Confiteor – Jaume Cabré

confiteor

 

Voilà plus d’un mois que j’ai terminé Confiteor... Longtemps, je lui ai tourné autour. Longtemps je me suis dit que non, je n’étais pas à la hauteur. Longtemps je me suis dit, à chaque retour sur ce roman que non, décidément, je ne pouvais pas passer à côté.

 

Est-ce le côté « brique » qui m’a fait peur…? Cette impression d’aller au devant d’une lecture exigeante, peut-être trop « grande » pour moi…? Ce côté « Everest », sans corde ni filet…? Allez savoir…

 

Le fait est que je regardais ce roman avec un mélange d’envie et d’appréhension. Et puis cette couverture, si belle. Cette quatrième, qui promettait un moment de lecture inoubliable…

 

 

Ça donne quoi quand on se jette à l’eau ? Je pense que j’ai ressenti à peu près la même chose que n’importe quel lecteur lambda confronté à un chef-d’œuvre qu’il n’espérait même plus. Le genre de roman qu’on croise si peu dans une vie. De ceux qui font dire « Whaouuu…, ça existe finalement… » En rédigeant ce billet, je repense à celui, tout récent, de Jérôme sur Au-dessous du volcan de Malcom Lowry. Oui, une telle lecture, c’est déstabilisant, ça chamboule les repères qu’on se crée malgré tout pour se rassurer, ça bouscule tant c’est vertigineux d’intelligence et de finesse.

Confiteor, c’est tout ça. Et bien plus encore. On suit avec admiration et avidité le parcours du petit Adrià au cœur du Barcelone des années 50. Sa soif d’apprendre. Son destin incroyable d’enfant en mal d’amour. Sa découverte, fortuite, de tout ce qui se trame réellement autour de lui… Et quand un demi-siècle plus tard Adrià décide de faire ressurgir les souvenirs, qu’il les couche sur le papier avant qu’ils ne disparaissent totalement pour les offrir à celle qu’il a toujours aimée, le lecteur plonge avec délice et effroi dans les méandres souvent nauséabonds de l’Histoire avec un grand H…

 

Vertigineux oui. Étourdissant. Déconcertant aussi… Et impossible à résumer. Une construction et une langue magnifique, tortueuse, inventive, lumineuse. Magistral. Du grand art, ni plus ni moins, et un grand roman d’un grand auteur, qui force le respect… A lire absolument.

 

Un grand merci à Praline de partager avec moi cette lecture inoubliable…

 

 

Les avis de Angela Morelli, Cachou, Clara, Cuné, Dasola, Karine, Mango, Mélopée, Séverine, Un autre endroit, Valérie, Yueyin

 

 

Premières phrases : « Ce n’est qu’hier, alors que je marchais dans les rues trempées de Vallarca, que j’ai compris que naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable. Tout à coup, j’ai vu clairement que j’avais toujours été seul, que je n’avais jamais pu compter sur mes parents ni sur un Dieu à qui confier la recherche de solutions, même si, au fur et à mesure que je grandissais, j’avais pris l’habitude de faire assumer par des croyances imprécises et des lectures très variées le poids de ma pensée et la responsabilité de mes actes. Hier, mardi soir, en revenant de chez Dalmau, tout en recevant l’averse, je suis arrivé à la conclusion que cette charge m’incombe à moi seul. Et que mes succès et mes erreurs sont de ma responsabilité, de ma seule responsabilité. Il m’a fallu soixante ans pour voir ça. »

 

Au hasard des pages : « C’est incroyable, comme les choses les plus innocentes peuvent engendrer les tragédies les plus improbables. » (p. 98)

 

 

Éditions Actes Sud (Aout 2013)

772 p.

 

 

Challenge pavé de l'été 2014

Challenge Pavé de l’été chez Brize : réussi !

37 commentaires sur “Confiteor – Jaume Cabré

  1. Suis bien d’accord avec Itzamna, tu sais drôement bien nous mettre l’eau à la bouche 😉
    Arf ben j’vais le commander, avec le Rowling, ça devrait m’occuper pour un petit bout de temps et me changer de mes histoires de maternité !!!
    des baisers ma copine et un très joli lundi à toi

  2. « brique » « Everest » « appréhension » et en même temps « envie » c’est tout à fait ce que je ressens pour ce roman. Et je n’ai toujours pas franchi le pas …

  3. C’est quand même formidable de pouvoir croiser de tels romans dans une vie de lecteur. Parce que je ne peux pas faire l’impasse sur un livre qui t’a tant bousculée, je le lirai forcément. Je ne sais pas quand mais le moment viendra, impossible autrement.

