélien Ducoudray ne les épargne pas, bien au contraire, à l’image du dénouement qui m’a je l’avoue complètement prise au dépourvu. Qu’on ne s’y trompe pas, c’est un drame qui se joue en sourdine…

 

Le blog d’Arno Monin

Éditions Bamboo (Septembre 2019)

Collection Grand Angle

86 p.

 

Prix :16,90 €

ISBN : 978-2-8189-6740-9

 

BD de la semaine saumon

… chez Stephie

 

By Hérisson 


13 commentaires

Nathalie · 13 novembre 2019 à 04h37

J’aime bien les illustrations. Et l’histoire à l’air originale. Et en plus ton billet donne envie, alors…

Cristie · 13 novembre 2019 à 09h25

Tu m’intrigues. Cela sort un peu des histoires qu’on a l’habitude de lire … !

Jerome · 13 novembre 2019 à 14h40

Un duo d’auteurs qui me parle, je suis partant pour faire la connaissance de Mr Jules et de ses belles 😉

gambadou · 13 novembre 2019 à 15h32

Très intéressée par ce Monsieur Jules

sabine · 13 novembre 2019 à 18h01

Mr Jules… je suis prête à le rencontrer. Je sens qu’on a des trucs à se dire tous les 2

sylire · 13 novembre 2019 à 19h58

Pourquoi pas oui, la fin m’intrigue…

eimelle · 13 novembre 2019 à 21h03

j’ai envie de dire pourquoi pas aussi!

Blandine · 13 novembre 2019 à 21h46

J’aime ce que fait Ducoudray et une telle conclusion donne envie d’en savoir plus!

Stephie · 14 novembre 2019 à 08h30

Au niveau des traits, il a un faux air du papy de l’Adoption, forcément. Trop envie de retrouver le crayonné de Monin 🙂

Amandine · 17 novembre 2019 à 14h37

J’adore le trait de Monin alors je note!

Mylene · 17 novembre 2019 à 21h04

mouais, pas sûre de me laisser tenter, à voir quoi 😀

Fanny · 19 novembre 2019 à 11h35

On reconnait bien les traits lus dans L’adoption.

Caro · 26 novembre 2019 à 21h49

Un album qui pourrait me tenter à l’occasion… Ce que tu écris dessus donne assez envie…

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