En attendant Bojangles – Olivier Bourdeaut

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« I knew a man Bojangles

 

And he danced for you
In worn out shoes
With silver hair, a ragged shirt
And baggy pants, the old soft shoe
He jumped so high, he jumped so high
Then he lightly touched down
 
Mr. Bojangles, Mr. Bojangles
Mr. Bojangles, dance ! »
 
 
Faire de chaque minute de chaque journée une fête. Faire valser les conventions. Oublier les contraintes du quotidien. Rire de tout, de rien, surtout de rien. Bannir l’ordinaire. Dire non à la banalité. Préférer les gros mensonges à une vérité bien trop triste. Jouer à être grand, ne jamais l’être finalement. Danser, danser encore… et réenchanter le monde…
 
« Le temps d’un cocktail, d’une danse, une femme folle et chapeautée d’ailes, m’avait rendu fou d’elle en m’invitant à partager sa démence. » La rencontre est belle et inattendue, leur histoire d’amour le sera tout autant. Pour lui, elle jouera jusqu’au bout la partition du bonheur, quitte à s’y brûler les ailes. Pour elle, il se laissera entraîner sans se poser de questions sur la pente de l’amour fou. Élevé au milieu des bulles de champagne et des rires qui pétillent, leur fils grandit dans un appartement fête foraine où le jour et la nuit se confondent. L’école en pointillés vu qu’on y apprend rien, l’enfant accompagne ses parents dans leur vie fantasque, parcourt le monde et passe ses vacances dans un petit château en Espagne acheté pour gagner un pari…
 
« Son comportement extravagant avait rempli toute ma vie, il était venu se nicher dans chaque recoin, il occupait tout le cadran de l’horloge, y dévorant chaque instant. Cette folie, je l’avais accueillie les bras ouverts, puis je les avais refermés pour la serrer fort et m’en imprégner, mais je craignais qu’une telle folie douce ne soit éternelle. Pour elle, le réel n’existait pas. » Le frigo est vide mais il est fortement recommandé de sauter sur les canapés. Une montagne de courrier non ouvert trône dans un coin du hall et le vieux téléviseur porte un bonnet d’âne pour le punir des mauvais programmes qu’il diffuse. Les dalles noires et blanches de l’entrée forment un jeu de dames géantes et on bat des records de course dans le long couloir qui mène aux chambres. Sous l’oeil blasé de Mademoiselle Superfétatoire, la grue de Numidie qui se pavane gracieusement…
 
« Elle avait réussi à donner un sens à ma vie en la transformant en un bordel perpétuel. » Cette phrase pourrait résumer à elle seule cette lecture absolument réjouissante. En attendant Bojangles est un vrai bonbon à faire fondre doucement sous la langue pour en apprécier toutes les saveurs. De la douceur qui met du baume au cœur. Du sucré qui ravit les papilles. De l’amertume qui étire les sourires en grimaces… La plume alerte et poétique d’Olivier Bourdeaut fait merveille, tout aussi à l’aise à hauteur d’enfant que dans la peau de l’amoureux prêt à toutes les folies pour combler les désirs tous aussi fous de sa belle allumée…
 
Tendre, émouvant, drôle, fou, à la fois mélancolique et plein de pep’s, ce premier roman est une vraie belle surprise. On le referme le cœur gonflé d’amour, profondément attaché à ces personnages et à leur vie hors du commun. Une délicieuse parenthèse que je partage en cette rentrée d’hiver avec mon complice Jérôme, lui aussi sous le charme…
 
 

Premières phrases : « Mon père m’avait dit qu’avant ma naissance, son métier c’était de chasser les mouches avec un harpon. Il m’avait montré le harpon et une mouche écrasée.

- J’ai arrêté car c’était très difficile et très mal payé, m’avait-il affirmé en rangeant son ancien matériel de travail dans un coffret laqué. Maintenant j’ouvre des garages, il faut beaucoup travailler mais c’est bien payé.

A la rentrée des classes, lorsqu’aux premières heures on fait les présentations, j’avais parlé, non sans fierté, de ses métiers mais je m’étais fait gentiment gourmander et copieusement moqué.

- La vérité est mal payée, pour une fois qu’elle était drôle comme un mensonge, avis-je déploré.

En réalité, mon père était un homme de loi. »

 

Au hasard des pages : « Ils volaient mes parents, ils volaient l’un autour de l’autre, ils volaient les pieds sur terre et la tête en l’air, ils volaient vraiment, ils atterrissaient toujours doucement puis redécollaient comme des tourbillons impatients et recommençaient à voler avec passion dans une folie de mouvements incandescents. Jamais je ne les avais vus danser comme ça, ça ressemblait à une première danse, à une dernière aussi. C’était une prière de mouvements, c’était le début et la fin en même temps. Ils dansaient à en perdre le souffle, tandis que moi je retenais le mien pour ne rien rater, ne rien oublier et me souvenir de tous ces gestes fous. Ils avaient mis toute leur vie dans cette danse, et ça, la foule l’avait très bien compris, alors les gens applaudissaient comme jamais, parce que pour des étrangers ils dansaient aussi bien qu’eux. C’est sous un tonnerre d’applaudissements qu’ils saluèrent la foule, les applaudissements résonnaient dans toute la vallée rien que pour mes parents, et moi j’avais recommencé à respirer, j’étais heureux pour eux, et épuisé comme eux. » (p. 141)

 

Éditions Finitude (Janvier 2016)

160 p.

 

Prix : 15,50 €

ISBN : 978-2-36339-063-9

 

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29 commentaires sur “En attendant Bojangles – Olivier Bourdeaut

  1. j’adore la citation je vais essayer de trouver ce roman, je suis un peu en retard mais voilà quand je suis loin de mon ordi c’est plus dur de laisser des commentaires

    • Tu n’es pas en retard, moi je fais parfois des mois à répondre à mes commentaires, honte à moi ! ;-)
      Mais ce roman là… oui, il faut le lire, c’est un bonbon !

  2. ah la la j’accumule un retard dément sur toutes les pépites que tu chroniques!! c’est vrai que la couv est bien rétro et j’aime l’état d’esprit. Noté ! (déjà la semaine dernière j’ai commandé « pas dans le cul » ;-) )

  3. Je suis en train de le finir (il me reste vingt pages que je n’ai pas eu le temps de finir ce matin :( !) J’aime assez mais pas non le coup de cœur ! Une lecture très agréable cependant et j’aime l’alternance des points de vue entre le petit garçon et le père !

    • Pour un premier roman je trouve que c’est une belle réussite ! Ça ne court pas les rues les romans drôles, fins, émouvants… tout ça à la fois. Un auteur à suivre !

  4. J’aime beaucoup ta façon de parler de l’oeuvre. ça me replonge dans le roman en lisant, c’est très agréable ahah ! Ce livre m’a beaucoup plu à moi aussi, c’est un vrai bijou de joie de vivre ! Ce qui est drôle, c’est que je retrouve certaines citations que j’ai mis dans ma critique dans ton article, cela prouve bien qu’on est touchés par les mêmes phrases ! ^^

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