Comment tu parles de ton père – Joann Sfar

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« Papa est né l’année où tonton Adolf est devenu chancelier : 1933. C’est l’année où pour la première fois on a découvert le monstre du Loch Ness. C’est l’année, enfin, où sortait King Kong sur les écrans. Mon père, c’est pas rien. »

 

Joann Sfar est formidable ! J’aime son humour, son génie (c’est un génie !), ses emportements, ses coups de chaud, ses coups de gueule, ses débordements, son sourire, son talent, ses dessins, ses univers, son imaginaire, son chat, sa folie, ses mots, son cigare, même ses amis… J’aime Joann Sfar, tout (ou presque !)… Et surtout j’aime ses histoires ! Des histoires mises en bulles, en films et en mots … Le pavillon en est rempli 😉

 

Alors un récit intime, tendre, drôle, savoureux, personnel, construit comme une fiction mais qui laisse entrevoir un petit bout de lui, je m’y suis plongée avec délice !

C’est un drôle d’ouvrage que ce dernier, porté par un héros magnifique : André Sfar. Cet homme doté d’une « vraie beauté de salopard. Un truc à la Alain Delon, pas dépourvu de méchanceté », produisait un effet dingue sur les femmes, sans effort ! Cet homme, féroce, colérique, bagarreur, avocat, veuf, triste, baiseur, menteur, baratineur, engagé, brillant… Un mâle, dixit l’auteur, en tout point réussi !

 

« Mon papa est très fort et il me protège. Il faisait ça avec le sens dramaturgique nécessaire. C’était toujours brutal, inattendu et sans appel. La plupart du temps il se battait à propos de motifs gravissimes, comme sa voiture. Vraiment, je crois que dans tout Nice, André Sfar était réputé pour son charme, pour son talent d’avocat, pour son élocution, mais aussi pour ses colères. Dans la famille aussi. Depuis tout petit, je me demande ce que valait Napoléon Bonaparte. Je me demande si papa l’aurait battu. »

 

Alors comment fait-on pour grandir dans l’ombre de ce géant ? Comment fait-on pour vivre, pour se construire,  pour se séparer, pour être tout simplement ? Comment fait-on pour survivre après la mort de son père ?

Joann Sfar remonte ses souvenirs, divague au gré de la douleur immense de ce décès. Ce livre est peuplé de fantômes : sa mère d’abord, son père bien sûr, les grands parents….  On y trouve des absents évidemment, des souvenirs – des beaux comme des terribles -, des larmes et de la fragilité, de la tendresse, de la religion, du folklore et de la tradition, Nice et la Côte d’azur, du coup de foudre et moult fiancées, du secret et du traumatisme, de la paternité et de l’héritage, des beaux discours, de l’engagement, de l’amour, de l’enfance, de la colère, des deuils, de l’élan, du rire, des….

 

C’est décousu, c’est un peu fou, c’est tendre, drôle surtout, c’est triste, c’est bien, c’est beau…. Très beau, ces mots, cet hommage, ce cri d’amour d’un fils pour son père ! Ça m’a chaviré le cœur !

 

« Ma singularité est née à la montagne, au décès de ma mère. Je ne crois pas que j’aurais dessiné si ma mère avait vécu, je n’aurais certainement pas consacré ma vie à raconter des histoires non plus. J’ai beaucoup aimé être orphelin. Cela m’a mis très tôt face au monde. Au moment où les autres connards attendaient encore que Dieu leur serve de petites roues au vélo, je tenais debout correctement, comme un adulte bizarre, de trois an et demi. A l’inverse, la mort du père me rend banal. Enfin sans doute je vais être compris puisque le présent ouvrage a raconté la bagarre la plus ordinaire qui soit : survivre à son géniteur et s’en apercevoir, parfois avec horreur, qu’on lui ressemble. Ma mère est morte à la montagne, c’est plus joli. Je dois m’efforcer de rester davantage orphelin de mère que sans père. »

 

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Encore un petit bijou découvert grâce au Grand Prix des Lectrices de ELLE ♥

 

Comment tu parles de ton père, Joann Sfar, Albin Michel, 2016.

15 commentaires sur “Comment tu parles de ton père – Joann Sfar

  1. J’ai découvert Joann Sfar dans sa version illustrée du Petit Prince que j’ai adorée!!!
    Maintenant je serais bien curieuse de découvrir l’un de ses romans, et tu en parles avec un si bel enthousiasme…

  2. Et bien je ne sais pas, toujours pas. J’entends tout et son contraire sur ce roman et côté BD, de ce que j’ai pu lire le concernant, ça passe ou ça casse. Mais si ses dessins peuvent parfois apporter une respiration au propos, ici, en roman, sur un côté un peu nombriliste… je sais pas.
    « Décousu »… ça me freine copine !

  3. Ton enthousiasme fait plaisir à lire ! Pour moi, déception certaine…j’aime le Sfar du Chat du Rabbin, et aussi j’aime bcp Sfar à l’oral , j’adorais sa mini émission sur la peinture sur FranceInter , c’était brillant , ludique et spontané ; mais là, justement , il écrit comme il parle , et (pour moi) ça ne marche pas, cela fait relâché, voire vulgaire comme dit Joëlle plus haut, au final cela banalise/relativise beaucoup son propos . Je n’ai pas fait de billet (par flemme bien entendu ;-))) et parce que je ne voyais pas l’intérêt de le dézinguer , mais bon…

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