Desolations – David Vann

désolationsDavid Vann avait placé la barre très haut avec son premier roman. J’étais ressortie complètement groggy de la lecture de Sukkwand island, remarquable thriller psychologique mettant les nerfs à rude épreuve. J’avais été marquée par cette sensation d’étouffement qui ne lâche pas le lecteur alors même que l’action se déroule dans des espaces qui s’étendent à perte de vue… Difficile d’oublier tout cela quand on se lance dans Désolations, d’autant que certains éléments ne sont pas sans rappeler le premier roman de l’auteur : l’Alaska, un hiver rude, une île complètement perdue… On est en terrain connu. Les ressemblances pourtant s’arrêtent là, pas de huis clos, les personnages sont les seuls responsables de leur solitude… et de leur chute. On n’en ressort pas moins angoissé, bien au contraire.

 

« On peut choisir ceux avec qui l’on va passer sa vie,

mais on ne peut pas choisir ce qu’ils deviendront ».

 

Le titre original de ce roman est Caribou Island… Le titre français s’en éloigne complètement, celui ci est pourtant plutôt bien trouvé. Personnellement, j’ai trouvé toute cette histoire bien pessimiste, on n’en ressort pas avec une confiance absolue en la nature humaine, c’est le moins que l’on puisse dire… J’ai fini Désolations il y a un petit moment déjà et je m’interroge toujours. Pourquoi ce roman, pourtant très bien construit, n’a-t-il pas été un coup de coeur ? Pourquoi les personnages, tous sans exception, m’ont-ils agacée au plus haut point ? Les hommes en prennent pour leur grade, les femmes ne sont pas en reste. Et tout ça, finalement, tourne désespérément en rond…

Ça démarrait pourtant bien. Un couple à la dérive se lançant à corps perdu dans un illusoire projet censé les rapprocher, la construction d’une cabane de rondins sur un îlot paumé. Gary, déterminé, buté, borné, égoïste aussi, et sa femme, Irène, au bout du rouleau, pas emballée du tout par la fixette de son mari, persuadée, à juste titre, que celui ci est bien décidé à la quitter. L’un comme l’autre m’ont exaspérée, incapables qu’ils sont de prendre des décisions, s’embourbant volontairement dans ce projet voué à l’échec. Et pourtant, ils y vont, droit dans le mur, sciemment. La cabane est faite de bric et de broc, aussi bancale que leur relation. Je n’ai pas réussi à y croire…

Et puis il y a leurs enfants, grands, autonomes, tout aussi embourbés dans leurs vies que leurs parents, même si Rhoda apparaît quand même comme la plus saine d’esprit de la famille. Rhoda donc, affublée d’un petit ami infidèle, volage et menteur et qui ne voit rien. Rhoda qui se préoccupe plus de la santé mentale de sa mère (et elle a bien raison) que de son propre couple tout aussi voué à l’échec. Sans oublier Mark, le fils indigne, adolescent attardé défoncé du soir au matin. Une bien jolie brochette de paumés.

 

Évidemment, on sent l’angoisse, on ressent le mal-être, perceptible dès les premières pages. On sent aussi que tout ça ne peut pas bien se terminer, le contraire aurait été plutôt étonnant. Habituellement, je suis plutôt bon public, entendez par là qu’on peut me faire croire n’importe quoi, me balader facilement aussi. Et là, curieusement, j’ai très vite pressenti l’issue. Malgré l’alternance des points de vue, les chapitres se focalisant tout à tour sur l’un des couples, j’ai souvent trouvé des longueurs au récit. Pourtant, les personnages, si imparfaits soient-ils, sont savoureux : anti-héros parfaits, têtes à claques, loosers, faibles, seuls… Leur vie prend l’eau de toutes parts, certains tentent d’attraper une bouée de sauvetage, les autres se noient. La vie en somme…

Pas de coup de coeur donc, et je reste persuadée que c’est beaucoup dû à une question de timing. Je pense que mon ressenti aurait été différent si j’avais lu Désolations avant Sukkwand Island. La barre, pour moi, était donc trop haute. Désolations est un bon roman, je n’y ai pourtant pas retrouvé la force de Sukkwand Island, je dois être difficile…

 

