Je dansais – Carole Zalberg

je dansais

« Nous n’avons pas été sauvées. Une poignée d’entre nous s’est enfuie mais nous n’avons pas été sauvées. Nous sommes pour la plupart encore entre leurs mains. »

 

Savoir dès les premières lignes que l’on va au devant d’une lecture douloureuse et nécessaire…

 

Ne pas reprendre son souffle, s’immerger totalement dans ces mots qui disent l’indicible, tenter de reprendre un peu d’air, en vain…

 

Se dire que ce roman sera de ceux qui marquent au fer rouge, qu’il laissera son empreinte, au corps et au cœur…

 

Je dansais ou la valse lancinante des captives. Ces corps malmenés, ces chairs bafouées, ces esprits colonisés par une violence sourde qui ne se cache même plus. Ces voix qui s’élèvent, entêtantes et douloureuses, qui se font silence et force, brisent les murs et éclatent au grand jour…

 

« Et nous sommes les femmes prises sans répit tout au long de l’histoire humaine.

Nous petites encore fraîches, données en pâture au sexe violent des soldats, à l’éboulis que sont leurs corps de pierre sur nos corps duveteux, puis, quand tout en nous s’est éteint, quand nul ne voudra plus nous reconnaître, quand nous serons l’abîme sous les pieds des vivants, jetées, livrées aux crachats ou finies à la machette, à la kalach, à mains nues. »

 

Je dansais m’a mise KO. Brillant dans sa narration, impeccable dans sa construction soutenue par cette plume rageuse qui lacère et n’épargne pas, par ces mots qui oublient de caresser et dévoilent l’insoutenable. Une écriture de l’urgence qui explore les zones d’ombres de l’humanité dans ce qu’elle peut avoir de plus monstrueux…

 

Quatre murs. Marie y vit depuis trois ans, séquestrée par un homme qui a vu dans son regard la possibilité d’un amour fou qui lui redonnerait enfin l’impression d’exister. Trois ans claquemurée dans un silence assourdissant pour tenter de rester soi, un peu, au dedans. Trois ans pendant lesquels les souvenirs s’estompent et l’espoir s’étiole. Avant, Marie dansait…

 

« Son exaltation, ma tragédie, nos réalités sont aussi liées qu’irréconciliables. »

 

En résonance, comme un écho à l’enfermement de Marie, ces voix du monde qui disent les violences faites aux femmes devenues proies, esclaves et trophées. Ce « nous », universel, qui vous glace… Ces voix qui hurlent en silence et disent les chairs à vif, le vide de l’âme… et malgré tout, ce désir puissant de survie qui bat dans les veines, cette résistance essentielle qui donne corps à l’espoir…

 

Un roman d’une rare puissance, tragique et poétique, dans lequel on sombre corps et âme… Coup de cœur !

 

Les avis d’Antigone, Joëlle, Jostein, L’or des livres

 

Le blog de l’auteure

 

Éditions Grasset (Février 2017)

160 p.

 

Prix : 16,00 €

ISBN : 978-2-246-86255-0

 

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Millésime 2017, chez Laure !

19 commentaires sur “Je dansais – Carole Zalberg

  1. Punaise com il est fort et beau ton billet copine <3
    Je l'ai, il m'attend, je ne suis pas encore prête (encore un avec celui de Valentine Goby et le Manoukian….) Au sortir de l'hiver, je crois, j'espère :-p

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