Feu pour feu – Carole Zalberg

feu pour feuSe prendre une claque dès la première phrase, une phrase qui s’étire, douloureuse, effrayante…

En avoir le souffle coupé. Le reprendre difficilement. Et se dire, très vite, que l’on tient entre les mains un de ces romans que l’on n’oublie pas de sitôt. De ceux qui prennent aux tripes et au cœur et qu’on aura du mal à quitter.

 

Ces voix. Ces voix qui s’interpellent sans se répondre. Ces voix qui disent tour à tour l’amour, le désespoir, l’incompréhension. Ces voix qui caressent, qui agressent, qui consolent, qui interrogent sans comprendre…

La voix de ce père qui s’adresse à sa fille devenue grande, elle me hante encore. Parce qu’elle dit l’indicible, l’innommable. Parce qu’elle dit la violence, la souffrance… et la fatalité.

 

Cet homme a tout quitté, tout laissé derrière lui. Un pays à feu et à sang qui lui a pris sa femme et a bien failli lui prendre sa fille. Alors il a fallu fuir. Fuir pour survivre. Fuir pour laisser à Adama une chance de vivre et de grandir loin de l’horreur. De cette vie d’avant, Adama ne saura rien. Pour elle au moins, tout commencera ici, ailleurs. Pas sûr qu’elle n’en porte pas pour autant les stigmates…

 

Je pourrais en dire beaucoup plus. Je devrais même peut-être. Mais je m’en voudrais d’en dire trop. Et les mots me manquent… J’ai lu ce texte en apnée totale, éblouie par une telle fulgurance d’écriture. Feu pour feu est un roman brillant, percutant, sans détours. Non, on ne sort pas indemne de cette lecture où l’on ne fait pas que frôler l’horreur. On s’y enlise, inexorablement. Sonné, anéanti, le lecteur ne peut se détacher de ce récit, de ce père et de cette fille, finalement si fragiles, qu’on entend tour à tour.

 

Non, Carole Zalberg ne nous épargne rien. Court, aux angles tranchants et saillants, son roman bouscule et va nous chercher loin, très loin. Une fois commencé, on s’y embourbe corps et âme…

 

Tragique et lumineux. Splendide, tout simplement. A lire d’urgence…

 

Une lecture coup de poing et un énorme coup de cœur que j’ai le plaisir de partager avec Jérôme et Leiloona

 

Les avis de Brize, Clara, Jostein, Un autre endroit…

 

Le blog de l’auteure

 

Première phrase : « Ces heures à faire le cadavre au milieu des cadavres, si longtemps que la puanteur est restée dans ma gorge, corrompt encore quinze ans après l’air le plus pur et le goût de toutes choses, ces heures lentes, lentes, tellement lentes à rester aussi immobile qu’une souche malgré le grouillement de mille bêtes et la position impossible, les jambes trop pliées et la tête à angle droit posée sur un membre étranger, déjà froid dans la chaleur de four, ces heures à tenir jusqu’au cœur de la nuit et enfin leurs pas, leurs voix de rapaces repus qui s’éloignent, la clameur triomphante des moteurs de leurs engins réveillés ensemble, troupeau de malheur éructant une ultime menace et tournant une dernière fois autour du charnier avant d’aller tuer plus loin, tout ce temps et cette peur plus grande alors que le chagrin pour me risquer hors de l’amas des corps et retrouver parmi eux celui de ta mère, ton silence affolant sous son ventre mort et à l’instant où je te sors, où ta peau retrouve la sensation du vide, ton hurlement, l’amer miracle de notre survie et le chemin si long jusqu’à ce pays où tu peux t’endormir chaque soir sans rien redouter, toi tu en fais ça ? Tu ne sais rien. »

 

Au hasard des pages : « Il y a du drame à revendre dans tous les coins de toutes les vies même les plus tranquilles, même les plus ternes. Je ne me pardonne pas d’avoir cru que toi et moi, parce que nous en avions eu notre content, de drame, nous en avions fini. Des petits malheurs, oui, des revers et des déceptions, oui, je m’attendais à ce que nous en rencontrions encore. Mais du drame, imbécile que je suis, je nous croyais définitivement protégés. Nous l’avions gagnée, m’imaginais-je, notre immunité. » (p. 69-70)

 

Éditions Actes Sud (Janvier 2014)

72 p.

 

Challenge rentrée d'hiver

Et une première lecture pour le challenge « rentrée d’hiver »

de Val…!

17 commentaires sur “Feu pour feu – Carole Zalberg

  1. C’était pas simple mais j’ai l’impression que l’on a tous les trois réussi, à notre façon, à communiquer notre enthousiasme par rapport à ce texte. Et Dieu sait qu’il le mérite parce que pour le coup, c’est un vrai gros coup de cœur !

    • C’était pas simple non… Je ne savais pas du tout par quoi commencer avant de commencer à rédiger mon billet hier… Du coup c’est sûrement un peu décousu, je me rends compte que je parle finalement très peu de l’histoire proprement dite… mais c’est comme ça que j’ai ressenti les choses… Outch comme tu dis…!

  2. Mais comment tu fais pour lire des trucs aussi durs ? Je t’admire.Il me faudrait une cargaison de mouchoirs pour lire ça !! et c’est dommage parce que sans doute que je passe à côté de beaux textes, comme cleui-ci ou « sauf les fleurs »…

    • Il n’y est pas question d’une relation mère-fille mais ce lien qui unit ce père à sa fille est troublant… Tu pourrais presque y faire référence dans ta thèse…!

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