Bleu de travail – Thomas Vinau

bleucouv

 

Parfois le temps se fige et les aiguillent des horloges arrêtent leur course folle…

 

Parfois les mots vous prennent par surprise et s’impriment durablement sous la peau…

 

Parfois les fils se tissent comme par magie, des éclats de lumière mêlés à des bouts de tristesse, brins de folie douce et brisures de vrai bonheur…

 

J’ai embarqué dans les mots de Thomas Vinau. Je me suis frottée au beau avec l’impression tenace d’avoir un véritable diamant brut entre les mains.

 

On porte, quelque part, à l’intérieur de soi, ce que la vie nous a pris. On porte cette absence. Le poids, l’empreinte, le relief, du mal que l’on nous fit. Il est là le bagage. Dans ce qui manque. Dans ce qui est fini. Toutes les bêtes de notre espèce portent leur collier de perles noires. Un sac de pierres vides sur les lombaires.

 

Et pourtant, il y a quelques mois, j’avais refermé Et nos cheveux blanchiront avec nos yeux avec la désagréable impression d’une rencontre ratée. Pas même l’émotion qui affleure. Pas le moindre petit frétillement de cœur qui bat plus fort… Ce n’était peut-être pas le moment… La vraie rencontre s’est faite là, entre les lignes, dès les premiers mots. Une prose à nulle autre pareille. Un petit miracle en équilibre. Une plume qui oscille entre la poésie la plus pure et le réalisme le plus terrien. C’est beau à en filer le frisson. Ça file le tournis tout en ancrant profondément les pieds dans le sol. Un quotidien pas toujours reluisant, pas franchement enthousiasmant, mais dans lequel des lueurs de beau éclatent régulièrement. Et ils sont là tous ces éclats, dans les mots de Thomas Vinau…

 

Il y a l’usure des mots. Des mots de tous les jours. Des mots de petit jour. Des mots dont on se sert, jusqu’à la corde. Jusqu’à la patine du sens. La rondeur de l’usure. La trace sur le manche. C’est matière première, brute, de l’échange. De la guerre. De la consolation. Qui disent la blessure. Qui disent l’évidence. Qui disent l’essentiel. Simplement le poème ou le texte les remet au centre. Leur redonne une place. Un peu d’espace. De largeur. Un peu d’air et de silence dans le vacarme aseptisé de la course. Ce sont des mots de soif comme on parle d’un vin de soif. Un vin de tous les jours. Un vin de table. Des mots de tous les jours. Des poèmes de tous les jours. Des poèmes de table. Des poèmes de soif.

 

Curieuses résonances. Écho inattendu avec cette vie qui file si vite qu’on a parfois l’impression qu’elle nous échappe. Étrange sensation d’un moment rare et précieux, suspendu au dessus du tumulte du monde. Des petits riens qui disent tout, à petits pas, sans faire de bruit. Juste celui des pages qui bruissent entre les doigts, juste ceux des mots qui semblent se murmurer à nos oreilles, juste le beau qui crépite et résonne longtemps, longtemps…

 

Le jour met son bleu de travail. Je regarde le vent. Pourtant je ne le vois pas. Pourtant je le regarde. Pour relever la tête commence par lever les yeux. Derrière la plaine blanche, les collines. Derrière les collines, des nuages. Derrière les nuages, d’autres horizons qui s’inventent. J’écris à l’encre noire les jours de rien. Les petits matins purpurins. Les soirs sans fin. Smicard de l’aube et des pluies fines. Le temps ne se paie pas à l’heure mais aux traces de godillots qu’il laisse sur ta carcasse. Pendant ce temps, la mort colore les arbres. Le jour met son bleu de travail. Je mets le mien.

 

Les avis de Aifelle, Hélène, Leiloona, Moka, Sabine

 

Éditions La Fosse aux Ours (Aout 2015)

88 p.

 

Prix : 13,00 €

ISBN : 978-2-35707-066-0

 

 

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25/30

19 commentaires sur “Bleu de travail – Thomas Vinau

  1. Bienvenue au club ! il faudrait que tu lises « ici ça va », je pense qu’il te plairait davantage que « nos cheveux blanchiront avec nos yeux », à la construction un peu déroutante (je dis ça, mais moi je l’ai aimé tout de suite).

  2. Ahhh mais je t’avais dit au salon que je te l’enverrai…
    Bon, on a évité le doublon de justesse. J’étais sûre que tu serais conquise.

  3. Quelle écriture ! merci pour cette belle découverte ! je crois que j’avais déjà lu un billet sur cet auteur chez Aifelle. Un point de plus pour cette maison d’édition qui fait des miracles.

  4. Rhaaa que je suis contente que ce livre t’ait touché ! Thomas Vinau sait comme personne remettre l’essentiel au centre, en poésie… C’est vrai que , bien que je l’ai aimé dès le premier, j’ai trouvé celui-ci plus sombre, plus mûr aussi…

  5. Je n’ai pas lu celui-ci mais j’ai beaucoup aimé Ici ça va, Juste après la pluie, La part des nuages… il parle de l’essence des petites choses comme personne.

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