Et je danse, aussi – Anne-Laure Bondoux / Jean-Claude Mourlevat

et-je-danse-aussiLe coup de cœur du mois ! Après une lecture plus que fadasse ayant entrainé un abandon, chose rarissime me concernant, j’avais besoin d’une valeur sûre, d’un bon roman impossible à lâcher, option sourires à gogo. C’est donc tout naturellement et très confiante que je me suis plongée dans le premier roman à quatre mains (et pour adultes) de deux de mes auteurs jeunesse chouchous, curieuse de découvrir ce que ces deux-là avaient bien pu manigancer…

Et j’ai adoré. Près de 300 pages d’échanges épistolaires, ça peut sembler casse-gueule. Et pourtant, les deux auteurs arrivent si bien à mener leur barque qu’on ne voit pas le temps passer. On prie même pour ne pas atteindre trop vite la fatidique dernière page. Oui, très vite, on s’attache et on se sent complice de ces deux personnages pour qui on éprouve instantanément une grande tendresse. Sans savoir qu’ils nous réservent une bonne dose de surprises…

 

Adeline et Pierre-Marie ne se seraient sûrement jamais rencontrés dans la vraie vie.  L’une idolâtre l’autre qui n’a lui aucune raison de s’intéresser à elle. Écrivain à succès en pleine phase de doute et de remise en question, Pierre-Marie se demande même s’il réécrira un jour. Adeline, elle, en est persuadée. C’est en tous cas à son écrivain favori qu’elle envoie un jour cette curieuse enveloppe semblant renfermer un manuscrit, manuscrit que l’écrivain en question n’a pas une seule seconde l’intention de lire. Courtoisement, et sans ouvrir la dite enveloppe, il écrit un mail à l’expéditrice qui a indiqué son adresse au dos du paquet, lui proposant de la lui retourner. Un mail qui en entraîne tout un tas d’autres…

 

Vous tiquez. Vous vous dites, « aie, ça sent le déjà-vu et la romance cousue de fil blanc dégoulinante de guimauve ». Sauf que non. Sauf que vous êtes carrément loin du compte… Cet échange de mails a tout d’une vraie et belle correspondance à l’ancienne. On se sent presque privilégiés de pouvoir lire par dessus leurs épaules et de partager un peu leur histoire. Et ce qu’on y découvre fait du bien… Parce qu’il y est question de la vie, de bonnes raisons de la trouver belle, de reconstruction, de complicité et de manque ; d’un peu de psychologie, de beaucoup d’à peu-près et de quelques petits arrangements avec la réalité…

On lit et on se met à aimer les silences, les « délicieuses impatiences », les parenthèses et les points de suspension même si, même si…

 

Un roman-doudou comme je les aime ! Parce qu’il est comme la vie… foutraque, déraisonnable, inattendu…  Un coup de cœur, oui, un vrai !

 

 

Les avis de Cathulu, Clara, Cuné, Mylène, Yueyin

 

Le site d’Anne-Laure Bondoux, celui de Jean-Claude Mourlevat

 

 

Au hasard des pages : « (…) quoiqu’il arrive désormais, il ne faudra pas renier ces quelques semaines passées à nous écrire. J’y ai trouvé un grand plaisir, et même plus que ça, ne riez pas : quelque chose qui ressemble au sentiment amoureux. Vous savez : votre vie va son train, vous êtes dans une somnolence du corps et du coeur, et puis soudain quelqu’un apparaît et vous apporte la révolution. Vous n’êtes plus qu’impatience : je vais la revoir, elle va m’appeler, elle va m’écrire. Ça occupe tout votre esprit. Et comme l’autre vous aime en retour, vous êtes dans cette fièvre, dans cette fête. (…) Ça dure ce que ça dure. Et puis les couleurs pâlissent, les lignes claires se brouillent. Viennent les malentendus, le doute, le ressentiment (j’ai failli mettre ici des points de suspension, je me suis rattrapé de justesse).

J’ai l’impression de vivre tout cela avec vous, en virtuel et en accéléré, mais avec toutes les nuances du processus, par exemple celle-ci : en vous écrivant, à l’instant, je fais comme si tout allait bien, de la même façon que les couples qui se séparent jouent, le temps d’un répit, sur l’oreiller ou non, la comédie de leur amour fini. Leur été indien. Encore une fois. Une dernière fois. Ils y ajoutent juste leurs larmes. » (p. 140)

 

 

« Votre voix me manque. Oui je sais bien que je ne l’ai jamais entendue, votre voix, pas plus que je n’ai vu votre visage. Quand je dis votre voix, je veux dire votre façon de me parler. Et aussi votre façon de me faire parler, de me donner envie de vous parler. Voilà : notre complicité me manque. Nous me manquons.

