De nos frères blessés – Joseph Andras

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« Il n’est pas encore 17 heures. Les juges refont leur entrée dans le tribunal. Le président Roynard prend la parole : Fernand Iveton, ici présent, est condamné à la peine capitale. Le verdict tombe comme le couperet qu’on lui promet.

Fernand baisse les yeux à l’instant où s’élève, aux quatre coins de la salle, la clameur des Européens d’Algérie. Applaudissements et bravos. Ivresse et dents déployées. La Justice goûte son triomphe. »

 

Un premier roman qu’on referme groggy… Je l’ai ouvert en connaissance de cause et pourtant sur la défensive… Une entrée sur la pointe des pieds dans les premières pages du roman qui ont d’emblée été douloureuses. Trop. J’ai reposé le roman en me disant que je n’avais pas choisi le bon moment pour me confronter à cette sale histoire… Et pourtant, déjà, une évidence : les mots de Joseph Andras, son phrasé, sa justesse de ton et l’équilibre si délicat qu’il a réussi à trouver entre l’engagement et l’émotion sont la preuve indéniable d’un grand talent…

 

Mais j’y reviens. Et parce que l’auteur n’est pas tombé dans l’écueil facile de l’émotion à outrance, je ne peux plus le lâcher… Lire De nos frères blessés a été pour moi une véritable expérience de lecture. J’ai découvert le destin tragique de Fernand Iveton avec ce roman. Sûrement comme des milliers d’autres lecteurs… C’est honteux quand on y pense. Si la France a voulu oublier cet épisode indigne de son histoire, Joseph Andras rend à Joseph Iveton, français de souche, algérien de cœur, l’hommage qu’il mérite. Et l’auteur ne passe rien sous silence…

 

Guillotiné le 11 février 1957, en plein cœur de la guerre d’Algérie, l’ouvrier indépendantiste Fernand Iveton est le seul Européen exécuté par la justice de l’État français. La grâce présidentielle lui sera refusée alors même que la bombe artisanale qu’il avait déposée dans un local désaffecté de son usine à Alger n’avait pas explosé. L’intention n’était d’ailleurs pas de tuer. Juste de marquer les esprits et de saboter le réseau de gaz de la capitale. Mais il faut un bouc émissaire… Et la justice, aveugle, se montrera inflexible…

 

Un soldat à ses côtés affirme à Fernand que tous les Européens d’Algérie, dehors, le clouent au pilori : il y a même des portraits de ta tronche placardés aux murs d’Alger. Il est le traitre, le félon, le Blanc vendu aux crouilles.

 

Une sentence prononcée pour calmer les esprits échauffés criant vengeance. Une exécution au nom de la raison d’état pour un crime qui n’a pas eu lieu… Fernand Iveton fut traité comme un assassin alors qu’il n’avait tué personne. François Mitterrand était alors Garde des Sceaux. Quelques années plus tard, la peine de mort sera abolie sous son mandat de président… C’est finalement la littérature qui est la mieux placée pour faire revivre Fernand Iveton… Sous la plume impeccable de Joseph Andras, le lecteur l’accompagne jusqu’à son exécution, allant jusqu’à pénétrer son intimité d’homme libre et amoureux. Des passages parmi les plus beaux du roman, comme une respiration dans l’horreur…

 

Exemplaire et essentiel. Une lecture saisissante que j’ai pris grand plaisir à partager avec ma Framboise

 

Les avis unanimes de Jérôme, Joëlle, Martine, Nicole, Sabine

 

Éditions Actes Sud (Mai 2016)

144 p.

 

Prix : 17,00 €

ISBN : 978-2-330-06322-1

 

 

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19 commentaires sur “De nos frères blessés – Joseph Andras

  1. Il est SUPERBE ton billet ma copine <3
    Ravie de cette belle lecture partagée <3
    Ravie aussi de cette aventure des 68 premières fois 😉
    Des bisous fous de la nuit (ou du petit jour c'est selon !)

  2. Je viens de lire l’interview de Michel Rocard dans le Point. Il dit avoir traité Mitterand d’assassin pour son rôle dans la guerre d’Algérie . Je ne sais pas si c’est vrai , en tout cas, s’il l’a fait, les médias de l’époque n’en ont pas beaucoup parlé. Ce livre est déjà dans ma liste.

  3. Ravi d’avoir suivi l’évolution (positive) de ton point de vue par rapport à ce premier roman. Si je me rappelle bien de tes premières impressions, c’était loin d’être gagné. Mais j’étais persuadé que cette écriture ne pourrait que te plaire, je commence à bien te connaître l’air de rien 😉

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