Charlie – François David

Charlie

 

Étrange amitié que celle qui lie Luce à Charlie… Luce à 13 ans, Charlie est un sans domicile fixe passant la plupart de son temps devant la « petite grande surface de la commune ». Le Point’Mag, c’est son QG, là où il fait la manche, une pancarte posée devant lui annonçant « Clochard de Paradis ».

 

Et au paradis, Luce y est quand elle rejoint Charlie tous les jours après le collège. Devenu son seul ami, son confident, elle ne pense qu’à le retrouver. Avec lui, elle ne voit pas le temps passer. Plus rien ne compte et ses résultats scolaires s’en ressentent.

 

Autour d’elle, les réactions sont diverses. Ses amis, sa meilleure amie en tête, ne la comprennent pas et la trouvent « bizarre ». Pour Léa, Charlie est « un nul, un nuisible, un déchet », une trahison pour Luce. Les autres sont inquiets ou gênés de cette amitié si peu conventionnelle. Seuls ses parents, étrangement, acceptent cette histoire. Aucun reproche, aucune réflexion. Une confiance absolue.

 

Charlie est le récit par Luce elle-même d’une année scolaire entière passée avec Charlie. Une année qui se terminera par son exclusion du collège et la fin de leur belle histoire. Une histoire importante et marquante pour Luce qui a réellement existé. Un entretien en fin d’ouvrage avec la vraie Luce devenue adulte montre à quel point encore aujourd’hui elle reste marquée par cette histoire. Charlie lui a ouvert les yeux sur le monde, sur les autres, sur la vie…  Leur relation est sincère, sans ambiguïtés, ils ressentent de la joie à être ensemble, simplement. « Je relevais dans l’air, autour de Charlie, quelque chose qui n’avait nul besoin de parole ni de regard, je l’éprouvais derrière mon cou, sous les épaules, des ondes invisibles, comme un courant qui se propageait de son cœur vers mon cœur. »

 

 

Charlie est un étonnant petit roman. Une belle histoire d’amitié. Dans l’entretien en annexe, la jeune fille devenue assistance sociale dans un hôpital prend du recul sur cette histoire peu banale et ne regrette rien. « Il m’avait amusée, interpellée aussi. Il poussait à réfléchir, à s’interroger sur les gens, sur le monde… Cela m’avait intéressée tout de suite, je n’ai pas éprouvé de réticence ni ressenti de peur. Si cela avait été le cas, je n’aurais pas poursuivi cet échange. » Reste que pour le lecteur cette histoire peut paraître improbable, certaines réactions disproportionnées ou simplement irréalistes. Soit, mais le roman est basé sur une histoire vraie, difficile donc d’émettre un quelconque jugement ou d’y chercher un quelconque message. J’en retiens, comme la vraie Luce, une belle histoire…

 

 

« Avant Charlie, il n’y avait personne. Ni devant Point’Mag, ni dans ma vie.

Un jour, il a été là, avec ses deux cartons, et, pour moi, à l’instant, plus rien n’a été pareil. »

 

 

Une lecture que je partage comme chaque semaine avec Jérôme et à laquelle nous avons conviée notre chère Stephie qui a la très bonne idée de faire découvrir cette maison d’éditions le mois prochain sur son blog.

 

Les avis de Canel et Fantasia

 

 

Éditions Le Muscadier (Février 2014)

Collection Place du marché

67 p.

12 commentaires sur “Charlie – François David

  1. Bonsoir Noukette,

    J’aie beaucoup ces livres poétiques.
    Je vais me procurer ce nouveau livre, qui change de ce qu’il a écrit précédemment.
    Merci pour l’info!

