CVT_ENON_2090J’aurais dû me méfier… « C’est l’histoire d’un mec qui perd sa fille de 13 ans. Il sombre dans la dépression, sa femme le quitte… Ça te dit ? » Voilà à peu près ce que m’a dit Jérôme pour me convaincre de lire ce roman de la rentrée avec lui. Avec l’argument choc que quand même, cet auteur avait décroché le Pulitzer, pour un roman dont je n’avais d’ailleurs jamais entendu parler. Oui, j’aurais dû me méfier… Même la couverture a fait flipper ma fille… « Maman, la rose elle est noire, ça fait presque peur… »

 

Bon, soyons honnête, je ne m’attendais pas à m’esclaffer de rire toutes les deux pages avec un thème pareil. Je ne m’attendais pas non plus à prendre une telle claque, dans tous les sens du terme. Ce roman, je l’ai autant adoré que détesté, c’est dire…

 

 

« La plupart des hommes de ma famille font de leurs épouses des veuves, et de leurs enfants des orphelins. Je suis l’exception. Ma fille unique, Kate, est morte renversée par une voiture alors qu’elle rentrait de la plage à bicyclette, un après-midi de septembre, il y a un an. Elle avait treize ans. Ma femme Susan et moi nous sommes séparés peu de temps après. »  Ce sont les premières phrases du roman. Ambiance… Pris à la gorge, sans pouvoir reprendre sa respiration, le lecteur entre dans l’esprit dévasté de Charlie Crosby et n’en sortira plus. Charlie qui est d’ailleurs le seul personnage du roman. Un homme à la dérive, inconsolable après l’accident tragique qui a coûté la vie à sa fille. Un homme seul depuis la fuite de sa femme, incapable de vivre au quotidien avec le souvenir de ce lien qui ne les unie plus. Un homme qui n’en est plus un, perdu dans ses pensées, ses fantasmes et ses cauchemars qui peinent à le rattacher à la vie réelle…

 

Petit à petit, Charlie s’enlise et perd pied. La maison devient un dépotoir et l’alcool et les médicaments deviennent sa planche de salut. Un salut bien illusoire… Devenu l’ombre de lui même, dépendant aux tranquillisants et aux anti-douleurs qu’il va jusqu’à subtiliser chez ses voisins en pleine nuit,  l’homme erre dans le cimetière où repose sa fille. Seuls ses souvenirs et ses hallucinations lui permettent, encore, de « voir » Kate et de lui parler…

 

Plongée fascinante dans l’esprit dérangé d’un homme foudroyé par la douleur. Impossible d’oublier cette voix qui nous fait tutoyer la mort et la folie. La confession, intime, bouleversante, dérangeante, prend aux tripes et au cœur. La souffrance est indicible et la rédemption semble impossible… Comment survivre après une telle épreuve ?

Émotionnellement, la lecture est intense et éprouvante… Et le pire dans tout ça, c’est que Enon est un roman impossible à lâcher. Tiraillé entre fascination morbide et répulsion, désespoir le plus profond et maigre espoir de voir Charlie sortir un tant soit peu la tête du marécage putride dans lequel il se débat…  on ne peut s’empêcher de trouver tout ça « beau »…

 

Vient le point délicat et néanmoins crucial de ce billet : recommander ou non la lecture de ce roman… Je vous laisse juge. Sachez néanmoins que si vous choisissez de suivre les traces de Charlie Crosby dans sa dérive, vous n’en ressortirez pas indemne…

 

 

L’avis de Jérôme sans qui je n’aurais probablement jamais fait cette lecture…

 

 

Au hasard des pages : « J’étais affamé de mon enfant et venait me repaître dans le cimetière, dans l’espoir qu’elle me rejoigne, à mi-chemin de nos deux mondes, ou juste au-delà, ne fût-ce qu’une nuit, ne fût-ce que pour un instant – qu’elle se dresse de nouveau, debout sur ses pieds nus, et foule l’herbe humide ou les feuilles mortes ou la terre enneigée de l’Enon vivant afin que nous puissions échanger elle et moi ne fût-ce qu’un seul, un dernier mot humain. » (p. 148)

 

 

Éditions Le cherche-Midi (Août 2014)

Collection Lot 49

287 p.

 

 

challengerl2014

Et une première lecture pour le Challenge 1% Rentrée littéraire

chez Hérisson !

