Le Puits – Iván Repila

le puits

Profondément influencée par la blogosphère et il faut bien le dire très curieuse de découvrir à mon tour ce fameux roman espagnol qualifié par certains de « chef-d’œuvre », j’ai fini par télécharger ce court texte sur ma liseuse. Lu d’une traite, j’en suis ressortie profondément secouée. Et bien embêtée aussi car même plusieurs jours après ma lecture, je me sens incapable de dire si je l’ai aimé ou non…

 

Le puits est un texte fort, très fort, c’est indéniable. Il pousse le lecteur dans ses retranchements, met à nu nos peurs les plus profondes et les plus abjectes tout en laissant un petit goût amer qui peine à s’estomper. Sûrement le propre des grands textes. Du moins de ceux qui laissent des traces.

 

 

Un puits de 7 mètres de profondeur. A l’intérieur, deux frères, « le Grand » et « le Petit », arrivés là on ne sait comment. Près d’eux, un sac de provisions qu’il ne faut pas toucher car il appartient à maman. Il faudra le lui rendre, après, quand ils sortiront de là… Les jours passent. Et les deux enfants ne sortent pas du trou. Aucune aide à attendre de l’extérieur, ils ne peuvent compter que sur eux-même pour survivre. Alors le Grand prend les choses en main, organise la vie au quotidien dans le puits. On se nourrit de racines et de bestioles, on boit l’eau boueuse qui stagne dans les coins, on économise ses forces. Autant que possible. La faim et la soif deviennent insoutenables. La folie guette le Petit, sournoise et insidieuse, et menace « l’équilibre » précaire que tente de préserver le Grand, tant bien que mal. Il faut sortir. Et vite…

 

Étrange et dérangeant. Fascinant et extrêmement angoissant. Nerveusement, certains passages fichent la nausée et donnent envie de déguerpir. Mais il y a l’écriture de Iván Repila, presque poétique tout en étant très visuelle. Hypnotique et brillante. Le lecteur, comme envouté, se retrouve lui aussi emprisonné, incapable de reposer ne serait-ce qu’un instant ce texte noir et cruel qui ne ressemble à aucun autre. La lecture est éprouvante, violente, malsaine. On l’endure, on la vit. On suffoque.

Exercice de style ? Je ne pense pas. Allégorique ? Oui, forcément, et les interprétations ne manquent pas. Il y aurait tant à dire sur cette fable pour adultes… Mais je retiendrais surtout l’impact que ce petit texte a eu sur moi. Il m’a bousculé, m’a interrogé, et m’a foutu une grande claque. Et ça, c’est tout ce que j’aime.

 

 

Les avis de Clara, Eve, Jérôme, Laure, MicMelo et Sandrine

 

 

Première phrase : « Impossible de sortir on dirait, dit-il. Puis il ajoute : Mais on sortira. »

 

 

Au hasard des pages : « Le Petit n’est plus qu’un bout de chair respirant à grand-peine, soumis à un sommeil irrégulier ponctué de crises de colère et de larmes, dont il se réveille parfois en hurlant des phrases incompréhensibles. Le Grand le nourrit avec obstination et inquiétude, épris d’une tendresse qu’il ne connaissait pas en le voyant s’étirer après l’avoir mis au soleil.

– Tu n’as pas le droit de partir maintenant. Tu m’as fait une promesse.

La nuit, il le recouvre d’une couche supplémentaire de vêtements pour le protéger de la rosée glacée et se blottit nu contre lui, tâchant de réchauffer son petit corps. Il le frotte, l’embrasse et le sert dans ses bras jusqu’à s’endormir.

– Oui, peut-être que je t’aime, dit-il. »

 

 

Éditions Denoël (Octobre 2014)

112 p.

Traduit de l’espagnol par Margot Nguyen Béraud

 

Prix : 11,00 €

ISBN : 978-2-207-11768-2

 

 

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34/36

18 commentaires sur “Le Puits – Iván Repila

  1. Un livre si petit qui fait un si grand effet, qui bouleverse autant, c’est tellement fort et c’est tellement rare … Je suis entièrement d’accord, grande claque, et ça, j’adore, j’adore, j’adore ! Contente que tu te sois laissée tenter 🙂

  2. arf ton petit mot sur ce texte m’a fait tout froid dans le dos ! nan, moi, j’voudrai du texte chaud, un peu doudou, qui fait du bien quoi, pour débuter l’année ! Mais je garde celui-là en tête, pour les jours d’été !
    je t’embrasse très fort ma belle, et grand courage pour ce retour à l’école ….

  3. Je l’ai lu aussi très récemment… Je crois que je suis plus blindé que la moyenne et parfois ça m’ennuie : même si j’ai trouvé ça plutôt bien et intelligemment fait, je ne peux guère dire que ça m’a secoué… J’ai trouvé la fin, notamment, complètement ratée. Mais Repila est clairement un nom à suivre !

  4. C’est un texte qui ne laisse personne insensible, aucun doute là-dessus. Je suis comme toi, pas certain d’avoir tout compris, mais je me souviens de ta réticence quand je t’en ai parlé la première fois. Finalement tu t’es laissée tenter et tu ne le regrettes pas, j’en suis ravi.

  5. Oh… quelle chronique ! Tes mots à eux seuls donnent déjà la chair de poule… alors je n’ose imaginer quelle lecture ça doit être. Je note le titre, car tu piques affreusement ma curiosité là.

  6. J’ai aussi remarqué cet emballement autour de ce petit livre. Et j’hésite à me lancer : j’ai souvent des déceptions suite à un emballement si général car j’attends trop de l’ouvrage en question.

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