  4. Je n’ai toujours pas dépassé cette période initiale de séduction que tu décris si bien. Mais son tour viendra. Le savoir en bonne place dans ma PAL est une belle promesse de bonheur à venir…

  5. Tout pareil ! Ma lecture de l’été, qui m’a tenue 10 jours… Très difficile et perturbant, mais quel bonheur. Au moment de fermer la dernière page, je me suis dit : il faut que je le relise ! Un chef d’oeuvre !

      • Ben en fait, je pensais que tu nous attendrais avec Phili, on s’était dit qu’on se recontacterai fin août ! On a prévu ça pour le 4/9. Il me reste juste à l’écrire… (genre le 5 à minuit, pour ne pas changer mes bonnes habitudes !)

        • Non, je crois que je vous avez dit que je le publierai avant, j’ai du mal à écrire des billets trop longtemps après lecture… Mais j’attends vos billets avec impatience ! 😉

  6. Tu as attendu un mois …. j’ai attendu encore plus longtemps et il n’est toujours pas écrit mon avis ; il faut dire qu’il change avec le temps … et je me rends compte qu’il m’a beaucoup plus marquée que ce que je pensais

    • Je crois qu’il ne faut pas trop réfléchir… Si je ne m’étais pas lancé, si je n’avais pas fait « au feeling », le billet ne serait toujours pas écrit je crois… Hâte de lire le tien en tous cas ! 😉

  7. D’habitude, quand je compte lire un livre, je ne lis pas (plus) les billets qui s’y rapportent. Mais celui-là, j’ai l’impression que personne n’arrive vraiment à le résumer, pas de spoilers quoi, et toujours cette admiration et cet enthousiasme. Tout va bien, je le lirai donc !

    • Je ne savais pas par quel bout le prendre ce billet… Et ce roman est vraiment impossible à résumer, on en dirait trop, ou pas assez, et ce serait le trahir je pense… Du coup, si mon billet qui n’en est pas vraiment un te donne envie de le lire… alors mission accomplie ! 😉

  8. C’est sûr, je le lirai ! Mais quand ? Mystère ! Pour moi le dernier grand chef-d’œuvre pour lequel je me suis dit « ah oui, c’est ça la littérature ! », c’était La mémoire est une chienne indocile.

    • La mémoire est une chienne indocile est un des romans que j’avais prévu de lire pendant les vacances… et puis, pas le temps. Mais il ne perd rien pour attendre, aux prochaines vacances, je lui fais un sort ! 😉

  9. Je ne regarde pas, je ne regarde pas, je ne regarde pas ton avis* car je suis en train de le lire pour une LC prévue début septembre et pour l’instant, j’aime beaucoup (je suis même soufflée par la narration !)

    *: je n’oublierai pas d’y joindre le lien !!!!

  10. Sans toi je serais passé à côté de cette oeuvre. j’ai très envie d’aborder cette « brique ». J’anticipe le plaisirs de découvrir un souffle épique et une histoire attachante !

  11. Quel magnifique billet, tu dis exactement ce que je ressens, j’ai très envie de le lire, et j’ai peur de ne pas être à la hauteur , de ne pas vibrer comme tous les lecteurs, de passer à côté!
    Mais je vais me l’offrir et je ne vais pas attendre la sortie poche car cette couverture est formidable.

  12. Je ne crois pas avoir lu une seule mauvaise critique au sujet de ce roman ! Mais je pense qu’il faut être dans l’état d’esprit ad hoc pour se lancer dans une lecture aussi exigeante.

  13. Quel beau billet NOUkette….tu sais que je n’ai pas réussi à la caser dans mon été, mais je me le garde bien au chaud, pour l’attaquer au bon moment…j’ai hâte hâte hâte
    Ton billet me réjouit absolument 😉

  14. Un roman exigeant mais qui apporte tellement ! C’est un véritable délice 🙂 Ravie d’avoir fait cette découverte avec toi (et il parait que Cabre a écrit d’autres romans très chouettes aussi)

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