Ce qui me touche et me séduit dans les livres, les films, le théâtre, plus que les histoires elles-mêmes, c’est ce qui les habille. La façon dont on me les raconte, leur texture, le tissu dont elles sont tissées, leur grain comme on dit en photographie. Et ce grain-là, je le trouve dans vos mots, Adeline. Vos histoires me plaisent, et votre manière de me les raconter aussi. » (p. 205)

 

 

Éditions Fleuve noir (Mars 2015)

288 p.

 

Prix : 18,90 €

ISBN : 978-2-265-09880-0

41 commentaires sur “Et je danse, aussi – Anne-Laure Bondoux / Jean-Claude Mourlevat

  1. J’ai commencé à la lire… c’est pas mal mais ça me fait penser un peu au livre de Daniel Glattauer « Quand souffle le vent du nord » : un gros succès d’il y a deux ou trois ans.

    • Nous sommes d’accord…! Et pourtant je me demandais vraiment ce que j’allais lire… C’est surprenant cette écriture à 4 mains, la connivence et la complicité transparaissent dans chaque ligne, on sent qu’ils ont pris un plaisir immense à écrire ce roman… et du coup nous on se régale ! 😉

  2. Je tique, je tique, mais tu m’en as déjà dit tellement de bien avant même la rédaction de ce billet que j’ai comme d’habitude envie de te faire confiance les yeux fermés 😉

  3. Et bien je le note direct en plus moi j adore les romans épistolaires …

    Merci beaucoup 😉

    Si tu veux une histoire dans la même verve, échanges épistolaires par mail, il y a « quand souffle le vent du nord » j avais beaucoup aimé 🙂

  4. Moi aussi, ce sont mes auteurs jeunesse chouchous !!! Et en plus, ils m’ont dédicacé tous les deux le roman, il ne me reste plus qu’à le lire. J’attends le moment propice…

    • Veinarde !!!! Jalouse je suis !! J’ai souvent rencontré les deux auteurs… mais séparément. Tu vas te régaler tu verras, ne le fait pas trop traîner ! 😉

  5. j’étais tentée après les avoir vu à la grande librairie et j’ai failli l’acheté avant hier en librairie (et si j’avais lu ton billet à ce moment là, j’aurai craqué 😉

  6. Pourquoi pas, les auteurs sont des « valeurs sûres ». Je ne lis pas beaucoup de littérature jeunesse, sauf quand vraiment tout le monde les recommande, et j’ai aimé (beaucoup) un roman de chacun des deux !

  7. QUOI ?!!! Deux de mes auteurs chouchous qui ont écrit un roman ensemble ?!!! En fait, je le savais mais j’avais oublié et quand j’ai vu ton billet j’ai fait « hiiii !!! » Bon, il FAUT que je me le procure absolument !

  8. Ton billet me donne une terrible envie de m’offrir ce roman pour l’été ! Et en effet comme le disait ton comm’ sur mon billet, « M. Fikry » est de la même veine et donc je te recommande chaudement également pour quand tu auras envie d’un livre doudou ^^

  9. Et bien je viens à peine de découvrir Anne-Laure Bondoux et je ne connais pas l’autre auteur (rooo) alors ce titre me tente bien, compte tenu de ta critique élogieuse!

  10. Parce que c’est épistolaire, parce que c’est Mourlevat (je ne connais pas Bondoux et parce que c’est toi 🙂 je le retiens. Une lecture doudou ça me changera de mes habitudes.

  11. Moi aussi, je les aime beaucoup et le passage à vide d’Anne Laure Bondoux m’a attristée et inquiété. Ravie qu’elle reprenne du poil de la bête en tandem. Son Tant que nous sommes vivants est excellent. Il sera dans ma prochaine commande et je le lirai sauf si mes collègues le prennent dans mon panier lecture de l’été

  12. J’ai lu il y a peu Tant que nous sommes vivants d’Anne-Laure Bondoux (j’ai lu Les larmes de l’assassin il y a un moment), j’aime beaucoup la plume de cette auteure. J’ai lu beaucoup de bien de Mourlevat mais n’ai jamais rien lu de lui, en voilà une belle occasion !

  13. Je l’ai fini : j’ai adoré ! Quelques crises de rire sont au rendez-vous. Effectivement, c’est un peu casse-gueule d’écrire à 4 mains mais là, ils s’en tirent avec brio. Le dénouement sur qui est Adeline est une surprise. Quant à la fin… 🙂

  14. J’adore Mourlevat mais je n’ai pas pour autant envie de me précipiter sur ce titre. J’ai eu quelques réserves (comme Une ribambelle) après le passage à LGL. Je crains le bouquin un peu trop léger. J’attendrai la sortie en poche. Et d’ici là, je découvrirai Tant que nous sommes vivants.

  15. lu hier soir tout d’une traite, avec plaisir , vraiment, comme quelque chose de bon qu’on aurait tort de se refuser, une histoire sympathique qui finit par nous tenir en haleine, et surtout un style léger, bien écrit, agréable à lire, en un mot une vraie lecture plaisir

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