06h41 – Jean-Philippe Blondel

06h41

Comme toujours, Cécile a passé un week-end désastreux chez ses parents. Sur le quai de la gare de Troyes, en attendant le train de 06h41 pour Paris, elle rumine et s’en veut de ne pas avoir pris celui de la veille au soir… Elle aurait pu retrouver plus tôt son mari et sa fille qui, il faut bien le dire, ont été bien avisés de s’éviter la corvée de la visite familiale. Absence qu’il a fallu expliquer avec un joli mensonge. Fichue culpabilité…

Philippe a toujours aimé prendre les trains tôt le matin. Mais aujourd’hui est une journée particulière. Il va rejoindre Mathieu, un ami d’enfance. Ce lundi, il n’est pas le seul à faire les cent pas en attendant l’arrivée du train matinal. Et finalement, à bien y réfléchir, il pourrait partir, vraiment, et ne plus revenir. Personne ne l’attend plus. Sa femme l’a quitté depuis longtemps pour son amour de jeunesse et ses enfants, déjà grands, ont fini par l’oublier…

 

A côté de Cécile, la place est libre. Mais plus pour très longtemps. Après quelques secondes d’hésitation, Philippe prend place à côté d’elle. En un regard, ils se reconnaissent. Vingt-sept ans auparavant, ils ont été amants, l’espace de quelques mois. La situation est pour le moins délicate et aucun des deux n’ose adresser la parole à l’autre. Philippe fait mine de ne pas la reconnaître, c’est finalement assez confortable comme décision… Cécile d’ailleurs n’a pas l’air de se souvenir de lui, ce n’est pas plus mal. Assis côte à côte, ils ne peuvent pourtant empêcher les souvenirs de ressurgir… Ceux des quelques mois passés ensemble quand ils avaient vingt ans, celui d’un week-end à Londres désastreux… Des souvenirs faits de rancoeurs et de profondes blessures, de haine, de honte et de culpabilité…

 

« Au moment de la rupture,

il faudrait pouvoir avoir un aperçu de l’autre des années plus tard.

Dans les trois quarts des cas,

on cesserait de pleurer et de se lamenter sur son sort. »

 

J’étais assez curieuse de découvrir le dernier roman de Blondel. Je ne suis pas une inconditionnelle de l’auteur, je connais finalement assez peu son oeuvre, et pour tout dire, j’étais passée totalement à côté de Et rester vivant l’année dernière, à tel point que je n’en avais pas parlé ici… Pourtant, 06h41 m’a séduite dès les premières lignes. D’emblée, je me suis prise d’affection pour ces deux personnages dont on découvre tour à tour et par petites touches savamment distillées le passé. J’ai aimé ce silence qui s’installe entre eux, si lourd de sens. J’ai aimé que cette vieille histoire qu’on pourrait croire enterrée à jamais se révèle si peu anodine finalement…

06h41 est un roman très juste sur le temps qui passe, sur ce qu’il fait de nous, sur les chemins qu’il nous fait prendre et les choix que l’on fait. Je n’ai pas vu passer les une heure trente de trajet, j’ai d’ailleurs lu ce roman d’une traite. Une heure trente pendant laquelle à aucun moment je ne me suis demandée si Cécile et Philippe allaient enfin se parler. Finalement ça importe peu… Tout comme il m’importait peu de connaître les raisons de leur rupture 20 ans auparavant… Peut-être mon seul bémol, ce qui fait sans doute que je suis passée à un poil du coup de coeur avec ce roman…

 

Une lecture que je partage avec Stephie et Cryssilda

 

Les avis de Clara, Laure, Saxaoul, Lucie, A propos des livres, In Cold Blog, Sandrine, George, Brize, Fransoaz, Yueyin, Choupynette, Argali, Chocoladdict

 

Premières phrases : « J’aurais pu prendre le 07h50 – ou même le 08h53. C’est lundi. Il ne se passe rien au travail, le lundi. Simplement, je n’en pouvais plus. Quelle idée aussi de rester le dimanche soir. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Deux jours, c’est bien suffisant. »

 

Au hasard des pages : « Personne ne nous a jamais prévenus que la vie, c’était long. Que les slogans faciles qui font battre le coeur, les « vivre vite », les « mourir tôt »- tout ça, c’était des balivernes. Personne ne nous a dit non plus que le plus dur, ce n’était pas les ruptures, mais la déliquescence. Le délitement des relations, des êtres, des goûts, des corps, de l’envie. Jusqu’à une sorte de marécage où il est impossible de savoir ce que l’on aime. Et ce que l’on déteste. Ce n’est pas un état aussi désagréable qu’on pourrait le penser. C’est juste une atonie. Avec des taches de lumière éparses. » (p. 77)

 

Éditions Buchet-Chastel (Janvier 2013)

232 p.

 

Lu dans le cadre du

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Roman nominé

dans la sélection de Février

 

Challenge-petit-bac-2013.jpgEt une nouvelle participation au challenge Petit Bac

chez Enna !

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19 commentaires sur “06h41 – Jean-Philippe Blondel

    • Le Prix Relay des voyageurs, au final, un gagnant parmi les 4 romans sélectionnés… Blondel est le premier nominé, il a ses chances à mon avis !

    • Je n’avais pas non plus aimé Et rester vivant, je n’en avais même pas parlé sur le blog… Là, c’est autre chose ! 😉

    • J’espère que tu aimeras ! Une très belle surprise pour moi qui n’avais pas du tout été emballée par Et rester vivant…

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