[Kokoro] – Delphine Roux

kokoro

 

Koichi a toujours plus observé le monde qu’il n’y a vécu. Un spectacle auquel il ne désire plus prendre part, le monde, d’ailleurs, tourne très bien sans lui. Koichi observe. Se laisse faire. Se laisse aller. Une absence volontaire, un éloignement nécessaire pour taire des émotions enfouies depuis bien des années…

 

Seki prend toute la place. Elle agit. Elle décide. Elle réussit. Les sentiments au placard, elle évolue dans le monde sans âme qu’elle s’est choisi. Tout est carré, bien rangé, bien ordonné. Chaque chose à sa place et aucune place pour les atermoiements. Une femme de tête, froide et distante, qui maîtrise son monde à la perfection…

 

Koichi et Seki sont frère et sœur. A l’adolescence, leur lien précieux s’est rompu. Quand leurs parents meurent dans un incendie, leurs repères et leurs certitudes volent en éclat. Il faut continuer d’exister, faire semblant, oublier, faire comme si… Koichi s’évade et vivote au gré du temps qui passe, se contentant d’une vie minuscule sans envergure. Seki se forge une carapace et une réputation de femme forte que rien ni personne ne peut atteindre. Des chemins qui se séparent, un bonheur factice de carton-pâte. Des chemins qui ne demandent qu’à se rejoindre, il suffit parfois de presque rien…

 

Un texte doux-amer à laisser fondre sous la langue. Tout est là, dans ces quelques pages, dans la voix de Koichi qui dit l’absence, le deuil et les chemins qu’on se choisit. Dans ces instantanés d’une vie qui passe, ces petits bonheurs, ces grandes peines. Dans cette radiographie précise des conséquences d’un drame profondément intime… Tout y est analysé finement, presque l’air de rien… Les évolutions, les révolutions, les hésitations et les renoncements. La vie est là et c’est beau…

La plume de Delphine Roux est subtile et aérienne, puissante dans les non-dits, souvent sur le fil de l’émotion. Dans ce « dictionnaire intime », les souvenirs affluent, laissent leur empreinte et disent l’essentiel. [Kokoro] est un premier roman émouvant, fragile et délicat comme les ailes d’un papillon…

 

Une lecture délicieuse que je partage avec Jérôme

 

Les avis de Jostein, Sabine, Tiben, Un autre endroit

 

Premières phrases : [merigorand, manège]

Je ne sais aps conduire. A la différence de Seki, je n’ai jamais tourné un volant de ma vie. A part peut-être celui d’une auto-tamponneuse, il y a longtemps, au parc d’attractions. Il pleuvait ce jour-là, tout timidement depuis le matin.

J’avais peu dormi tant j’espérais les manèges chromés, l’odeur grise des pétards, les tubes aux refrains faciles. Un entre-deux pour quelques heures.

Je me souviens du sourire de ma mère sur le pastel d’un botchan dango, de ses yeux doux caressant mon visage, de sa main qui me disait Vas-y. »

 

Au hasard des pages : « [yoka, temps libre]

Je ne remplis guère mon temps vacant. Le plus souvent, j’observe le monde en proximité. Je n’agis pas sur lui, n’essaie pas de le modifier. Pas l’envie, la volonté de ça. Je laisse aller. Un ballottement infime, un doux roulis. Gentil bercement quotidien, de gauche à droite, sur l’assisse qui m’accueille. Et puis je sais que d’autres se chargeront des affaires du monde. Que d’autres y trouveront des passions. Autant leur faire plaisir donc. Je n’ai jamais été égoïste. »

 

Éditions Philippe Picquier (Août 2015)

114 p.

 

Prix : 12,50 €

ISBN : 978-2-8097-1111-0

 

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16 commentaires sur “[Kokoro] – Delphine Roux

  1. vu et revu et là, vos billets 😉 qui ne me laisse pas le choix ! je note quoi !
    un joli vendredi et du baiser <3 <3 <3

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