1/6


58 commentaires

A_girl_from_earth · 21 août 2014 à 00h20

Mouais, prix Pulitzer ou pas, rien que l’argument de Jérome qui donne l’ambiance du livre m’aurait fait passer mon chemin.;-)

    Noukette · 22 août 2014 à 22h10

    T’as vu…? Je me demande encore pourquoi je me suis embarquée dans cette galère ! 😉

Aifelle · 21 août 2014 à 07h10

Je viens de lire le billet de Jérôme. Je ne doute pas que ce soit un objet littéraire intéressant, mais je ne suis pas prête à affronter tant de noirceur en ce moment ..

    Noukette · 22 août 2014 à 22h11

    Je t’avoue que je me suis posée la question tout au long de ma lecture… Pourtant, impossible à lâcher ce roman !

keisha · 21 août 2014 à 08h09

Intense et éprouvante… j’ai déjà lu un roman français tout aussi intense et éprouvant après un deuil, et, ma foi, ça ira.
Je te recommande son premier, Les foudroyés, j’ai adoré.

    Noukette · 22 août 2014 à 22h12

    Visiblement Les foudroyés est un incontournable, et si j’ai bien tout compris, le héros de Enon est le petit fils de l’horloger des Foudroyés… J’espère quand même que c’est plus gai !

Sandrine · 21 août 2014 à 08h27

Pas motivée pour le moment.
Je passe.

franfran · 21 août 2014 à 09h08

oh la vache !
bon moi, par les temps qui courent, jveux de la joie et de l’optimisme..
me suis commandée les deux derniers romans de Benameur que j’avais pas lu et jcrois que ça m’ira beaucoup mieux !!!
des baisers ma copines et à vite vite <3

    Noukette · 22 août 2014 à 22h15

    Comment te dire ma Franfran… tu fais bien. Il y a sûrement plus gai à se mettre sous la dent en cette période de rentrée… 😉
    Avec Jeanne au moins, tu ne risques pas de te tromper ! Des bises et courage pour la fin du mémoire, tu vaincras ! 😉

cristie · 21 août 2014 à 09h14

Un peu trop noir pour moi … Je n’ai pas envie de ça en ce moment !

    Noukette · 22 août 2014 à 22h16

    Oui, c’est effectivement très sombre. Certains y ont vu de l’espoir, et même de l’humour… Pas moi…

Lystig · 21 août 2014 à 09h22

très très tentée !!!!!!!

et le titre est à lire à l’envers, non ????

    Noukette · 22 août 2014 à 22h18

    Heuuuuuuuu… Tu es sûre……? None ? Ah oui, en anglais, bien vu, ça pourrait le faire en effet. Mais là c’est le nom d’un patelin en Nouvelle-Angleterre, pas certaine qu’il y ait un rapport en fait.

Leiloona · 21 août 2014 à 09h33

Vraiment pas pour moi, non … la beauté morbide n’adhère pas sur moi.
Et pire que tout, je n’aime pas les personnages qui ne se relèvent pas. Peu importe le contexte.

    Noukette · 22 août 2014 à 22h19

    Disons qu’il se relève un chouilla à la toute fin… Enfin ça c’est Jérôme qui le dit, moi j’en suis moins sûre. Bref. C’est pas gai non…!

Stephie · 21 août 2014 à 09h52

Vous êtes épuisants tous les deux, à nous filer envie de lire des romans qu’on ne devrait pas lire… Pfffff…

    Noukette · 22 août 2014 à 22h20

    Pas certaine que ce soit le genre de roman qui te remonterait le moral en ce moment ! Tu préfères pas une gentille histoire avec des poneys pailletés ? 😉

cathulu · 21 août 2014 à 11h17

Je passe ! 🙂

    Noukette · 22 août 2014 à 22h21

    Comment…? Mais enfin, c’est un roman « feel-good » voyons ! 😉

Cajou · 21 août 2014 à 11h54

Ton billet donne très très envie….. Je pense que je vais me laisser tenter 🙂

    Noukette · 22 août 2014 à 22h21

    Comme quoi, la noirceur ne fait pas fuir tout le monde ! 😉

Krol · 21 août 2014 à 12h10

Et bien tu me donnes sacrément envie de le lire et puis Keisha qui recommande Les foudroyés dont je n’avais moi non plus jamais entendu parler… L’auteur est noté en rouge !

    Noukette · 22 août 2014 à 22h22

    Je crois que Les foudroyés est en poche, ce serait effectivement un bon moyen de partir à la découverte de cet auteur !

Livresse des Mots · 21 août 2014 à 12h19

Hum, voilà qui fait réfléchir… Je vais noter le titre et voir si j’ai le cran de le lire un de ces quatre 😉
J’aime assez ce genre de lecture, alors je n’ai rien contre.

