Bifteck – Martin Provost

Bifteck.gifLes sorties poches sont souvent l’occasion de découvrir des romans que l’on hésitait à lire au départ… Bifteck fait partie de ceux là, un petit roman qui avait fait pas mal parler de lui la rentrée dernière mais que je ne m’étais pas décidée à m’offrir. Après avoir lu plusieurs avis enthousiastes, je m’attendais donc à rire de bon coeur et à me délecter de la plume savoureuse de cet auteur prometteur. Le fait est que je suis totalement passée à côté de ce bouquin…

 

« Jamais on ne lui raconta une seule histoire. A quoi pouvaient servir ces contes dont on gavait les enfants dès leur plus jeune âge, pensait Fernande, sinon à s’encombrer l’esprit et engraisser pécuniairement ceux qui les écrivent ? Pour s’endormir, André eut tous les soirs un os à moelle à ronger dans son lit. »

 

Tout petit déjà, le jeune André présente des prédispositions certaines pour le métier que, dans sa famille, on exerce de père en fils. Son éducation, il la fera dans la boucherie familiale, apprendra à lire et à écrire en décodant les panneaux annonçant les divers morceaux de viande, et à compter grâce aux sacs de pièces que trie sa mère chaque soir. Élevé au lait entier et à la viande fraîche, le premier mot du marmot est d’ailleurs « bifteck »…

En grandissant, André se découvre un autre don. Pas forcément beau, plutôt quelconque même avec son regard d’albinos et son menton fuyant, l’adolescent révèle un talent certain pour les plaisirs de la chair. André est un artiste et ça finit par se savoir : la boucherie ne désemplit pas et les prétendantes se pressent pour se faire servir par les doigts habiles du boucher. En pleine guerre de 14, les épouses délaissées font la queue pour espérer passer un moment avec celui qui sait si bien faire chanter la chair des femmes, les ménagères, les jeunes, les moins jeunes, même la sous-préfète et la comtesse de Kergaradec…

Mais la guerre prend fin et les soldats finissent par rentrer. Du jour au lendemain, le jeune André de tout juste 16 ans se retrouve papa de 7 enfants abandonnés par leur mère devant la porte de la boucherie. Pour son plus grand plaisir. Malheureusement, le magasin fait faillite, les clientes ont déserté et très vite André se retrouve confronté à un mari jaloux. Pour protéger ses enfants, André n’a d’autre choix que de partir…

 

Je me suis délectée de la première partie, une fois l’effet de surprise passé. D’entrée de jeu, le lecteur comprend qu’il n’est pas là dans une histoire « classique » mais on s’attache assez vite à ce jeune André, on savoure les jeux de mots de l’auteur et on sourit aux tournures que prennent les choses à l’arrivée des sept marmots tombés du ciel. Et puis ça se gâte…

Évidemment, on ne peut pas nier que l’imagination de l’auteur est fertile mais à aucun moment je n’ai ensuite réussi à adhérer à l’histoire. Certes, les codes sont ceux du conte ou de la fable, et ce titre on s’attend forcément à tomber dans l’invraisemblable voire dans le loufoque complet. Le périple du papa poule et de ses 7 rejetons est effectivement complètement barré, la traversée en mer dure un temps infini et à l’arrivée les enfants se retrouvent à l’âge adulte en seulement quelques pages. Soit. Et puis il y a l’arrivée sur cette île incroyable. Là c’est le pompon !

Original ? Farfelu ? Décalé ? Joyeusement loufoque ? A vous de juger… Personnellement, ce bifteck m’est resté en travers du gosier…

 

Les avis de Amanda, Tamara, Brize, Clara, Canel, Lili, Keisha, Cathulu, La sardine, Sylvie, Sophielit, Chiffonnette, Sandrine, Catherine, Jérôme, De page en page, Midola, Petite fleur

 

Premières phrases : « André Plomer est né à Quimper, par un beau jour d’avril. Sa mère finissait de larder un rôti de boeuf quand elle se sentie embrochée comme un poulet prêt à cuire. La cliente qui attendait, la voyant étouffer, crut que c’était le coeur qui lâchait. Mais non. Ça se passait plus bas. Lorsque les eaux se mirent à ruisseler sur la sciure, on envoya chercher le futur papa aux abattoirs. Il fallait le prévenir dare-dare que l’enfant de l’amour arrivait. »

 

Au hasard des pages : « Si André avait appris à se faire respecter d’un froncement de sourcils et aimer d’un simple sourire, il savait aussi d’un geste effacer toutes les craintes. Ainsi, chaque soir, quand le crépuscule arrivait, et avec lui les tumultes intérieurs de ces très jeunes âmes, il s’attachait fermement les barre aux pieds après avoir affalé la grand-voile, en couvrait ses petits qui se blottissaient instantanément contre lui, à la recherche de cette tendresse indispensable à toute croissance humaine. Il conduisait de la pointe de son gros orteil, le bateau n’avançant plus qu’avec un simple foc. Il pouvait alors câliner à foison sa portée toute téteuse, tâter, masser, dorloter ces bras, ces cuisses, ces dos et ces fesses bien potelés, les gaver de gazous-gazous, chasser en eux toute velléité de douleur ou de peur, et pendant qu’il chantait de mémoire le seul air qu’il lui avait été donné d’entendre (…) beuglé par Fernande à son mari les jours de liesse, il leur donnait du bout d’un doigt un peu de pain mouillé trempé de miel pour finir de les endormir. » (p. 47-48)

 

Éditions Le livre de Poche (Janvier 2012)

128 p.

Première édition : Éditions Phébus (Août 2010)

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7 commentaires sur “Bifteck – Martin Provost

    • Ouf, je l’ai échappé belle ! Cela dit, certaisn y ont trouvé leur compte, j’avoue que moi je suis vraiment restée sur ma faim ! 😉

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