A l’enfant que je n’aurai pas – Linda Lê

A-l-enfant-que-je-n-aurai-pas-copie-1.jpgBon, inutile de ménager le suspense plus longtemps, la rencontre entre ce livre et moi n’a pas eu lieu. Et pourtant, je me suis lancée dans cette lecture convaincue de tenir entre les mains un texte fort. Je suis une mère, et j’avoue que ce discours d’une femme ne souhaitant pas avoir d’enfant m’intriguait au plus haut point, non que je le condamne ou le réprouve mais j’attendais vraiment de fermer ce livre en ayant quelques éléments de réponses, du moins en ayant entendu et compris cette femme. Il n’en est rien…

 

D’abord, quelques précisions sur le concept de cette collection « Les Affranchis » que je trouve vraiment intéressant. Les auteurs décidant de jouer le jeu n’ont qu’une seule consigne : « écrivez la lettre que vous n’avez jamais écrite« . Belle idée je trouve. Linda Lê a donc décidé d’écrire à cet enfant qu’elle ne souhaite pas mettre au monde, par choix, elle ne sera jamais mère. Dans cette lettre, tout en s’adressant à cet enfant qu’elle imagine, elle revient sur tout ce qui, dans sa vie, a conforté ce choix que la société voit d’un mauvais oeil, sa relation avec sa mère étant principalement pointée du doigt. Un enfant ne l’aidera pas à se réaliser, bien au contraire, il l’éloignera d’elle-même, de ses désirs, de ses aspirations profondes. L’écriture la comble, soit. Malgré tout, la pression est tenace, son compagnon de l’époque tente vainement de la faire changer d’avis, en vain. L’auteure écrit-elle cette lettre pour ne pas se sentir coupable ? Cherche-t-elle à s’expliquer de ce choix que d’autres jugent contre nature ? A vrai dire je n’en sais rien et je pense que l’auteur non plus…

 

Je n’ai pas du tout aimé, du tout ! Attention, je ne parle pas de son choix, je le répète, loin de moi l’idée de clouer au pilori ou de juger ces femmes qui ne veulent pas avoir d’enfants, il existe tout un tas de raisons qui poussent une femme à ne pas avoir d’enfant, elles sont légitimes, je les respecte. A aucun moment je n’ai ressenti d’empathie pour cette femme, à aucun moment je n’ai ressenti dans son discours la moindre trace d’émotion : le style est froid, ampoulé, littérairement très « chiadé » si j’ose dire et ressemble plus à une dictée de Bernard Pivot qu’autre chose. A la longue, honnêtement, on se demande si l’auteure n’a pas voulu se gargariser de toute cette culture dont elle ne cesse de se vanter. Linda Lê est une intellectuelle, on finit par le comprendre, avoir un enfant apparaît donc comme un frein à son métier d’écrivain. Là où le bât blesse, c’est que l’auteure s’écoute parler et se regarde le nombril, elle n’est à mon sens absolument pas représentative des nombreuses femmes qui ont fait le même choix qu’elle. Une chose est sûre, il y a peu de chances que ces femmes qui ne seront jamais mères se retrouvent dans le discours de Linda Lê, et c’est bien dommage.

 

Mélopée, Soukee, Fanny, Sharon, Clara et Liliba ont été troublées par ce discours. Asphodèle et Manu sont sceptiques voire déçues…

 

Premières phrases : « Toi, l’enfant que je n’aurai pas, je me demande quels traits auraient été les tiens si je t’avais donné le jour : anguleux comme ceux de mon père ou flous comme ceux de cet homme, S., que j’ai aimé cinq ans durant, avec une étonnante constance, et qui me disait avoir la fibre paternelle ? Mon épanouissement, à l’en croire, passait par l’enfantement, être mère m’aurait apporté la sérénité qui me faisait défaut. J’aurais franchi un cap, bazardé l’attirail du scepticisme, renquillé mes postulats péremptoires, prisé les demi-teintes, diapré mes matins blêmes. »

 

Au hasard des pages : « Acheter de la layette, dénicher un couffin et un landau dans une brocante, décorer de rubans le berceau rempli d’animaux en peluche, t’inscrire à la crèche, consulter un pédiatre sitôt que tu aurais le nez bourgeonné, se faire une montagne de tes rhumes, ne pas fermer l’oeil de la nuit lorsque, perçant tes dents, tu vagirais, soupirer de bien-être à chacun de tes « areu areu », applaudir à chacun de tes gazouillis, te balader dans ta poussette en te protégeant de la froidure, te laisser jouer dans le bac à sable des jardins, emporter une provision de cookies pour ton goûter, fêter tes anniversaires, gâter les bambins qui te couvriraient de cadeaux, se réjouir de tes bonnes notes quand tu irais à l’école, te cuisiner tes plats favoris, t’emmener en vacances… tout cela, c’étaient des coutumes que je ne pouvais pas instaurer, non tant par mauvaise volonté que par incapacité fondamentale à me construire un univers régi par d’autres rites que ceux de l’écriture : j’aurais été une mère peu empressée à t’élever dans du coton, ayant toujours hâte de me cadenasser dans ma chambre pour arrondir mes phrases, les cadencer, tout en laissant subsister des dissonances afin de ne pas succomber à la tentation du léché. » (p. 41-42)

 

Éditions Nil (Août 2011)

Collection Les affranchis

66 p.

 

Rentrée littéraire 2011

7/7 !

Challenge terminé, en route pour les 2 % !

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-a-l-enfant-que-je-n-aurai-pas-linda-le-88170100.html

17 commentaires sur “A l’enfant que je n’aurai pas – Linda Lê

  1. J’en ai lu la moitié dans une librairie .. il faut que j’y retourne pour lire l’autre moitié. Ce que j’ai lu m’a paru très cohérent sur son choix et tient la route. Par contre, j’ai trouvé son compagnon très culpabilisateur, çà m’aurait fait fuir à toutes jambes. Mais il faut que je lise entièrement pour me faire vraiment une opinion.

    • Certes, mais ce n’est que mon avis et mon ressenti de lectrice. Ce livre a beaucoup plu à d’autres… Bonne soirée à toi aussi !

    • Je trouve aussi très intelligent ce principe de collection, j’en lirai sûrement d’autres d’ailleurs. Mais là la rencontre ne s’est pas produite…

  2. Je viens de le lire mes premières impressions à chaud sont  les suivantes. C’est remplit de clichés. J’ai trouvé ce texte très agressif, appeler sa mère Big Mother par exemple . Au final ce texte ma plutôt énervé, beaucoup de bruit pour rien en faite. J’en ferai peut-être un billet !

    • Oui, les avis sont plutôt mitigés sur ce titre… Le sujet est très personnel et intime, c’est asez prévisible comme réactions en fait…

  3. Pas pour moi alors…. Je te retrouve assez sur ce que tu dis… Je n’ai pas lu ce titre mais j’ai eu l’occasion de lire plusieurs pages de cette écrivaine… et j’ai eu la même impression que toi, une intellectualisation avec un trait beaucoup trop forcé, et en plus une froideur d’écriture qui n’est pas du tout pour moi !!

    • N’hésite pas, d’autant qu’il est très court ! Personnellement, je n’avais jamais lu cette auteure, mais là je crois que je suis vaccinée ! 😉

    • Oui, aussi surprenant que cela puisse paraître ! Je me souviens de ton billet, et je comprends totalement que tu ne te sois pas reconnue dans ce texte !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *