Comment ma femme m’a rendu fou – Dimitri Verhulst

Comment-ma-femme-ma-rendu-fou_2961Désiré Cordier en a ras le bol. De tout et de sa femme Monik en particulier. A soixante-quatorze ans, ce bibliothécaire retraité décide donc de déserter sa propre vie en simulant la démence sénile, avec l’objectif avoué de se faire enfermer dans une maison de vieillards gâteux où enfin il aura la paix.

 

Très vite, Désiré se prend au jeu et jubile à jouer la comédie, s’amusant des réactions de ses proches obligés d’admettre que le petit vieux débloque. Et Désiré parvient à ses fins… Interné au home Lumière d’hiver, il peaufine sa supercherie auprès du corps médical qui n’y voit que du feu. La liberté a un prix, qu’importe si pour cela il doit souiller ses draps toutes les nuits, ingurgiter des cachets de toutes les couleurs, s’abreuver de programmes soporifiques et jouer au bingo avec des pensionnaires qui ont eux réellement perdu la boule…

 

Bon. Je termine ce roman et je m’interroge… A quoi bon…? Le choix de Désiré me laisse perplexe et il faut bien le dire un brin effarée. Pourquoi ne pas choisir de mettre les voiles sans tambour ni trompette, en claquant tout simplement la porte et en laissant derrière lui cette vie conjugale dans laquelle il ne s’épanouit pas ? Le désir de vengeance ? Admettons. Mais après ? La liberté ça serait donc croupir seul dans un hospice entouré de vieux décrépis tout en étant soi-même sain d’esprit…? Franchement je ne comprends pas…

 

Alors oui, ce roman est bourré d’humour noir. D’habitude je suis d’ailleurs plutôt bonne cliente de ce type d’humour corrosif, décapant et décalé. Mais là je n’ai pas compris où l’auteur voulait en venir, mis à part régler ses comptes avec la vie de couple, le mariage et/ou les convenances sociales qui font qu’on ne peut pas facilement dire « merde » à ce(ux) qui nous pourrit la vie.

J’ai peut-être esquissé un sourire, oui, à certains passages gentiment loufoques, j’ai même (en cherchant bien) trouvé très justes certaines réflexions à peine déguisées sur la famille, la vieillesse et la fin de vie. Mais dans ce cas, autant y aller franco et jouer toute la carte de la férocité au lieu de donner l’impression de survoler le sujet, de façon légère et doucement irrévérencieuse…

 

Lecture plus qu’en demi-teinte que j’ai pris néanmoins beaucoup de plaisir à partager avec Jérôme, sûrement encore plus déçu que moi tant il avait aimé le précédent roman de l’auteur…

 

Les avis de Canel, Jostein, Léo, Petite noisette, Yv

 

 

Premières phrases : « Je traverse le Styx et j’emporte : un tube de dentifrice (pour le fun)…

Bien que ce soit de façon tout à fait délibérée, c’est vraiment contre mon gré que, chaque nuit, je chie à nouveau dans mon lit. M’abaisser à cet acte dégradant est en vérité la conséquence la plus gênante du chemin plutôt dingue que j’ai décidé d’emprunter dans mes vieux jours. Mais j’éveillerais les soupçons de mes infirmières et infirmiers si je restais sec durant mon sommeil. Si je ne souhaite pas sortir de mon rôle de vieillard sénile, je n’ai d’autre choix que de salir de façon régulière mes langes. Car c’est bien de ça qu’il s’agit : un rôle. Je ne suis pas du tout aussi dément que je ne le fais croire à mon entourage. »

 

Au hasard des pages : « Sur papier, ça avait l’air simple : j’allais me désagréger plus ou moins comme un de ces rochers isolés dans un western : lentement, avec une certaine beauté, et irrémédiablement. Vieillir et aussi disparaître graduellement dans le brouillard que j’aurais moi-même répandu. Déchoir si doucement que la nuit existentielle tomberait presque sans qu’on s’en aperçoive. S’il existe un art de vivre, alors existe aussi un art de mourir. » (p. 45)

 

 

Éditions Denoël (Janvier 2015)

141 p.

Traduit du néerlandais par Danielle Losman

 

Prix : 14,90 €

ISBN : 978-2-207-11781-1

 

 

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25 commentaires sur “Comment ma femme m’a rendu fou – Dimitri Verhulst

  1. J’allais te demander si l’auteur n’étais pas danois (ou danoise), mais je vois qu’il/est néerlandais(e)… parce que l’humour noir danois m’a déjà laissée comme ça, perplexe…

  2. J’ai eu la même interrogation que toi : Pourquoi ne pas claquer la porte tout simplement ? Dommage je passe…

    Bonne semaine 😉

  3. Une grosse déception pour moi, c’est vrai. Mais on a pu en parler ensemble et comme rien ne me plaît plus que de discuter de mes lectures avec toi, j’en tire quand même du positif 😉

  4. Je le tenterai sans doute bien quand même, malgré les bémols lus à son sujet (chez toi, Jérôme et Anne). Juste pour avoir une idée de l’humour de Dimitri Verhulst. Il y a aussi son titre La merditude des choses, au cas où…

  5. Le manque de crédibilité risque de m’agacer, et puis pour le coup, je ne suis pas férue d’humour noir et décalé en littérature…

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