appartenir« Je témoigne d’un non-témoignage, je témoigne d’un silence, d’un trou laissé par la souffrance. Je témoigne d’une amputation. Je n’ai rien vu de mes yeux, je n’ai pas de souvenirs, je n’ai pas connu ceux qui sont morts et pourtant ils m’importent. Et pourtant je les cherche.

 

Revenir à l’été 42. L’été de la mort de Lena, de ses parents, des grandes Aktions nazies qui anéantirent ma famille à Torczyn et à Loutsk. Comme s’il fallait en ce début de printemps 2012, à quelques mois d’une commémoration invisible, reprendre cette histoire à son origine. Le silence de Boris a envahi ma vie au point à me pousser à aller jusqu’en Ukraine, à Torczyn, son lieu de naissance, et à Loutsk, où ses frères ont vécu adultes. Ce voyage s’impose à moi sans conditions. »

 

Déstabilisant, inattendu et extrêmement intense, le roman de Séverine Werba s’apprivoise petit à petit… Au lecteur de se faire sa petite place dans les souvenirs personnels de l’auteure en quête de ses racines. Au lecteur de se faire tout petit pour voir naître sous ses yeux les mots qui relient et bouclent une boucle douloureuse. Au lecteur d’accompagner Séverine Werba dans ses tâtonnements, ses errances, sa confusion et ses certitudes qu’il faut malgré tout aller de l’avant. Pour elle, pour les siens, ceux qu’elle chérit aujourd’hui et ceux qu’elle ne rencontre que tardivement via des bribes éparses du passé…

 

Ce sentiment d’appartenance, Séverine le ressent comme une urgence. A comprendre. A rassembler les éléments de ces vies avant qu’elles ne lui échappent. Pour rendre au jour les « secrets emmurés » dans l’appartement de ce grand-père parti sans rien dévoiler. Entre sa vie et la mort de tous ces gens qu’elle ne connait pas, un fossé qu’il reste à combler. Se souvenir. Les retrouver. Parce que « le passé déborde »…

 

Et la route est longue… Séverine cherche, remue les souvenirs, part sur les traces de ses ancêtres. Il lui faut réinventer les vies d’avant. Imaginer la vie de Rosa, la soeur de son grand-père, et celle de sa fille Lena, toutes deux déportées en 1942. Partir dans ce village lointain du fin fond de l’Ukraine. Retrouver ses morts qui la hantent pour enfin appartenir à cette Histoire qui est aussi la sienne…

 

On ressort groggy de cette lecture. C’est l’enquête d’une vie. La petite histoire qui rejoint la grande. L’intime et l’universelle. Ils sont précieux ces textes là, et ils sont assez rares finalement. Comme quoi tout n’a pas été dit… Comme quoi il faut encore le dire… Séverine Werba nous offre avec Appartenir un premier roman vibrant qui questionne autant qu’il bouleverse. Essentiel…

 

 

Les avis de Charlotte, Eimelle, Jostein, Laurie, Meelly, Mirontaine, Nicole, Sabine, Tiben

 

 

Éditions Fayard (Août 2015)

264 p.

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-213-68701-8

 

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68 premières fois chez l’insatiable Charlotte

8/68

 

 

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Challenge 4% Rentrée littéraire chez Hérisson réussi !

24/24

En route pour les 5% !


22 commentaires

Aifelle · 22 octobre 2015 à 06h17

Celui-là, je veux le lire. Je harcèle ma bibliothèque pour qu’elle le commande …

    Noukette · 28 octobre 2015 à 15h54

    J’espère que tu arriveras à mettre la main dessus…

L'or rouge · 22 octobre 2015 à 22h19

Dans ma PAL ;0) Et un des premiers qui m’a tenté parmi cette rentrée littéraire. Comme tu dis un mélange d’intime et d’histoire, on ne peut qu’avoir envie de le lire… Je rajoute ton billet avec les autres tentateurs

    Noukette · 28 octobre 2015 à 15h55

    Si c’est ce que tu attends d’un roman, tu seras comblée…!

jerome · 23 octobre 2015 à 14h21

Forcément, si tu conclus ton billet avec le mot essentiel, c’est pas du jeu :p

antigone · 24 octobre 2015 à 16h20

Comme Jérome je lis le mot « essentiel » mais je lis aussi le mot « déstabilisant » et là ça me retient un peu… J’hésite encore. Dans ces cas là, je laisse l’opportunité décider pour moi. 😉

    Noukette · 28 octobre 2015 à 15h56

    Je pense sincèrement qu’on peut se sentir peu à l’aise avec ce genre d’écriture, de mise à nu et de témoignage… A toi de voir… 😉

Cristina · 25 octobre 2015 à 11h28

Je savais qu’il ne fallait pas que je vienne traîner mes yeux ici, je le savais …… tsssss

😉

    Noukette · 28 octobre 2015 à 15h57

    (Ah mais si, viens traîner par ici, tu y seras toujours bien accueillie 😉 )

Soukee · 25 octobre 2015 à 11h52

« Ils sont précieux et ils sont assez rares », tu as tellement raison et c’est une nécessité de continuer à les lire et les diffuser. Merci, je le note pour moi et mes élèves aussi.

    Noukette · 28 octobre 2015 à 15h57

    Une lecture intéressante pour des lycéens, oui, tu as raison…!

Gwen · 25 octobre 2015 à 13h47

Un thème difficile, malgré tout j’ai passé un bon moment. Je le conseille.

    Noukette · 28 octobre 2015 à 15h58

    Nous sommes nombreux à succomber à ce premier roman, l’auteure a fait fort…!

Au fil des plumes · 26 octobre 2015 à 10h15

Une bien belle lecture il me semble.

laurielit · 27 octobre 2015 à 08h53

bon je suis vraiment passée à côté. J’ai senti son réel besoin à elle de s’exprimer mais il ne m’a pas atteint. J’y ai même trouvé quelques longueurs. Cela n’enlève en rien la qualité littéraire et la difficulté du sujet mais acte manqué pour moi 🙁

    Noukette · 28 octobre 2015 à 16h00

    J’ai vu ça oui, et je peux totalement le comprendre. J’ai moi-même commencé cette lecture sur la défensive… pour finir par y entrer totalement. Je crois que ça ne s’explique pas…

Sous les galets · 28 octobre 2015 à 11h57

Il est très tentant mais je crains qu’il souffre de la comparaison avec les Disparus de Mendelsohn qui est un peu dans la même veine pour l’histoire…il faut dire que c’est un sujet qui revient énormément en ce moment 😉

    Noukette · 28 octobre 2015 à 16h01

    J’ai beaucoup entendu parler des Disparus de Mendelsohn, sans avoir à ce jour sauté le pas… Mais je garde le titre dans un coin de ma tête, je crois que je suis loin d’avoir tout lu sur le sujet… et tant mieux…!

Sandrion · 6 janvier 2016 à 16h25

Hello Noukette ! Je viens de finir cette lecture, très belle effectivement, et j’ai mis en lien ton billet 😉

Appartenir | D'autres vies que la mienne · 6 janvier 2016 à 16h24

[…] avis d’Aifelle (qui vient – drôle de coïncidence ! – de poster son billet), Noukette, […]

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