Afropean soul et autres nouvelles – Léonora Miano

Afropean-SoulQuoi de mieux pour partir à la découverte d’un auteur que la lecture d’un recueil de nouvelles ? C’est donc avec ces cinq nouvelles inédites publiées dans une édition scolaire que j’ai pu entendre pour la première fois la voix si particulière de Léonora Miano. Une voix forte qui dresse un portrait fidèle, réaliste et profondément humain de ce peuple noir vivant en France. Un peuple déraciné, souvent exclu, toujours en marge. Un peuple qu’on ne veut pas voir et qu’on préfèrerait oublier… Bien trop souvent.

 

Un enfant de 9 ans qui attend seul sa mère qui travaille tard le soir pour une bouchée de pain. Les désillusions d’un jeune footballeur prometteur qui quitte sa ville natale pour percer en France et ne se résout pas à rentrer au pays, paralysé par la honte de l’échec. Une bande de jeunes filles qui n’ont que la violence pour tenter d’exprimer leur douleur. Les questions et les doutes d’un jeune Afropéen sur son identité et la place que lui accorde la France. Le monde à part de ces femmes trouvant un refuge provisoire et précaire dans un centre d’hébergement d’urgence en plein Paris…

 

Les mots de Léonora Miano disent toute la rage, tout l’espoir aussi d’un peuple qui à juste titre ne se sent jamais réellement à sa place. Des mots qui collent au plus près d’un quotidien souvent précaire. Ces hommes, ces femmes, ces enfants ont tous en commun d’être noirs, nés en Afrique ou d’origine africaine, et de vivre en France aujourd’hui. Une situation complexe et souvent douloureuse qui fait qu’ils ne cessent de s’interroger sur leur propre identité, on ne peut plus fragile…

 

La langue est intense, à la fois âpre et curieusement poétique, brutale et expressive. L’auteure ne tait rien de la violence, de la misère, de l’exclusion, de la discrimination, du racisme ordinaire qui rongent ses personnages. L’air de rien, elle nous offre une vision sans concessions du monde qui est le nôtre et ce n’est pas toujours joli joli… Plus important encore, elle donne la parole à ceux qui en sont généralement privés, les sortant de leur solitude et de leur isolement qui les coupent du monde. Pour qu’ils existent, enfin.

 

L’avis de l’Irrégulière

 

Morceaux choisis : « Ce pays ne peut rien pour nous, et certainement pas nous faire rêver : qu’il y a-t-il à attendre de qui ne produit pour les siens que le manque et l’exclusion ? Un tel pays ne peut rien nous enseigner. Un tel pays n’a pas de leçons à donner. Nous devons cesser de tourner vers lui nos regards et nous inventer nous-mêmes. Nous devons voir, au-delà de cette blancheur que nous crûmes surnaturelle, des humains comme nous : faibles et imparfaits. fragiles et apeurés. Eux aussi. »

 

« L’identité était un processus, un mouvement constant, pas une stèle à trimballer sur le dos. il était déjà assez difficile d’être un humain. Autour de lui, chacun semblait s’être résolu à choisir son camp. Chacun semblait pouvoir définir les contours de son identité, son contenu. Il n’avait jamais vu les choses ainsi, considérant qu’il y avait autant de manières d’être un Afropéen, que de façons d’être un Européen de souche. parce que les gens étaient des individus, pas des particules indifférenciées d’une masse. Ce n’était pas si sûr, apparemment. »

 

« On ne pouvait haïr les gens parce qu’ils étaient au monde, et qu’ils ne vous ressemblaient pas. Ils vous ressemblaient toujours, au-delà de la surface, sous ce corps dont le jeune homme avait jusque là négligé l’apparence, pour toucher l’humain au-dedans. Voilà que les habitants de ce pays ne voulaient plus se reconnaître les uns dans les autres. Ils n’avaient plus que les mots « immigration » et « nation » à la bouche, pour dire que l’une souillait l’autre. Pour lui, l’immigration faisait partie de l’identité nationale. Elle y était une habitude, une coutume, une tradition. C’était elle également, qui avait fait ce peuple. Le jeune homme ne parvenait pas à penser autrement. Son identité, même si elle n’était que la sienne, particulière et enracinée dans un itinéraire personnel, ne pouvait être que nationale. Ce pays était le sien. Il était sa seule terre. »

 

Éditions Flammarion (Avril 2008)

Collection Étonnants classiques

121 p.

 

MIANO

Chez Stephie

8 commentaires sur “Afropean soul et autres nouvelles – Léonora Miano

  1. Tu as lu quelque chose de très différent de son prix fémina, et pourtant ce recueil avait l’air également très intéressant. Je vais rester ouverte à cette auteure et essayer bientôt de lire autre chose d’elle. Oui, quelle belle voix elle a !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *