2055. Au Bureau des Essentiels, on attend du personnel qu’il soit méthodique et pragmatique. Les data mondiales étant devenues de plus en plus conséquentes, il convient de faire des choix et de reléguer aux oubliettes de la mémoire collective tout ne qui n’est pas jugé indispensable. Tant pis s’il faut effacer 2001, l’odyssée de l’espace ou les œuvres complètes de Rimbaud si cela peut permettre au hommes de diffuser sur les réseaux sociaux les souvenirs fugaces de leurs dernières vacances, leurs selfies sur Instagram ou de visionner ad libitum les vidéos ineptes de youtubeurs et autres célébrités décérébrées en vogue.

Chaque homme dans sa vie assiste à la fin d’un monde.

L’agent Yves Mathon s’attelle à la tâche chaque jour. A lui de visionner, trier et sélectionner les poésies, films, romans ou autres discours qui ne seront pas sauvegardés pour faire de la place dans un monde arrivé à saturation. A lui de défendre aussi devant les « Prophètes » les œuvres qui selon lui méritent d’être conservées malgré tout, même si ses arguments artistiques ont peu de poids. Mais Yves ne se résout pas à jouer les effaceurs. Chaque jour, il télécharge illégalement les fichiers qui doivent être supprimés et les stocke dans la mémoire de son robot domestique Mikki qui porte en lui un autre trésor…

C’est avec les histoires que les hommes ont créé le monde. En adhérant à une histoire commune… Notre problème aujourd’hui, c’est que nous n’adhérons plus aux histoires.

Comme Montag décidant de sauver la littérature des flammes, Yves refuse de voir disparaitre une partie de son monde et ce qu’il a été. Comme souvent dans les récits d’anticipation, la révolte se fera en sourdine, sans armes. Le futur imaginé par Ugo Bienvenu nous rappelle évidemment d’autres histoires tout en nous renvoyant à notre monde moderne. Yves aurait dû être le parfait petit soldat pris dans une routine bien rodée, un maillon essentiel pour mener à bien cette mission à laquelle il devrait se plier pour le bien de tous. Mais il ne peut s’y résoudre. Ses actes ne sont peut-être pas isolés mais pris individuellement ils sont une énorme prise de risques. Des risques qu’il est prêt à courir pour ce monde qu’il s’apprête à laisser à sa fille qu’il ne verra pourtant pas grandir…

Le dessin de Hugo Bienvenu, ultra réaliste, froid et figé, n’est pas sans véhiculer un certain malaise en donnant à voir un monde où l’immédiateté prévaut sur les richesses du passé. Et que serait un monde privé d’émotions et des frissons que peuvent faire naître un refrain ou les errements des poètes..? La réflexion est riche, pointant du doigt les dérives de notre monde déjà bien trop moderne et interrogeant ce qui mérite, ou non, d’être gravé dans le marbre…

Un roman graphique ambitieux et captivant qui a très logiquement décroché le Grand Prix de la critique ACBD 2020.

L’avis de Jérôme

Éditions Denoël (Octobre 2019)

Collection Denoël Graphic

168 p.

 

Prix : 23,00 €

ISBN : 978-2-207-14221-9

 

BD de la semaine saumon

… chez Stephie


18 commentaires

Cristie · 1 avril 2020 à 16h40

J’ai très envie de le lire !

gambadou · 1 avril 2020 à 17h20

Un peu trop froid pour moi je crois

Mo' · 1 avril 2020 à 17h30

Le dessin ne m’attire absolument pas ! Du tout !!
L’intrigue et ce que tu en dis, ça par contre, ça m’intrigue réellement. Bien envie de tenter la lecture à l’occasion !

Hilde · 1 avril 2020 à 17h51

Je suis tentée mais les dessins me retiennent un peu. A feuilleter! 🙂

Karine · 2 avril 2020 à 02h11

Oooooh que j’aime pas le graphisme. Le thème me tente par contre… la mémoire, l’art… ça me parle. We’ll see.

Mylene · 2 avril 2020 à 16h53

Pour ma part je passe mon tour…. pas fan de grand chose en fait 😀

Bouma · 2 avril 2020 à 18h04

je ne saurai pas dire pourquoi mais bizarrement je ne suis pas tentée…

Azilis · 2 avril 2020 à 22h00

Elle ne me tente pas vraiment!

Nathalie · 3 avril 2020 à 11h05

L’histoire me tente bien, mais le dessin et les couleurs en revanche… Pas vraiment ! Je le feuillèterai si je le trouve à la bib.

Amandine · 4 avril 2020 à 13h36

L’esthétique ne me séduit pas du tout.

Fanny · 4 avril 2020 à 15h20

Définitivement non. Je n’adhère pas du tout, que ce soit aux dessins ou à l’histoire.

Violette Doucettement · 5 avril 2020 à 11h12

pour une fois, je ne suis pas tentée… Titre et dessins me rebutent d’emblée.

Brize · 6 avril 2020 à 15h30

Je l’avais repéré chez Jérôme et il m’intéresse, mais le graphisme ne me plaît pas au point que je l’achète. Plus qu’à espérer, donc, que je le croise un jour en bibliothèque.

Jérôme · 7 avril 2020 à 08h16

Tellement ambitieux, c’est vrai ! Mais le contrat est rempli, l’album tient debout et cette intrigue glaçante fait froid dans le dos.

Caro · 10 avril 2020 à 14h13

Le dessin me laisse de marbre… Je le trouve très froid. Mais le fait qu’il ait eu un prix me donne tout de même envie d’aller voir ce qu’il en est…

Alice · 11 avril 2020 à 12h49

Je tourne souvent autour de Ugo Bienvenu sans jamais m’y arrêter, peut-être le dessin ? En tout cas, un jour, oui oui, sûrement 🙂

Stephie · 16 avril 2020 à 09h16

Je déteste le dessin, en revanche l’histoire me tente carrément

Moka · 25 avril 2020 à 08h47

L’histoire m’intéresse plus que les qualités graphiques de l’album. Je l’emprunterai.

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