Merci à Stéphie d’en avoir fait un livre voyageur ! Ça se bouscule au portillon, voir les avis presque tout unanimes (sauf celui de Yv !) de Stephie, Emeraude, Pimprenelle, La sardine, Choco, In Cold Blog, Plaisirs à cultiver, Littérature et chocolat, Craklou, Karine, Malice, Calypso, Jostein, A propos de livres, Lorraine, Delph, Azilis, Sophie, Lili Galipette, Prune, Sophie, Mélopée, Elodie

 

Premières phrases : « Ma mère n’était pas réelle. Elle était un rêve ancien, un espoir. Elle était un lieu. Neigeux, comme ici, et froid. Une maison en bois sur une colline au-dessus d’une rivière. Une journée couverte, la vieille peinture blanche des bâtiments rendue étrangement brillante par la lumière emprisonnée, et je rentrais de l’école. J’avais dix ans, j’avançais seule, j’avançais à travers les amas de neige sale dans le jardin, j’avançais jusqu’à notre porche étroit. Je ne me souviens pas du cours exact de mes pensées en cet instant, je ne me rappelle pas qui j’étais ni ce que je ressentais. Tout cela a disparu, effacé. J’ai ouvert notre porte d’entrée et j’ai trouvée ma mère pendue aux chevrons. Je suis désolée, ai-je dit, puis j’ai reculé avant de refermer la porte. J’étais à nouveau dehors, sous le porche. »

 

Au hasard des pages : « Peut-être devait-il en être ainsi ? On se consacrait l’un à l’autre jusqu’à décider de se marier, puis on se consacrait ensemble à quelqu’un d’autre. Et que se passait-il ensuite, quand vos enfants avaient grandi, qu’ils étaient partis ? A quoi fallait-il alors se consacrer ? Il y avait quelque chose de terrifiant, à l’idée de ne pouvoir se consacrer à rien. Votre existence ne pouvait jamais être simplement ce qu’elle était. C’était effrayant. Personne n’avait envie de cela. » (p. 235)

 

Éditions Gallmeister (Août 2011)

Collection Nature Writing

304 p.

 

Rentrée littéraire 2011

8/14

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-desolations-david-vann-87995629.html

22 commentaires sur “Desolations – David Vann

    • Oui, j’ai entendu dire qu’il était très agréable et accessible. Ca a du être une belle rencontre ! Il ne te reste qu’à te lancer dans un de ses romans ! ;-)

    • Oui, un avis plutôt mitigé… J’avais tellement aimé le premier ! Si tu n’as pas lu Sukkwand island, n’hésite pas, c’est un roman choc !

    • Bon, là pour le coup je ne partage malheureusement pas du tout ton enthousiasme… Pourtant, je dois avouer que les personnages sont tous très bien trouvés !

  1. Je n’ai pas accroché à ce roman ( pas lu le premier, pas attirée du tout ). je l’ai trouvé intéressant mais je ne suis pas  » rentrée dedans « . Il m’a paru prévisible, les personnages m’ont laissée froide, mis-à-part ceux secondaires, le frère pas assez développé à mon goût, celui du jeune qui rentre après l’échec de son escapade. Ce qui m’a intéressée finalement, c’est cette forme de  » non nature writing « , cette façon de montrer que la nature est aussi ce que nous en fantasmons à travers ce tourisme en Alaska et la réalité de ce lieu.

    • Je me trompe ou tu n’as pas rédigé de billet sur ce titre ? Quoiqu’il en soit, je suis assez d’accord avec toi, pas d’empathie avec les personnages, je suis moi aussi restée en dehors… Dommage !

    • Personnellement, j’ai nettement préféré Sukkwand island… Mais ce sont des livres très différents, il y a de grandes chances que tu l’apprécies !

  2. J’ai vraiment très envie de découvrir cet auteur. Ces deux romans sont dans ma PAL. Sukkwan Island me tente plus mais je pense que je vais commencer par celui-ci car tout le monde à l’air d’accord sur le fait qu’il est très bon mais pas aussi marquant que le premier donc j’ai peur d’être un peu déçue…

    • Effectivement, ce n’est peut-être pas une mauvaise idée de te garder Sukkwand island pour la fin… Tu m’en diras des nouvelles ! ;-)

  3. Je n’avais pas lu le premier. Je viens de finir celui-ci avec une impression très mitigée. le style m’a plu mais les personnages m’ont agacée, chacun dans leur égoïsme, même Rhoda qui s’inquiète pour ses parents mais qui en même temps ne rêve que de mariage quelqu’en soit le prix. Ce n’est donc pas un coup de coeur pour moi

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