  2. Je ne comprend pas : tous les bloggueurs dont je lis les critiques sur ce livre sont tellement dubitatifs face à cette amitié…
    Lorsque j’étais enfant, ma mère m’emmenait à la Boutique de Solidarité. Je prenais, tous les mercredi matin, mon déjeuné avec des SDF. Je me souviens de plusieurs d’entre eux, ceux qui cuvaient le vin d’hier soir et risquaient de se noyer dans leur bol, ceux qui schlinguaient pire que possible, ceux qui avait la tête toute amochée de la bataille d’hier soir, ceux qui était simplement calmes, ceux qui ramenaient des trucs des fois, que nous savions volés. Mais, malgré les imminents défauts de ces gens, je me rappelle surtout les genoux, les parties de cartes, les tours de magies, les histoires qu’ils me racontaient, les trucs qu’ils nous offraient alors qu’ils n’avaient rien. En bref, ils étaient, pour moi, tout ce qu’il y a de plus normal, des compagnons de jeu comme les autres. Des vrais personnes.

    Je me souviens de mon arrivée à Paris. J’avais 17ans, j’étais venue d’Orléans pour suivre une formation d’Assistante de Service Sociale. Je suppose que beaucoup me diront que cela m’a prédisposée à me lier d’amitié avec des SDF : depuis toujours, j’ai attiré « les gens étranges » comme disaient mes amis.
    Paris, ce n’est pas le genre de ville où il est facile de s’adapter quand on ne connait personne. Et lorsque vous êtes de très loin la plus jeune de votre formation, que les autres élèves vous considèrent plus ou moins comme leur filles, l’intégration est d’autant plus difficile et la solitude plus lourde.
    Je me souviens de Jean, mon SDF du métro. Je finissais les cours à heure fixe et nous nous retrouvions toujours dans la même rame de métro (à paris, on choisit souvent sa rame car plus proche de notre sortie). Un jour j’ai dit à Jean d’arrêter de me demander de l’argent, car j’étais étudiante -donc fauchée-, mais par contre, s’il avait besoin d’une assistante sociale, de conseil pour s’en sortir, j’en serais ravie.
    Je n’ai plus jamais recroisé Jean entrain de faire la manche dans ma rame : on papotait. Et les SDF ont tellement de choses à dire et à raconter ! C’a été mon premier ami à Paris.
    Je me souviens (et tous les parisiens de saint lazare verront de qui je parle) de « papy bouteilles de coca ». C’est un SDF un peu flyé. Un jour, en lui donnant un croissant, je lui ai demandé pourquoi il gardait toutes ses bouteilles. Il m’a répondu « pour construire un château ». C’était tellement adorable que tous les matins en venant je lui demandait des nouvelles de son château. Et le soir, je lui souhaitais de faire de beaux rêves. Si bien que lorsqu’il y avait un problème sur ma ligne de train il me faisait le point info-circulation. Il était adorable et ce fut mon deuxième ami sur Paris. Depuis, il a changé de ligne de métro, je ne le croise plus…
    J’ai rencontré pleins d’autres SDF à cause de ma formation, et des dont je me souviendrais toute ma vie. Mais ces deux là m’ont particulièrement marquée car, lorsque je n’en pouvais plus de la capitale, ils étaient là. Mes deux copains, et seuls amis Parisiens.
    Ce n’est pas parce que ces gens n’ont pas de maison qu’ils sont dangereux. Souvent, moins ils ont, plus ils sont généreux.

    • Merci pour ce témoignage… et ce long commentaire sur le blog. J’ai aimé ce livre, cette belle histoire d’amitié. Je comprends votre ressenti vu votre vécu. Ici, mes seuls bémols concernent les réactions parfois disproportionnées de l’entourage de la jeune fille. Le fait aussi que personne ne s’interroge (notamment ses parents) sur le fait que toute sa vie tourne autour de Charlie. En dehors de Charlie, pas de vie… Était-ce le signe d’un mal être ? Je ne sais pas. C’est, là aussi, une autre histoire… Mais je suis d’accord avec tout ce que vous dites, et vous le faites très bien d’ailleurs. Merci de votre passage ici ! 😉

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