    Noukette · 22 août 2014 à 22h22

    C’est une lecture qui n’épargne rien ni personne…

Alex-Mot-à-Mots · 21 août 2014 à 12h31

Ca a l’air noir-noir, quand même.

    Noukette · 22 août 2014 à 22h23

    Ah oui, plus que noir même… (si, si, ça existe, la preuve…)

jerome · 21 août 2014 à 12h58

Alors, c’était bien, hein ? Juste de quoi te booster avant la rentrée ! Blague à part, c’est quand même un très beau roman je trouve. Il y a une forme de grâce dans son écriture, même si reconnais que c’est une lecture particulièrement éprouvante.

    Noukette · 22 août 2014 à 22h25

    C’est certain, mais je n’aurais jamais lu ce roman sans toi, je serais même partie en courant dès le résumé… Comme quoi…! Peut-être que je lirai Les foudroyés un jour du coup 😉

Cryssilda · 21 août 2014 à 13h07

Moi, j’ai pas peur du noir ! 😉 c’est le genre de roman qui pourrait me plaire, j’aime quand on scrute l’âme des gens dans des situations extrèmes.

    Noukette · 22 août 2014 à 22h26

    J’ai effectivement l’impression que Enon pourrait être un roman pour toi ! dans le genre situation extrême, j’ai rarement vu pire ! 😉

Kathel · 22 août 2014 à 07h36

Pour moi, ce sera l’option : je me passerai de ce roman… j’ai tendance à choisir des thèmes dramatiques, mais là, c’est trop.

clara · 22 août 2014 à 09h08

J’aime les lectures dont on ne sort pas indemne!

Sido de errances immobiles · 22 août 2014 à 20h04

Ton billet est magnifiquement écrit et véhicule déjà beaucoup d’émotions. Je m’arrêterai donc là, impossible pour moi de m’immerger dans la vie de cet homme alors que je vois déjà des drames tous les jours et que mon empathie vire parfois au chagrin….

    Noukette · 22 août 2014 à 22h41

    Merci Sido pour ce gentil commentaire… Et je comprends qu’on souhaite rester à distance de ce type d’émotions parfois trop violente, ça secoue sacrément…

ohoceane · 22 août 2014 à 20h41

Et bien moi j’ai bien envie de te suivre et de découvrir les errements de ce héros dépressif 🙂

    Noukette · 22 août 2014 à 22h43

    J’aurais pensé que tu aurais lu Les foudroyés, visiblement, il avait fait grand bruit à sa sortie… un premier roman en plus. Bref, c’est un auteur à découvrir je pense…

Manu · 22 août 2014 à 22h09

Toi et Jérôme m’avez donné envie de le lire.

Géraldine · 23 août 2014 à 19h58

Voilà tout à fait le genre de roman que je fuis désormais. Je sors la tête de l’eau alors pas envie de m’y replonger par les livres.

    Noukette · 25 août 2014 à 22h59

    Alors dans ce cas je te conseille effectivement de fuir le plus loin possible de ce roman !

Sous les galets · 24 août 2014 à 10h36

Je pense que je vais passer mon tour….

Itzamna · 25 août 2014 à 00h09

Trop sombre, c’est certain. Pas pour moi 😉

titoulematou · 25 août 2014 à 09h39

hum… tentant! j’aime les lectures coups de poing!!!!!!!!

    Noukette · 25 août 2014 à 23h20

    Et là tu risques de prendre une sacrée claque !

Jackie Brown · 26 août 2014 à 07h00

L’histoire ne m’avait pas rebutée et c’est vrai que j’y ai vu un peu d’humour. Mais son premier roman ne m’avait pas convaincue non plus (malgré son Pulitzer), celui-ci non plus en fait.

    Noukette · 26 août 2014 à 23h25

    J’ai tout de même envie de découvrir (un jour…) son précédent roman… Mais là j’avoue que j’ai besoin de faire une pause niveau lectures déprimantes…

Sophie Hérisson · 26 août 2014 à 12h02

Pas pour moi en ce moment en tout cas ! Mais plus tard peut être !

    Noukette · 26 août 2014 à 23h26

    Alors là je peux te comprendre, c’est tout de même assez glauque !

Blog en un mot · 29 septembre 2014 à 20h41

Bonsoir à tous,
Je viens de terminer ce livre. Une histoire bien sombre…
(J’en ai fait un petit billet sur mon blog : http://blogenunmot.wordpress.com).

    Noukette · 30 septembre 2014 à 23h55

    Voilà qui titille ma curiosité, je file lire ça 😉

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