La petite lumière – Antonio Moresco

la_petite_lumiereUne belle rencontre…

 

Il suffit parfois de presque rien pour se laisser séduire. Une atmosphère. Une voix. L’impression étrange d’être en terrain connu et familier… J’ai pensé à Choplin. A de Luca. A Baricco… Et de fait, je me suis sentie comme à la maison dans ce curieux petit roman. Une sensation de bien-être réconfortant. Peut-être l’effet des mots d’Antonio Moresco, de cette langue si pure et si belle que la poésie semble se nicher dans les moindres recoins. Si délicate et musicale à l’oreille (c’est dire si cette traduction est sublime…) que j’en regrette presque de ne pas comprendre l’italien pour pouvoir lire l’auteur dans le texte…

 

On entre dans La petite lumière à pas feutrés, comme dans un sanctuaire. La nature y est sublimée, aussi belle que terrifiante, si fragile et pourtant si puissante. Dans ce hameau déserté, un homme, le narrateur, intrigué par une petite lumière qu’il perçoit chaque soir avant de s’endormir. Comme un phare dans la nuit, cette lumière l’appelle… «Et puis, quand le soleil disparaît derrière la ligne de crête et qu’il commence à faire nuit, et que ce monde végétal devient invisible et noir comme une grande éponge nocturne, de l’autre côté, là-bas, au loin, chaque nuit, chaque nuit, toujours à la même heure, s’allume soudain cette petite lumière.» L’endroit est désert, lui-même vit seul, ermite volontaire dans un paysage qui l’apaise autant qu’il le dépasse. L’homme ira à la rencontre de cette lumière et trouvera l’enfant… Une petite maison de pierre. Et cet enfant, qui allume la lumière la nuit pour se sentir moins seul…

 

Il y a incontestablement quelque chose de fascinant et de troublant dans la prose d’Antonio Moresco. Un vrai supplément d’âme. Un raffinement discret. Une langueur hypnotique qui fait que ce texte résonne longtemps après la dernière page tournée. Tout se mêle, la vie et la mort, la beauté et la noirceur du monde, le réel et le fantastique… La frontière est si fine que le lecteur se rend vite compte que l’essentiel est ailleurs. Dans les questionnements et les errances intimes que ce texte soulève par exemple…

Le fait est que ce petit texte m’a totalement subjuguée. Tout y est ciselé, à sa place. Pas un mot de trop, juste ce qu’il faut pour que le lecteur, touché en plein cœur, se laisse porter dans ce monde hors du temps… Un petit bijou…

 

Les avis de Aifelle, Alex, Clara, Hélène, Luocine, Moglug, Nicole

 

Premières phrases : « Je suis venu ici pour disparaître, dans ce hameau abandonné et désert dont je suis le seul habitant ».

 

Au hasard des pages : « Qu’est-ce que ça peut bien être, cette petite lumière ? Qui peut bien l’allumer ? », je me demande tout en marchant dans les rues empierrées de ce petit hameau où personne n’est resté. « Est-ce que c’est une lumière qui filtre d’une petite maison solitaire dans les bois ? Est-ce que c’est la lumière d’un réverbère resté là-haut, dans un autre hameau inhabité comme celui-ci, mais de toute évidence encore relié au réseau électrique, qu’une simple impulsion allume toujours à la même heure ? »
On n’entend que le bruit de mes pas qui résonnent dans les ruelles, j’aperçois les marches de pierre d’un petit escalier sur le point de s’effondrer, la porte enfoncée d’une étable, les restes de toits en ardoise écroulés et recouverts de plantes grimpantes, d’où jaillissent les cimes de figuiers ou de lauriers poussés entre les gravats, deux abreuvoirs en pierre remplis d’eau, des portails à la peinture éblouissante et craquelée. »
(p. 10)

 

Éditions Verdier (Septembre 2014)

Collection Terra d’altri

128 p.

 

Traduit de l’italien par Laurent Lombard

Prix : 14,00 €

ISBN : 978-2-86432-769-1

23 commentaires sur “La petite lumière – Antonio Moresco

  1. J’ai adoré votre façon de commenter ce livre tant aimé. Vos mots sont si justes que je vais les partager sur ma page Facebook pour inciter mes ami(e)s à lire ce livre. Merci ! <3

  2. Il m’attend, ça devrait être une de mes lectures de janvier. Non seulement j’en ai beaucoup entendu parler, mais j’en ai entendu une lecture, en présence de l’auteur et du traducteur, à l’automne et je suis tombé sous le charme.

  3. Comment dire autrement, « tu me tentes, je note » ? je prends mon nouveau cahier de Noël avec des flamands roses dessus, ça ira très bien à cette petite lumière …

  4. Je vois que ce livre fait pour ainsi dire l’unanimité ici. J’ai lu le premier chapitre. L’incipit: « Je suis venu ici pour disparaître, dans ce hameau abandonné et désert dont je suis le seul habitant » évoque un monde de solitude où le narrateur nous décrit la tombée du jour. Je lirai tout le livre, bien entendu, quand j’aurais fini « Les Barbares » de A. Baricco, dont j’ai entrepris de lire l’ensemble de l’oeuvre. C’est ma préférence. Merci encore une fois de me l’avoir fait découvrir.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *