Grossir le ciel – Franck Bouysse

Grossir le ciel est le roman du silence. Silence de la nature endormie dans son sommeil hibernal. Silence des âmes âpres et solitaires habituées à la quiétude des matins et aux longues journées de labeur. Silence des sentiments tus quand le temps qui passe enterre les souvenirs qu’on voudrait pouvoir oublier…

 

Gus n’a pas vraiment choisi cette vie de peu mais c’est la sienne. Il ne compte plus les années passées aux Doges, ce petit village reculé au fin fond des Cévennes, « un drôle de pays de brutes et de taiseux ». Il ne compte plus les heures à trimer et suer sang et eau dans les champs et auprès de ses bêtes. La solitude en guise de manteau, la rudesse en guise de carapace et le silence assourdissant comme compagnon intime dans cette nature austère qu’il connaît par cœur…

 

Gus a Mars, son chien. Peut-être son seul ami. Lui non plus ne dit pas grand chose. Il ne prend pas trop de place et met ses pattes dans les pas de son maître. Gus a aussi Abel. Son seul voisin. Pas vraiment un ami mais ce qui s’en rapproche le plus. Quelques coups de main, quelques verres pour vaincre la solitude en lieu et place de ces confidences qu’on ne se fait pas entre hommes peu familiers des mots qui lient.

Rien ne change, aux Doges. La vie s’écoule, immuable, parce que c’est ainsi que les choses vont. Alors quand le quotidien se teinte d’étrangeté, quand l’inexplicable s’invite sans crier gare dans le dessin habituel des jours sans surprise… il y a de quoi voir grossir le ciel…

 

« Il y avait aussi des couleurs qui disaient les saisons, des animaux, et puis des humains, qui tour à tour espéraient et désespéraient, comme des enfants battant le fer de leurs rêves, avec la même révolte enchâssée dans le cœur, les mêmes luttes à mener, qui font les victoires éphémères et les défaites éternelles. »

 

Ou comment mettre sa propre vie en suspens l’espace de quelques heures… S’immerger totalement et irrémédiablement dans cette toile qui se tisse sans bruit et se resserre au fur et à mesure que les pages se tournent. Prendre racine dans cette nature qui pèse de tout son poids, ressentir le froid qui s’insinue dans les moindres interstices, tâter la rudesse qui sert de carapace à ceux qui n’ont pas grand chose d’autre pour se protéger. Et la vie va. Silencieuse et pleine de secrets dormants. Capricieuse et imprévisible…

 

Tout va crescendo dans ce roman d’ambiance où seuls comptent les cœurs qui battent et qui hésitent. Et tout est beau. Une langue superbe, charnelle, terrienne, où chaque mot est à sa place, au plus près de ces solitudes qui s’affrontent, des hommes et de leurs orages intérieurs, de cette tragédie en sourdine dont on pressent les effets dévastateurs. Grossir le ciel est un roman rural à la croisée des genres qui se garde bien de choisir son camp. Un roman tendu, à l’atmosphère lourde et pesante, qui secoue et emprisonne son lecteur. Brillant.

 

Et un coup de cœur inattendu que je partage avec Moka

 

Prix SNCF du polar

 

Les avis de Aifelle, Hélène, Jérôme, Lætitia, Marie-Claude, Sandrine, Séverine

 

LGF / Le Livre de Poche (Janvier 2016)

Collection Policier

234 p.

 

Prix : 6,90 €

ISBN : 978-2-253-16418-0

17 commentaires sur “Grossir le ciel – Franck Bouysse

  1. Il est dans ma pàl depuis fort longtemps (trouvé à 1,50€) et il est tout petit …
    je vais le ressortir !
    As-tu pu retrouver tes commentaires ? je ne sais pas sur quelle plateforme tu es enregistrée. Sur WP, j’ai installé un widget ASKIMET qui trie tous les indésirables et laisse passer les gentils … je peux donc les supprimer sans trop stresser.

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